A2

Le prétérit de *bod* en gallois

Bod - Gorffennol

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de gallois sur Settemila Lingue.

En bref

Le prétérit de bod présente un état ou une présence dans le passé comme un tout achevé et délimité : Bues i yn Sbaen am wythnos (« J’ai passé une semaine en Espagne »). Ses formes principales sont bues i, buest ti, buodd e/hi, buon ni, buoch chi, buon nhw. Pour une habitude, un arrière-plan ou un état en cours à un moment passé, on emploie plutôt l’imparfait roeddwn i, roeddet ti, etc.

Vue d’ensemble

Bod signifie « être », mais sert aussi d’auxiliaire dans de très nombreuses phrases galloises. Son prétérit — un temps qui envisage un fait passé comme achevé — apparaît dès le niveau A2. Il permet notamment de dire que quelqu’un s’est trouvé quelque part ou dans un certain état pendant une période désormais terminée.

La difficulté principale n’est pas la longueur du tableau de conjugaison. Elle vient du choix entre ce prétérit et l’imparfait de bod. En français, « j’étais », « j’ai été » et parfois « je suis resté » peuvent traduire la même situation selon le contexte. Le gallois ne copie donc pas automatiquement le temps français : il oblige surtout à choisir un point de vue sur la situation passée.

La règle simple à retenir est la suivante : période bornée et considérée dans son ensemble → prétérit ; habitude, description de fond ou situation en cours → imparfait. Cette règle suffit pour commencer. Les nuances de récit et de registre sont présentées plus loin, dans une partie que l’on peut laisser de côté lors d’une première lecture.

Fonctionnement

Les six formes essentielles

Le sujet est le mot ou groupe de mots dont on parle ; ici, il est généralement repris par un pronom placé après la forme verbale.

Personne Forme galloise Sens de base
1re personne du singulier bues i j’ai été / je suis resté(e)
2e personne du singulier buest ti tu as été / tu es resté(e)
3e personne du singulier buodd e / o il a été / il est resté
3e personne du singulier buodd hi elle a été / elle est restée
1re personne du pluriel buon ni nous avons été / nous sommes restés
2e personne du pluriel ou de politesse buoch chi vous avez été / vous êtes resté(s)
3e personne du pluriel buon nhw ils/elles ont été / sont restés

Les pronoms e et o signifient tous deux « il » : e est particulièrement courant dans le Sud, o dans le Nord. Chi s’emploie aussi bien pour plusieurs personnes que pour une seule personne à qui l’on s’adresse avec politesse.

Lieu, qualité et action : trois constructions

Après le verbe et son sujet, la suite de la phrase dépend de ce que l’on veut exprimer.

1. Une présence dans un lieu

On emploie une préposition de lieu, souvent yn (« dans, en, à ») :

  • Bues i yn Sbaen am wythnos. — J’ai passé une semaine en Espagne.
  • Buon ni yno am dridiau. — Nous y sommes restés trois jours.
  • Buoch chi yn y swyddfa drwy’r dydd. — Vous avez été au bureau toute la journée.

Devant un nom de lieu, yn peut provoquer une mutation nasale, c’est-à-dire un changement de la première consonne : Cymru devient ainsi yng Nghymru. Ce phénomène appartient à la construction du lieu, pas au prétérit lui-même.

2. Un état, une identité ou une qualité

On place généralement yn devant le nom ou l’adjectif qui décrit le sujet. Après un pronom terminé par une voyelle, ce mot s’écrit souvent sous la forme contractée ’n :

  • Buodd hi’n sâl am fis. — Elle a été malade pendant un mois.
  • Bues i’n athro yno am flwyddyn. — J’y ai été enseignant pendant un an.
  • Buon nhw’n dawel drwy’r cyfarfod. — Ils sont restés silencieux pendant toute la réunion.

Cet yn descriptif peut entraîner une mutation douce, autre changement de consonne initiale : tawel devient dawel dans yn dawel. Il ne faut pas le confondre avec la préposition de lieu yn, même si les deux mots s’écrivent de la même façon.

3. Une activité limitée dans le temps

Avec yn + nom verbal, le prétérit de bod peut encadrer une activité sur une période achevée. Le nom verbal est la forme de base du verbe gallois, celle que l’on trouve dans le dictionnaire, comme gweithio (« travailler »).

  • Bues i’n gweithio yno am chwe mis. — J’y ai travaillé pendant six mois.
  • Buon nhw’n aros gyda ffrindiau am wythnos. — Ils ont logé chez des amis pendant une semaine.

Ici encore, l’important est la limite : les six mois ou la semaine sont présentés comme entièrement révolus.

