Conjonctions et connecteurs en swahili
Viunganishi
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En bref
En swahili, na relie des éléments (« et »), au propose un choix (« ou ») et lakini marque une opposition (« mais »). Pour organiser le raisonnement, retenez surtout kwa sababu (« parce que »), kwa hiyo (« donc »), ingawa (« bien que, même si ») et pia (« aussi, également »). Ces mots sont invariables : leur forme ne change pas selon la classe du nom, la personne ou le temps.
Vue d’ensemble
Les conjonctions sont des mots qui relient deux mots, deux groupes de mots ou deux propositions. Une proposition est simplement une partie de phrase organisée autour d’un verbe : dans Ninapika kwa sababu nina njaa (« Je cuisine parce que j’ai faim »), ninapika et nina njaa constituent deux propositions. Les connecteurs ont une fonction plus large : ils montrent le rapport entre deux idées, par exemple la cause, la conséquence, le contraste ou l’ajout.
Cette notion apparaît au niveau A2, car elle permet de dépasser les phrases isolées. Au lieu de dire Nina njaa. Ninapika. (« J’ai faim. Je cuisine. »), on peut préciser le lien logique : Ninapika kwa sababu nina njaa (« Je cuisine parce que j’ai faim »). Une petite série de mots suffit ainsi à raconter une journée, justifier une décision ou nuancer une réponse.
Pour un francophone, les équivalences semblent d’abord transparentes. Il faut néanmoins regarder la construction entière : kwa sababu est suivi d’une proposition, tandis que kwa sababu ya précède un nom ; pia exprime un ajout, mais pas une conséquence ; après ingawa, le swahili n’emploie pas un mode spécial comparable au subjonctif français.
Fonctionnement
Les sept connecteurs essentiels
| Connecteur | Rapport exprimé | Équivalent français courant | Construction typique |
|---|---|---|---|
| na | addition, coordination | et | mot + na + mot ; verbe + na + verbe |
| au | choix, alternative | ou | option + au + option |
| lakini | opposition | mais | proposition + lakini + proposition |
| kwa sababu | cause | parce que, car | kwa sababu + proposition |
| kwa hiyo | conséquence | donc, par conséquent | cause ; kwa hiyo + résultat |
| ingawa | concession | bien que, même si | ingawa + proposition |
| pia | ajout | aussi, également | près de l’élément ajouté |
Aucun de ces connecteurs ne reçoit de préfixe d’accord. On dit donc na avec une personne, un objet, un infinitif ou une proposition complète. En revanche, les mots autour du connecteur continuent à suivre les règles ordinaires du swahili.
Na : relier des éléments
Na est le lien le plus fréquent. Il peut unir deux noms :
- chai na kahawa — du thé et du café ;
- Juma na Asha — Juma et Asha ;
- mchana na usiku — le jour et la nuit.
Lorsque deux noms forment ensemble le sujet, le verbe se met généralement au pluriel selon les règles d’accord : Juma na Asha wamefika (« Juma et Asha sont arrivés »). Le connecteur reste na ; c’est le préfixe du verbe, ici wa-, qui reflète le sujet pluriel.
Avec deux actions accomplies par le même sujet, le swahili emploie volontiers un premier verbe conjugué, puis na + infinitif en ku- :
- Ninasoma na kuandika. — Je lis et j’écris.
- Anapenda kuimba na kucheza. — Il ou elle aime chanter et danser.
Dans ninasoma na kuandika, le préfixe de personne et le temps ne sont pas répétés devant le second verbe. Répéter un verbe complet reste possible lorsque l’on présente les actions comme deux affirmations parallèles : Ninasoma na ninaandika. La forme compacte avec ku- est toutefois très naturelle quand le sujet, le temps et le cadre restent identiques. Si le sujet change, chaque proposition a son propre verbe : Asha anasoma, na Juma anapika (« Asha étudie et Juma cuisine »).
