Les constructions impersonnelles en norvégien
Upersonlige Konstruksjoner
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En bref
Le norvégien emploie surtout man pour parler des gens en général, comme le français on, et det comme sujet impersonnel : Man må vente (« Il faut attendre »), Det regner (« Il pleut »). Avec un passif en -s, det permet aussi de ne pas nommer l'auteur d'une parole ou d'une recommandation : Det sies at … (« On dit que… »).
Vue d’ensemble
Une construction est dite impersonnelle lorsqu'elle présente une action, une règle ou une situation sans désigner une personne précise comme responsable. En norvégien bokmål, trois moyens sont particulièrement utiles : le pronom générique man, le sujet impersonnel det et plusieurs tournures figées construites avec det. On les rencontre dans les conversations, les consignes, la presse, les règlements et les textes administratifs.
Ce point apparaît au niveau B1 parce qu'il permet de dépasser les phrases centrées sur jeg (« je »), du (« tu/vous ») ou une personne nommée. Il faut déjà reconnaître le passif (une forme qui met en avant l'action plutôt que celui qui l'accomplit), notamment le passif norvégien en -s. Les constructions impersonnelles servent alors à formuler une généralité, à donner un conseil sans viser directement son interlocuteur ou à rapporter une information dont la source reste en arrière-plan.
Pour un francophone, le rapprochement avec on et il est pratique, mais il ne suffit pas toujours. Le français familier emploie souvent on au sens de « nous » ; dans ce cas, le norvégien choisit normalement vi, pas man. À l'inverse, le français il faut peut correspondre à man må, du må ou det er nødvendig å, selon que l'on exprime une règle générale, une obligation adressée à quelqu'un ou une nécessité abstraite.
Fonctionnement
1. Man : les gens en général
Man est un pronom générique, c'est-à-dire un mot qui représente n'importe quelle personne dans la situation évoquée. Il ne renvoie ni à un homme en particulier ni à un groupe déjà identifié.
La structure de base est simple :
man + verbe conjugué + reste de la phrase
- Man lærer av sine feil. — On apprend de ses erreurs.
- Man bør bestille på forhånd. — Il vaut mieux réserver à l'avance.
- Man kan ikke vite alt. — On ne peut pas tout savoir.
Les verbes norvégiens ne changent pas de forme selon la personne. Man kan, jeg kan et vi kan ont donc tous le même verbe. Avec un verbe réfléchi, man reprend la troisième personne : Man må passe på seg selv (« Il faut prendre soin de soi »). Le possessif réfléchi est sin/si/sitt/sine : Man må ta vare på helsen sin (« Il faut prendre soin de sa santé »).
Il faut surtout distinguer trois emplois français de on :
| Sens de on en français | Choix courant en norvégien | Exemple |
|---|---|---|
| les gens en général | man | Man lever bare én gang. — On ne vit qu'une fois. |
| nous, dans la conversation | vi | Vi drar klokka åtte. — On part à huit heures. |
| une personne inconnue a fait quelque chose | noen ou un passif | Noen har ringt. — Quelqu'un a appelé. |
Man reste toujours un sujet. Pour dire « quelqu'un » dans une phrase comme « quelqu'un a pris mon manteau », on emploie noen, et non man.
2. Det comme sujet impersonnel
Le norvégien exige généralement un sujet exprimé. Det remplit cette place lorsqu'aucune personne ni aucune chose précise n'accomplit l'action. On parle parfois de sujet apparent : il occupe la place grammaticale du sujet sans désigner un objet concret.
On retrouve det dans plusieurs cadres très fréquents :
- météo et environnement : Det regner. — Il pleut.
- heure, distance ou situation : Det er sent. — Il est tard.
- appréciation suivie d'un infinitif : Det er vanskelig å velge. — Il est difficile de choisir.
- appréciation suivie d'une proposition : Det er bra at du kom. — C'est bien que tu sois venu.
- existence : Det finnes en løsning. — Il existe une solution.
Dans Det er viktig å lese vilkårene, l'infinitif å lese (la forme du verbe introduite par å) indique ce qu'il est important de faire. Dans Det er viktig at alle leser vilkårene, la proposition introduite par at précise qui doit les lire. Le choix entre å et at dépend donc de ce qui suit : une action sans sujet exprimé, ou une proposition avec son propre sujet.
3. Det avec le passif
Le passif en -s se forme notamment avec des verbes comme si → sies (« dire → être dit »), anta → antas (« supposer → être supposé ») et anbefale → anbefales (« recommander → être recommandé »). Avec det, il permet de présenter le contenu d'une affirmation, d'une supposition ou d'une recommandation sans identifier son auteur.