Questions et négation

Dans les questions directes et les phrases négatives ordinaires, le b initial devient souvent f par mutation douce. La négation se construit avec ddim (« ne… pas ») après le sujet.

Fonction Modèle Exemple Traduction
affirmation Buest ti… Buest ti yno am wythnos. Tu y es resté(e) une semaine.
question Fuest ti…? Fuest ti yno am wythnos? Est-ce que tu y es resté(e) une semaine ?
négation Fuest ti ddim… Fuest ti ddim yno’n hir. Tu n’y es pas resté(e) longtemps.
question polie ou plurielle Fuoch chi…? Fuoch chi yng Nghymru y llynedd? Êtes-vous allé(e)(s) au pays de Galles l’an dernier ?

La mutation ne change ni la personne ni le temps : buest et fuest restent deux réalisations de la deuxième personne du singulier, choisies selon le type de phrase.

Choisir entre bues i et roeddwn i

L’imparfait gallois de bod commence par roedd- : roeddwn i, roeddet ti, roedd e/hi, roedden ni, roeddech chi, roedden nhw. La comparaison suivante constitue le cœur du choix.

Point de vue Prétérit de bod Imparfait de bod
période terminée vue dans son ensemble Bues i yn Sbaen am wythnos. —
état servant de décor à un autre événement — Roeddwn i yn Sbaen pan ffoniodd hi.
activité habituelle ou répétée — Roedden ni’n mynd yno bob haf.
état limité dont on souligne toute la durée Buodd hi’n sâl am fis. —
état en cours à un moment donné — Roedd hi’n sâl pan welais i hi.

Les expressions de durée comme am wythnos (« pendant une semaine »), am fis (« pendant un mois ») ou am dridiau (« pendant trois jours ») favorisent le prétérit lorsqu’elles ferment nettement la période. À l’inverse, pan (« quand ») introduisant un événement qui survient pendant la situation, ou bob haf (« chaque été »), oriente souvent vers l’imparfait.

Exemples en contexte

Gallois Français Remarque
Bues i yn Sbaen am wythnos. J’ai passé une semaine en Espagne. Séjour terminé et délimité.
Buodd hi’n sâl am fis. Elle a été malade pendant un mois. État envisagé sur toute sa durée.
Buon ni yno am dridiau. Nous y sommes restés trois jours. Forme de la première personne du pluriel.
Buest ti’n brysur drwy’r bore. Tu as été occupé(e) toute la matinée. prysur subit la mutation après yn.
Buodd e yn y llyfrgell tan bump. Il est resté à la bibliothèque jusqu’à cinq heures. Lieu avec la préposition yn.
Buodd y siop ar gau drwy’r dydd. Le magasin est resté fermé toute la journée. État limité, exprimé avec ar gau.
Buoch chi yn Llundain am benwythnos. Vous avez passé un week-end à Londres. chi peut être poli ou pluriel.
Buon nhw’n gweithio yma am ddwy flynedd. Ils ont travaillé ici pendant deux ans. Activité étendue sur une période achevée.
Fuest ti erioed yng Nghymru? Es-tu déjà allé(e) au pays de Galles ? Question : b devient f.
Fues i ddim yno’n hir. Je n’y suis pas resté(e) longtemps. ddim marque la négation.
Fuon nhw yn y cyfarfod cyfan? Sont-ils restés pendant toute la réunion ? Question à la troisième personne du pluriel.
Bues i’n athro yno am flwyddyn. J’y ai été enseignant pendant un an. Identité professionnelle temporaire et terminée.
Roeddwn i yn y gegin pan gyrhaeddodd hi. J’étais dans la cuisine quand elle est arrivée. Arrière-plan : on choisit l’imparfait.
Roedden ni’n aros yno bob haf. Nous y séjournions chaque été. Habitude répétée, donc imparfait.

Erreurs fréquentes

Employer roeddwn i pour toute phrase française à l’imparfait

  • À éviter : Roeddwn i yn Sbaen am wythnos si l’on raconte un séjour unique, terminé et vu dans son ensemble.
  • Préférer : Bues i yn Sbaen am wythnos.
  • Pourquoi : le français accepte volontiers « j’étais en Espagne pendant une semaine », mais le gallois met ici en avant les limites de la période avec le prétérit.

Employer le prétérit pour une habitude

  • Incorrect dans ce sens : Bues i’n mynd yno bob dydd pour « J’y allais tous les jours ».
  • Correct : Roeddwn i’n mynd yno bob dydd.
  • Pourquoi : bob dydd décrit une répétition habituelle. L’imparfait est la forme normale pour installer cette habitude passée.

Oublier yn devant une description

  • Incorrect : Buodd hi sâl am fis.
  • Correct : Buodd hi’n sâl am fis.
  • Pourquoi : un adjectif qui décrit le sujet est normalement relié par yn. Après hi, il se contracte en ’n.