Enfin, na peut aussi être une préposition signifiant « avec » : Ninasafiri na rafiki yangu (« Je voyage avec mon ami »). Le contexte indique donc s’il s’agit de « et » ou de « avec ».
Au : présenter une alternative
Au relie des possibilités : Chai au kahawa? (« Du thé ou du café ? »). Il fonctionne aussi entre des propositions entières : Tunaweza kwenda leo au tunaweza kusubiri (« Nous pouvons partir aujourd’hui ou attendre »).
Dans une question, au invite souvent l’interlocuteur à choisir. Dans une affirmation, il peut indiquer que plusieurs solutions restent possibles. À un niveau plus avancé, on rencontrera également ama, notamment dans la structure ama ... ama ... (« soit... soit... »), mais au constitue un choix clair et neutre pour commencer.
Lakini : opposer deux faits
Lakini introduit une idée qui contraste avec la précédente : Ninataka kwenda, lakini mvua inanyesha (« Je veux partir, mais il pleut »). Comme les deux parties peuvent avoir des sujets, des temps ou des formes négatives différents, on conserve normalement un verbe complet dans chacune : Yeye anapenda chai, lakini mimi sipendi (« Il ou elle aime le thé, mais moi, je n’aime pas »).
À l’oral, une pause précède souvent lakini. À l’écrit, une virgule rend la séparation plus lisible lorsque les propositions sont assez longues ; elle ne fait pas partie du connecteur lui-même.
Cause et conséquence : kwa sababu et kwa hiyo
Ces deux expressions décrivent la même chaîne logique dans des directions opposées :
- résultat + kwa sababu + cause : Nilibaki nyumbani kwa sababu nilikuwa mgonjwa. — Je suis resté chez moi parce que j’étais malade.
- cause + kwa hiyo + résultat : Nilikuwa mgonjwa, kwa hiyo nilibaki nyumbani. — J’étais malade, donc je suis resté chez moi.
Après kwa sababu, on place une proposition, donc une idée comportant normalement un verbe : kwa sababu alikuwa mgonjwa (« parce qu’il ou elle était malade »). Devant un nom ou un groupe nominal, c’est-à-dire un groupe construit autour d’un nom, on ajoute ya : kwa sababu ya mvua (« à cause de la pluie »), kwa sababu ya kazi (« à cause du travail »).
Kwa hiyo ne donne pas la raison : il annonce ce qui en découle. Il apparaît souvent au début de la seconde phrase ou après une pause. Le français aussi peut parfois avoir une valeur de conséquence dans un style soutenu ; le swahili pia, lui, signifie seulement « aussi, également ». Pour « donc », choisissez kwa hiyo.
Ingawa : reconnaître un obstacle sans annuler le résultat
Ingawa marque une concession : le fait introduit pourrait laisser attendre un autre résultat, mais ce résultat ne se produit pas. Comparez :
- Ingawa alikuwa amechoka, aliendelea kufanya kazi. — Bien qu’il ou elle soit fatigué, il ou elle a continué à travailler.
- Aliendelea kufanya kazi ingawa alikuwa amechoka. — Il ou elle a continué à travailler malgré sa fatigue.
La proposition en ingawa peut venir avant ou après la proposition principale. Contrairement au français après « bien que », le swahili ne demande pas de subjonctif : on choisit simplement le temps et l’aspect qui correspondent au sens, par exemple alikuwa amechoka pour un état passé.
Pia : ajouter une information
Pia ajoute un élément déjà pertinent dans le contexte. Sa place aide à comprendre ce qui est ajouté :
- Mimi pia ninasoma Kiswahili. — Moi aussi, j’étudie le swahili.
- Pia ninasoma Kifaransa. — J’étudie également le français.
- Anazungumza Kiswahili na Kifaransa pia. — Il ou elle parle swahili, et français aussi.
Dans une phrase simple, placer pia après le sujet ou avant le groupe verbal est généralement clair. En fin de phrase, il correspond souvent à « aussi » ou « également », mais le contexte doit éviter toute ambiguïté sur l’élément concerné.