Les deux modèles essentiels sont :
- det + passif en -s + at + proposition : Det antas at prisene vil stige.
- det + passif en -s + å + infinitif : Det anbefales å bestille bord.
La première structure introduit une information complète : « On suppose que les prix vont augmenter. » La seconde introduit l'action recommandée : « Il est recommandé de réserver une table. » Quand l'auteur importe, une formulation active est généralement plus claire et plus naturelle : Legen anbefaler at du hviler (« Le médecin vous recommande de vous reposer »). La tournure impersonnelle sert précisément à laisser cet auteur à l'arrière-plan.
Le passif avec bli est également possible, surtout pour situer un événement dans le temps :
- Det ble sagt at toget var forsinket. — On a dit que le train avait du retard.
- Det blir ofte hevdet at … — On affirme souvent que…
Le passif en -s donne volontiers une formulation concise et générale. Bli met plus facilement l'accent sur le déroulement ou le moment de l'action.
4. La place du verbe et de la négation
Une proposition principale norvégienne suit la règle V2 : le verbe conjugué vient en deuxième position, même si la phrase commence par un complément. La « deuxième position » désigne ici le deuxième bloc de la phrase, pas nécessairement le deuxième mot.
- Man skal ikke løpe her. — On ne doit pas courir ici.
- Her skal man ikke løpe. — Ici, on ne doit pas courir.
- I Norge tar man ofte av seg skoene inne. — En Norvège, on enlève souvent ses chaussures à l'intérieur.
Dans une proposition subordonnée (une partie dépendante introduite, par exemple, par at, fordi ou når), la négation se place normalement avant le verbe conjugué :
- Det sies at man ikke bør gå alene. — On dit qu'il ne vaut mieux pas y aller seul.
- Når man ikke kjenner byen, er et kart nyttig. — Quand on ne connaît pas la ville, une carte est utile.
Comparez donc man kan ikke dans une principale et at man ikke kan dans une subordonnée.
Exemples en contexte
| Norvégien | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Man skal ikke løpe her. | On ne doit pas courir ici. | Règle générale avec man. |
| Man kan ikke like alle. | On ne peut pas aimer tout le monde. | Vérité générale. |
| I Norge tar man ofte av seg skoene inne. | En Norvège, on enlève souvent ses chaussures à l'intérieur. | Le complément initial entraîne l'ordre verbe–sujet. |
| Når man lærer norsk, må man øve ofte. | Quand on apprend le norvégien, il faut s'exercer souvent. | Deux emplois génériques de man. |
| Her må man betale med kort. | Ici, il faut payer par carte. | Man må correspond naturellement à « il faut ». |
| Det sies at han er rik. | On dit qu'il est riche. | Passif en -s suivi de at. |
| Det antas at veien åpner i morgen. | On suppose que la route rouvrira demain. | La source de l'hypothèse n'est pas nommée. |
| Det anbefales å bestille bord. | Il est recommandé de réserver une table. | Passif en -s suivi d'un infinitif. |
| Det ble sagt at møtet var avlyst. | On a dit que la réunion était annulée. | Passif avec bli au passé. |
| Det er viktig å lese hele meldingen. | Il est important de lire tout le message. | Appréciation impersonnelle + infinitif. |
| Det er synd at du ikke kan komme. | C'est dommage que tu ne puisses pas venir. | Appréciation suivie de at. |
| Det regner mye om høsten. | Il pleut beaucoup en automne. | Det météorologique. |
| Det finnes flere mulige løsninger. | Il existe plusieurs solutions possibles. | Tournure d'existence avec finnes. |
| Det går an å endre datoen. | Il est possible de changer la date. | Tournure courante det går an. |
| Det kommer an på været. | Cela dépend du temps. | Expression figée suivie de på. |
Erreurs fréquentes
Employer man au sens de « nous »
- Incorrect : Man skal på kino i kveld si l'on parle de son propre groupe.
- Correct : Vi skal på kino i kveld.
- Pourquoi : dans « On va au cinéma ce soir », le français on signifie généralement « nous ». Le norvégien utilise alors vi. Man donnerait une généralité étrange, comme si les gens en général allaient au cinéma ce soir.
Confondre man et mann
- Incorrect : Mann må følge reglene.
- Correct : Man må følge reglene.
- Pourquoi : man avec un seul n est le pronom « on ». En mann, avec deux n, est le nom « un homme ».
Oublier det
- Incorrect : Er viktig å bestille tidlig.
- Correct : Det er viktig å bestille tidlig.
- Pourquoi : contrairement au français oral, où l'on entend parfois « important de… », une phrase norvégienne neutre exige ici le sujet impersonnel det.
Garder l'ordre français après un complément initial
- Incorrect : I Norge man tar av seg skoene.
