Les démonstratifs en hawaïen
ʻŌlelo Kuhikuhi
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de hawaïen sur Settemila Lingue.
En bref
Le hawaïen distingue trois zones : kēia désigne ce qui est près de la personne qui parle, kēnā ce qui est près de la personne à qui l’on parle, et kēlā ce qui est loin des deux. Devant un nom, on dira donc kēia puke « ce livre-ci », kēnā puke « ce livre près de vous » ou kēlā puke « ce livre là-bas ». Pour un lieu, retenez d’abord ʻaneʻi « ici » et laila « là, là-bas ».
Vue d’ensemble
Un démonstratif est un mot qui sert à montrer ou à identifier une personne, un objet ou une idée : « ce livre », « cette fleur », « celui-ci ». En français, ce, cet, cette et ces changent selon le genre ou le nombre du nom. En hawaïen, kēia, kēnā et kēlā ne changent pas selon le genre. Leur choix indique surtout la position de ce dont on parle par rapport aux participants de la conversation.
Ce système à trois zones est l’un des premiers repères étudiés au niveau A1. Il est plus précis que l’opposition française courante entre « ici » et « là ». Kēnā est particulièrement important : il ne signifie pas simplement « loin de moi », mais « près de vous », c’est-à-dire près de l’interlocuteur ou associé à lui. Cette différence permet de montrer un objet sans ajouter chaque fois une expression comme « près de vous ».
Ces formes peuvent accompagner un nom — kēia hale « cette maison-ci » — ou le remplacer — He aha kēia? « Qu’est-ce que ceci ? ». Les adverbes de lieu (des mots qui situent une action) ʻaneʻi et laila répondent plutôt à la question « où ? » : ma ʻaneʻi « ici » et ma laila « là-bas ».
Fonctionnement
Les trois zones de référence
| Forme hawaïenne | Zone indiquée | Équivalent français selon le contexte | Exemple court |
|---|---|---|---|
| kēia | près de la personne qui parle | ce…-ci, cette…-ci, ceci | kēia lei — cette lei-ci |
| kēnā | près de la personne à qui l’on parle | ce… près de vous, cela que vous avez | kēnā lei — cette lei près de vous |
| kēlā | loin des deux personnes | ce…-là, cette… là-bas, cela là-bas | kēlā lei — cette lei là-bas |
La règle de débutant peut se résumer par un petit geste mental :
- kēia : « dans ma zone » ;
- kēnā : « dans votre zone » ;
- kēlā : « là-bas, hors de nos deux zones ».
La distance n’est pas toujours mesurée en mètres. Un objet tenu par la personne qui parle appartient naturellement à la zone de kēia ; un objet dans la main de l’interlocuteur appelle kēnā. Une maison visible au loin appelle kēlā.
Devant un nom
Le démonstratif se place avant le nom :
- kēia puke — ce livre-ci ;
- kēnā kaʻa — cette voiture près de vous ;
- kēlā hale — cette maison là-bas.
Il occupe la place du déterminant, c’est-à-dire du petit mot qui introduit le nom. On ne lui ajoute donc pas ka ou ke, les articles définis singuliers : kēia puke, et non ka kēia puke. C’est une différence utile avec le français : la forme hawaïenne ne varie ni avec un nom masculin comme puke « livre », ni avec un nom que le français traduit au féminin comme hale « maison ».
Pour rendre le pluriel explicite, on peut employer mau avant le nom :
| Singulier | Pluriel explicite | Traduction |
|---|---|---|
| kēia pua | kēia mau pua | cette fleur-ci / ces fleurs-ci |
| kēnā puke | kēnā mau puke | ce livre près de vous / ces livres près de vous |
| kēlā hale | kēlā mau hale | cette maison là-bas / ces maisons là-bas |
Le nom hawaïen lui-même ne reçoit pas de terminaison spéciale de pluriel. Le contexte ou mau fournit l’information.
Employé sans nom
Les trois formes peuvent aussi constituer à elles seules le groupe nominal (le bloc qui désigne une personne ou une chose). Elles correspondent alors, selon la situation, à « ceci », « cela », « celui-ci », « celle-là » ou « ceux-là » :
- He aha kēia? — Qu’est-ce que ceci ?
- No ʻoe kēnā. — Cela, près de vous, est pour vous.
- Makemake au i kēlā. — Je veux celui-là.
Le français oblige souvent à choisir entre « celui », « celle », « ceci » et « cela ». Le hawaïen ne fait pas ce choix de genre avec kēia, kēnā ou kēlā. La traduction française dépend donc du nom sous-entendu et de la situation.