Exemples en contexte
| Swahili | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Ninasoma na kuandika. | Je lis et j’écris. | Même sujet ; le second verbe est à l’infinitif. |
| Juma na Asha wamefika mapema. | Juma et Asha sont arrivés tôt. | Les deux noms forment un sujet pluriel. |
| Ninasafiri na rafiki yangu. | Je voyage avec mon ami. | Ici, na signifie « avec ». |
| Chai au kahawa? | Du thé ou du café ? | Choix entre deux noms. |
| Tunaweza kwenda leo au kusubiri hadi kesho. | Nous pouvons partir aujourd’hui ou attendre jusqu’à demain. | Deux actions possibles avec le même sujet. |
| Ninataka kwenda, lakini mvua inanyesha. | Je veux partir, mais il pleut. | Opposition entre l’intention et la situation. |
| Alichelewa kwa sababu alikuwa mgonjwa. | Il ou elle était en retard parce qu’il ou elle était malade. | Kwa sababu précède une proposition. |
| Mechi ilifutwa kwa sababu ya mvua. | Le match a été annulé à cause de la pluie. | Kwa sababu ya précède un nom. |
| Mvua inanyesha, kwa hiyo tutabaki nyumbani. | Il pleut, donc nous resterons à la maison. | La conséquence suit kwa hiyo. |
| Ingawa alikuwa amechoka, aliendelea kufanya kazi. | Bien qu’il ou elle soit fatigué, il ou elle a continué à travailler. | La concession précède le résultat. |
| Ninapenda wali; pia ninapenda ugali. | J’aime le riz ; j’aime aussi l’ugali. | Pia ajoute une seconde information. |
| Mimi pia nitakuja kesho. | Moi aussi, je viendrai demain. | L’ajout porte sur la personne. |
Erreurs courantes
Répéter le temps devant le second verbe sans raison
- À éviter dans une coordination simple : Ninasoma na ninaandika.
- Forme compacte naturelle : Ninasoma na kuandika.
- Pourquoi : avec le même sujet et le même cadre temporel, na + infinitif en ku- évite une répétition inutile. La première phrase n’est pas impossible, mais elle insiste davantage sur deux affirmations distinctes.
Oublier ya devant un nom
- Incorrect : Mechi ilifutwa kwa sababu mvua.
- Correct : Mechi ilifutwa kwa sababu ya mvua.
- Pourquoi : kwa sababu introduit une proposition (kwa sababu mvua ilinyesha), tandis que kwa sababu ya introduit un nom (kwa sababu ya mvua).
Inverser la cause et la conséquence
- Illogique pour le sens voulu : Nilikuwa mgonjwa kwa sababu nilibaki nyumbani si l’équivalent de « Je suis resté chez moi parce que j’étais malade ».
- Correct : Nilibaki nyumbani kwa sababu nilikuwa mgonjwa.
- Pourquoi : l’information placée après kwa sababu est la cause. Après kwa hiyo vient au contraire la conséquence.
Employer pia pour dire « donc »
- Incorrect : Mvua inanyesha, pia tutabaki nyumbani.
- Correct : Mvua inanyesha, kwa hiyo tutabaki nyumbani.
- Pourquoi : pia ajoute une information ; kwa hiyo exprime un résultat logique.
Copier la construction française « bien que... mais »
- Lourd en style soigné : Ingawa alikuwa amechoka, lakini aliendelea kufanya kazi.
- Préférable : Ingawa alikuwa amechoka, aliendelea kufanya kazi.
- Pourquoi : ingawa suffit déjà à signaler la concession. Il n’est normalement pas nécessaire d’ajouter lakini dans la proposition principale.
Garder un verbe singulier avec deux personnes coordonnées
- Incorrect : Juma na Asha amefika.
- Correct : Juma na Asha wamefika.
- Pourquoi : Juma et Asha forment ensemble un sujet pluriel ; le préfixe verbal attendu est donc wa-, même si na reste invariable.