Contracter mécaniquement le yn de lieu

  • À éviter : Bues i’n Sbaen dans la construction enseignée ici.
  • Correct : Bues i yn Sbaen.
  • Pourquoi : le yn de lieu est une préposition à part entière. Le ’n de buodd hi’n sâl appartient, lui, à la construction descriptive.

Garder b- dans une question neutre

  • À éviter : Buest ti yno?
  • Forme courante : Fuest ti yno?
  • Pourquoi : les questions et les négations déclenchent couramment la mutation douce b → f dans ces formes.

Mélanger la terminaison et le pronom

  • Incorrect : Buoch nhw yno am wythnos.
  • Correct : Buon nhw yno am wythnos.
  • Pourquoi : buoch va avec chi ; buon va avec ni ou nhw dans le paradigme parlé présenté ici.

Notes d’usage

Dans la langue parlée, le choix réel dépend aussi de la manière dont la personne raconte l’événement. Une même situation peut parfois être cadrée comme une période complète avec le prétérit, ou comme le décor d’un récit avec l’imparfait. Il vaut donc mieux poser la question « Est-ce que je montre tout l’épisode, limites comprises ? » que chercher une traduction française unique.

Les traductions françaises avec « rester », « passer » ou « travailler » sont souvent plus naturelles que la traduction littérale par « être ». Ainsi, Bues i yno am wythnos correspond aisément à « J’y suis resté une semaine », tandis que Bues i yn Sbaen am wythnos peut se rendre par « J’ai passé une semaine en Espagne ». Cela ne signifie pas que bod change de sens lexical : c’est le contexte de durée qui guide la formulation française.

On rencontre e et o selon les régions, sans différence de personne : buodd e et buodd o signifient tous deux « il a été ». La fréquence des formes du prétérit varie aussi selon les locuteurs et le registre. Il est essentiel de les reconnaître, même si, dans certains échanges, l’imparfait ou une autre tournure est plus fréquent.

Au-delà des bases : emplois avancés

Cette partie n’est pas à mémoriser immédiatement au niveau A2. Elle explique cependant plusieurs formes très visibles dans les textes, les informations et les récits.

À la troisième personne, bu peut apparaître sans le -odd de la forme parlée buodd. On le rencontre notamment avec un sujet nominal ou dans des tournures établies :

  • Bu’r cyfarfod yn llwyddiant. — La réunion a été un succès.
  • Bu farw’r bardd yn 2020. — Le poète est mort en 2020.
  • Bu’n rhaid i ni aros. — Nous avons dû attendre.

Dans bu farw, le sens n’est pas simplement « a été mort » : l’expression signifie « est mort ». Dans bu’n rhaid, la tournure impersonnelle indique qu’il a été nécessaire de faire quelque chose. Ces emplois expliquent pourquoi bu apparaît souvent dans un style narratif ou journalistique.

La langue écrite soutenue possède aussi des formes plus littéraires, par exemple bûm (« je fus / j’ai été »), buost (« tu fus »), buom (« nous fûmes ») et buont (« ils furent »). Il suffit d’abord de les reconnaître comme des parentes des formes parlées bues i, buest ti, buon ni, buon nhw. Elles ne sont pas prioritaires pour une conversation de niveau A2.

Enfin, le contraste aspectuel — c’est-à-dire la façon de présenter le déroulement ou l’achèvement d’un fait — ne correspond pas toujours parfaitement à l’opposition française passé composé/imparfait. Le prétérit gallois ferme l’épisode ; l’imparfait l’ouvre comme décor, habitude ou situation en cours. C’est cette opposition de perspective, plus que le nom du temps français, qui reste fiable dans les récits complexes.

Conseils pratiques

  1. Apprenez les formes par paires. Répétez bues i / buon ni, buest ti / buoch chi, puis buodd e, buodd hi / buon nhw. Associez chaque forme à une phrase de durée, et non à une liste abstraite.
  2. Transformez une même scène. Comparez Bues i yno am wythnos (« séjour complet ») et Roeddwn i yno pan gyrhaeddodd hi (« situation en cours »). Changez ensuite le lieu, la durée et la personne.
  3. Entraînez séparément questions et négations. À partir de Buest ti yno, produisez Fuest ti yno? puis Fuest ti ddim yno. Cette petite série automatise à la fois b → f et la place de ddim.

Concepts associés

  • Prérequis : Bod au présent — permet de revoir les pronoms et les constructions avec yn.
  • À comparer ensuite : Bod à l’imparfait — sert aux habitudes, aux descriptions de fond et aux situations en cours dans le passé.

Prérequis

Le présent de *bod* en galloisA1

Plus de concepts de niveau A2