Dans une phrase d’identification, on rencontre souvent ʻO devant l’élément mis en évidence : ʻO kēia kaʻu puke. « Celui-ci est mon livre. » Le signe ʻ au début de ʻO est un ʻokina, une consonne à part entière ; ce n’est pas une apostrophe décorative.
Dire « ici » et « là-bas »
Pour parler d’un emplacement plutôt que de montrer un nom, les formes les plus utiles sont ʻaneʻi et laila.
| Forme | Sens de base | Position immobile | Destination ou mouvement |
|---|---|---|---|
| ʻaneʻi | ici, à cet endroit-ci | ma ʻaneʻi — ici | i ʻaneʻi — jusqu’ici, vers ici |
| laila | là, là-bas, à cet endroit-là | ma laila — là-bas | i laila — vers là-bas |
Avec un verbe comme noho « habiter, rester », ma présente normalement le lieu où l’on se trouve : Noho au ma ʻaneʻi. « J’habite ici. » Avec hele « aller », i introduit la destination : E hele ana ʻoe i laila? « Allez-vous là-bas ? » Il faut donc apprendre le démonstratif de lieu avec la préposition qui convient à la relation exprimée, et non comme un mot français isolé.
Que faire de nei ?
Nei porte une idée de proximité avec la situation présente, que l’on peut parfois rendre par « ici », « actuel » ou « en ce moment ». Toutefois, le débutant ne doit pas l’utiliser seul partout où le français dit « ici ». Pour désigner clairement un endroit, ʻaneʻi est le choix sûr : ma ʻaneʻi « ici ».
On retrouvera nei dans des constructions grammaticales apprises séparément, notamment ke + verbe + nei, qui situe une action en cours maintenant : Ke noho nei au ma ʻaneʻi. « Je séjourne ici en ce moment. » Dans cette construction, nei fait partie du marqueur verbal ; il ne remplace ni kēia devant un nom ni ʻaneʻi comme indication autonome de lieu.
Exemples en contexte
| Hawaïen | Français | Point à observer |
|---|---|---|
| He aha kēia? | Qu’est-ce que ceci ? | kēia est employé sans nom. |
| ʻO kēia kaʻu puke. | Celui-ci est mon livre. | Identification d’un objet près de la personne qui parle. |
| Nani kēia mau pua. | Ces fleurs-ci sont belles. | mau rend le pluriel explicite. |
| He aha kēnā ma kou lima? | Qu’est-ce que cela, dans votre main ? | L’objet appartient à la zone de l’interlocuteur. |
| No ʻoe kēnā. | Cela est pour vous. | kēnā peut reprendre un objet déjà visible. |
| Nani kēlā pua. | Cette fleur-là est belle. | La fleur est éloignée des deux interlocuteurs. |
| Makemake au i kēlā lei. | Je veux cette lei-là. | i introduit ici ce que l’on veut. |
| Ua ʻike au i kēlā kanaka. | J’ai vu cet homme-là. | kēlā accompagne le nom kanaka. |
| Noho au ma ʻaneʻi. | J’habite ici. | ma indique un emplacement stable. |
| Aia ka puke ma ʻaneʻi. | Le livre est ici. | aia sert à localiser le livre. |
| E hele mai i ʻaneʻi. | Venez ici. | i ʻaneʻi indique la destination. |
| Aia nā keiki ma laila. | Les enfants sont là-bas. | ma laila indique leur emplacement. |
| E hele ana ʻoe i laila? | Allez-vous là-bas ? | i laila est la destination du déplacement. |
| Ke noho nei mākou ma ʻaneʻi. | Nous séjournons ici en ce moment. | nei appartient à ke…nei ; le lieu reste ma ʻaneʻi. |
Erreurs fréquentes
Employer kēnā pour tout ce qui est loin de soi
- Incorrect : kēnā hale pour une maison éloignée des deux personnes.
- Correct : kēlā hale.
- Pourquoi : kēnā place la maison dans la zone de l’interlocuteur. Kēlā convient à ce qui est loin des deux. Le simple contraste français « ceci / cela » masque souvent cette troisième zone.
Ajouter un article devant le démonstratif
- Incorrect : ka kēia puke.
- Correct : kēia puke.
- Pourquoi : kēia introduit déjà le nom. Il n’a pas besoin de ka ou de ke.
Faire varier la forme selon le genre français
- Incorrect : chercher une forme différente de kēia parce que « maison » est féminin en français.