Notes d’usage
Na, au et lakini servent surtout à relier des éléments à l’intérieur d’une phrase. Kwa hiyo et pia peuvent également faire le lien avec la phrase précédente : Tumemaliza kazi. Kwa hiyo, tunaweza kuondoka (« Nous avons fini le travail. Nous pouvons donc partir »). Dans un texte, varier phrases courtes et phrases reliées donne souvent un résultat plus naturel que d’accumuler de très longues constructions.
Il n’existe pas toujours une correspondance mot à mot avec le français. Na couvre à la fois « et » et « avec » ; kwa sababu ya peut correspondre à « à cause de », mais n’est pas forcément négatif : kwa sababu ya msaada wako signifie « grâce à ton aide » selon le contexte. La logique de la phrase importe davantage qu’une traduction fixe.
À l’oral, les pauses et l’intonation rendent les rapports plus clairs. À l’écrit, la ponctuation facilite la lecture, surtout avant lakini ou kwa hiyo, mais les virgules suivent l’organisation de la phrase : elles ne modifient ni le sens fondamental ni la forme du connecteur.
Pour aller plus loin
Vous n’avez pas besoin de maîtriser ces nuances dès le niveau A2, mais elles apparaissent vite dans les conversations et les textes.
- wala signifie « ni » dans un contexte négatif : Sitaki chai wala kahawa (« Je ne veux ni thé ni café »).
- bali corrige ou remplace l’idée précédente, comme « mais plutôt » : Yeye si mwalimu, bali ni daktari (« Ce n’est pas un enseignant, mais un médecin »).
- ama ... ama ... met fortement en balance deux choix : Ama twende sasa, ama tusubiri (« Soit nous partons maintenant, soit nous attendons »).
- kisha et halafu organisent une suite d’actions (« puis, ensuite ») : Tulipika, halafu tukala (« Nous avons cuisiné, puis nous avons mangé »).
- hata hivyo marque un contraste entre des phrases ou des parties de texte (« cependant, toutefois »). Il relève d’une cohésion plus élaborée que le simple lakini.
Dans un récit, les connecteurs peuvent interagir avec des formes verbales qui enchaînent elles-mêmes les événements. Ainsi, le préfixe narratif -ka- dans tulipika, tukala peut suffire à rendre la succession (« nous avons cuisiné, puis mangé »). Les connecteurs ne sont donc pas les seuls moyens de structurer le discours en swahili.
À mesure que votre niveau progresse, observez aussi la portée du connecteur, c’est-à-dire la partie exacte de la phrase qu’il concerne. Mimi pia nitakuja met naturellement l’accent sur « moi aussi », tandis que nitakuja kesho pia ajoute plus facilement « demain aussi » au contexte. La position, l’intonation et la situation se combinent pour lever l’ambiguïté.
Conseils pratiques
- Travaillez par relations logiques. Faites quatre paires de cartes : addition (na, pia), choix (au), contraste (lakini, ingawa), cause et résultat (kwa sababu, kwa hiyo). Pour chaque carte, inventez une phrase liée à votre quotidien.
- Transformez une même idée. Partez de Nilikuwa mgonjwa. Nilibaki nyumbani. Puis produisez Nilibaki nyumbani kwa sababu nilikuwa mgonjwa et Nilikuwa mgonjwa, kwa hiyo nilibaki nyumbani. Cet exercice fixe le sens et l’ordre des deux connecteurs.
- Écoutez ce qui suit le connecteur. Quand vous entendez na, repérez si viennent un nom, un infinitif en ku- ou une proposition complète. Quand vous entendez kwa sababu, vérifiez si ya annonce un nom. Cette attention à la structure est plus efficace qu’une simple liste de traductions.
Notions liées
- Approfondissement : Cohésion discursive avancée — pour relier des paragraphes et nuancer un raisonnement avec hata hivyo, kwa upande mwingine, kwa ufupi et d’autres connecteurs.
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