- Correct : I Norge tar man av seg skoene.
- Pourquoi : dans une proposition principale, le verbe conjugué occupe la deuxième position. Après I Norge, il précède donc le sujet man.
Placer la négation comme dans une principale à l'intérieur d'une subordonnée
- Incorrect : Det sies at man kan ikke parkere her.
- Correct : Det sies at man ikke kan parkere her.
- Pourquoi : dans la subordonnée introduite par at, ikke vient normalement avant le verbe conjugué : at man ikke kan.
Traduire il faut toujours de la même façon
- Peu adapté : Man må ta med passet ditt pour une consigne adressée directement à une personne.
- Mieux : Du må ta med passet ditt.
- Pourquoi : man må énonce une règle générale ; du må vise clairement l'interlocuteur. Pour une nécessité sans personne précise, on peut aussi dire Det er nødvendig å ta med pass.
Notes d’usage
Man est courant et parfaitement normal dans les explications, les conseils et les généralisations. Dans la conversation, du peut aussi prendre une valeur générale, comme le français « tu » ou « vous » dans « tu ne sais jamais ». Du vet aldri paraît plus direct et oral ; man vet aldri reste plus détaché. Il vaut mieux éviter de passer de man à du sans raison dans le même passage.
On rencontre également en comme pronom générique : En lærer så lenge en lever (« On apprend toute sa vie »). Cet usage varie selon les locuteurs, le style et les préférences personnelles. Pour l'apprentissage au niveau B1, man constitue le choix le plus immédiatement reconnaissable ; il faut néanmoins savoir identifier en dans ce rôle. D'autres solutions permettent de préciser le sens : folk (« les gens »), de fleste (« la plupart des gens »), vi (« nous ») ou un passif.
Les phrases Det sies at…, Det antas at… et Det forventes at… sont fréquentes dans la presse et les textes formels. Elles peuvent toutefois rendre la source vague. Lorsqu'il est important de savoir qui affirme quelque chose, une phrase active est plus claire : Politiet sier at veien er stengt (« La police dit que la route est fermée »).
Certaines expressions avec det s'apprennent avantageusement comme des blocs :
- det finnes — il existe, il y a ;
- det går an å… — il est possible de… ;
- det kommer an på… — cela dépend de… ;
- det gjelder… — cela concerne… / il s'agit de… ;
- det ser ut til at… — il semble que…
Leur équivalent français ne contient pas toujours « il ». Il faut retenir leur fonction plutôt que remplacer mécaniquement chaque det par un même mot français.
Pour aller plus loin
Le norvégien autorise le passif impersonnel même avec certains verbes qui n'ont pas de complément direct (un élément qui subit directement l'action). On peut ainsi dire Det ble danset hele natta : « On a dansé toute la nuit. » La phrase met en avant l'activité elle-même et laisse les participants indéfinis. Ce tour est productif, mais souvent plus marqué ou plus écrit qu'une phrase active avec folk, de (« ils » au sens vague) ou un sujet précis.
Il existe aussi une différence utile entre man sier at… et det sies at… :
- Man sier at restauranten er god évoque ce que les gens disent en général.
- Det sies at restauranten er god présente l'information comme une rumeur ou une opinion rapportée, dans un style plus détaché.
Le choix n'est donc pas purement grammatical. Man fait imaginer une communauté humaine, même indéfinie ; le passif impersonnel efface davantage cette communauté et dirige l'attention vers le message.
Enfin, det n'est pas toujours vide de sens. Dans Jeg kjøpte et hus. Det er gammelt, det reprend réellement et hus : « il/celui-ci est ancien ». Dans Det er kaldt i dag, il ne reprend aucun nom et reste impersonnel. Pour décider, demandez-vous simplement si det remplace une chose déjà mentionnée. Si la réponse est non et que la phrase décrit la météo, une situation, une existence ou une appréciation, il s'agit probablement du det impersonnel.
Conseils d’entraînement
- Prenez cinq phrases françaises avec on et classez-les en trois groupes : « les gens en général », « nous » et « quelqu'un ». Traduisez ensuite avec man, vi, noen ou un passif selon le sens.
- Mémorisez des cadres complets plutôt que des mots isolés : Det sies at…, Det er viktig å…, Det finnes… et Det kommer an på…. Complétez chaque cadre avec trois idées de votre quotidien.
- Travaillez l'ordre des mots par paires : Man må bestille på forhånd → På denne restauranten må man bestille på forhånd ; puis transformez une principale en subordonnée pour opposer man kan ikke à at man ikke kan.
Notions liées
- Prérequis : Le passif en -s — nécessaire pour comprendre des formes comme sies, antas et anbefales dans les tournures impersonnelles.
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