- Correct : kēia hale « cette maison-ci » et kēia puke « ce livre-ci ».
- Pourquoi : les trois démonstratifs ne s’accordent pas avec le genre grammatical français.
Confondre un objet et un lieu
- Incorrect : Noho au ma kēia pour dire simplement « J’habite ici ».
- Correct : Noho au ma ʻaneʻi.
- Pourquoi : kēia montre une chose ou accompagne un nom ; ʻaneʻi désigne l’endroit où l’on se trouve.
Employer la même préposition pour position et destination
- Incorrect : E hele ana au ma laila si l’on veut clairement dire « Je vais là-bas ».
- Correct : E hele ana au i laila.
- Pourquoi : dans le contraste de base, ma situe, tandis que i indique la destination. Le sens précis du verbe et le contexte restent importants.
Oublier les signes de l’orthographe hawaïenne
- Incorrect : kena, kela, anei.
- Correct : kēnā, kēlā, ʻaneʻi.
- Pourquoi : le kahakō, la barre sur une voyelle longue, et le ʻokina font partie de l’orthographe et de la prononciation. Les omettre rend la lecture moins précise et peut ailleurs changer le sens d’un mot.
Notes d’usage
En français parlé, « ce livre » peut rester vague ; on ajoute « -ci », « -là » ou un geste seulement si la distinction est nécessaire. Le hawaïen encode plus directement le point de vue spatial. Avant de choisir une forme, demandez-vous donc non pas « proche ou loin ? », mais « proche de qui ? ».
Kēnā peut également renvoyer à quelque chose associé à l’interlocuteur sans être posé exactement à côté de lui : ce qu’il tient, ce qu’il vient de montrer ou l’idée qu’il vient d’exprimer. C’est toujours le même principe de perspective — l’élément est présenté comme relevant de « votre côté » de l’échange.
Laila peut reprendre un lieu déjà mentionné. Ainsi, il n’est pas nécessaire que les interlocuteurs voient l’endroit : il peut s’agir du « là » du récit ou de la conversation. Inversement, kēlā s’emploie volontiers pour attirer l’attention sur une entité distincte et éloignée dans l’espace ou dans le discours.
Au-delà des bases
Les points suivants ne sont pas à maîtriser immédiatement au niveau A1, mais ils expliquent des emplois que l’on rencontre ensuite.
La deixis — le repérage par rapport à la personne qui parle, à celle qui écoute et à la situation — ne concerne pas seulement kēia, kēnā et kēlā. Elle traverse aussi les particules directionnelles hawaïennes. Mai indique un mouvement vers le point de référence, souvent la personne qui parle, tandis que aku indique un mouvement qui s’en éloigne. La logique de hele mai « venir vers ici » et de hele aku « aller en s’éloignant » complète donc celle des démonstratifs.
La proximité peut être temporelle ou discursive, et pas seulement physique. Kēia apparaît dans i kēia lā, littéralement « en ce jour-ci », qui signifie « aujourd’hui ». Il peut aussi introduire le sujet dont on est précisément en train de parler. À l’inverse, kēlā peut détacher une personne, un objet ou un moment comme plus éloigné du centre actuel de l’attention.
Enfin, laila entre dans no laila, une expression très fréquente signifiant « donc », « par conséquent » ou, plus littéralement selon le contexte, « pour cette raison-là ». Il ne faut pas déduire ce sens abstrait de chaque occurrence de laila : ma laila reste normalement locatif, tandis que no laila fonctionne souvent comme connecteur entre deux idées.
Conseils pour s’entraîner
- Utilisez trois objets réels. Gardez-en un près de vous, placez-en un près de votre partenaire ou d’une place qui le représente, puis mettez le troisième plus loin. Nommez-les successivement avec kēia, kēnā et kēlā. Le geste aide à mémoriser la perspective.
- Travaillez par paires. Transformez kēia pua en kēia mau pua, puis remplacez kēia par kēnā et kēlā. Vous révisez ainsi la distance sans inventer une terminaison de genre ou de pluriel.
- Séparez “quoi ?” et “où ?”. Pour une chose, entraînez-vous avec He aha kēia/kēnā/kēlā? Pour un lieu, alternez ma ʻaneʻi / i ʻaneʻi et ma laila / i laila selon qu’il s’agit d’une position ou d’une destination.
Concepts associés
- Prérequis : Articles et marqueurs — pour comprendre pourquoi kēia, kēnā et kēlā remplacent ka/ke devant le nom.
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