Le plus-que-parfait en français
Plus-que-parfait
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de français sur Settemila Lingue.
L’essentiel
Le plus-que-parfait situe un fait avant un autre moment du passé : J’avais déjà mangé quand il est arrivé. Il se forme avec avoir ou être à l’imparfait, suivi du participe passé (la forme comme mangé, fini ou parti) : j’avais compris, elle était sortie. Le choix de l’auxiliaire et les règles d’accord sont, dans l’ensemble, les mêmes qu’au passé composé.
Vue d’ensemble
Le plus-que-parfait est souvent présenté comme « le passé du passé ». Dans Quand Léa est arrivée, le film avait commencé, les deux faits sont passés, mais ils ne se trouvent pas au même point de la chronologie : le commencement du film est antérieur à l’arrivée de Léa. Le plus-que-parfait permet donc de revenir en arrière sans devoir répéter constamment avant cela.
Ce temps apparaît dès le niveau B1 dans les récits, les souvenirs, les explications et les conversations quotidiennes. Il est particulièrement utile pour donner la cause d’une situation passée : Il était fatigué parce qu’il avait mal dormi. On le rencontre aussi dans le discours indirect et, plus tard, dans les hypothèses irréelles : Si j’avais su, je serais venu.
Pour l’apprendre, il faut déjà connaître le passé composé. La logique de construction est presque identique : on conserve l’auxiliaire et le participe passé, mais on met l’auxiliaire à l’imparfait. Ainsi, elle a choisi devient elle avait choisi, et ils sont partis devient ils étaient partis.
Formation et fonctionnement
La formule de base
La structure est la suivante :
sujet + avoir ou être à l’imparfait + participe passé
| Personne | Avec avoir : manger | Avec être : partir |
|---|---|---|
| je | j’avais mangé | j’étais parti(e) |
| tu | tu avais mangé | tu étais parti(e) |
| il / elle / on | il avait mangé | elle était partie |
| nous | nous avions mangé | nous étions parti(e)s |
| vous | vous aviez mangé | vous étiez parti(e)(s) |
| ils / elles | ils avaient mangé | elles étaient parties |
Les formes à mémoriser sont donc celles de l’imparfait des deux auxiliaires :
| Personne | avoir | être |
|---|---|---|
| j’ | avais | étais |
| tu | avais | étais |
| il / elle / on | avait | était |
| nous | avions | étions |
| vous | aviez | étiez |
| ils / elles | avaient | étaient |
Le participe passé ne change pas par rapport au passé composé : parler → parlé, finir → fini, vendre → vendu. Les formes irrégulières restent elles aussi les mêmes : faire → fait, prendre → pris, voir → vu, écrire → écrit, venir → venu, naître → né.
Choisir entre avoir et être
La plupart des verbes se construisent avec avoir : j’avais travaillé, nous avions compris. Les verbes qui prennent être au passé composé le prennent également au plus-que-parfait : elle était arrivée, ils étaient restés. Les verbes pronominaux (des verbes accompagnés de me, te, se, nous ou vous) emploient aussi être : je m’étais trompé, elles s’étaient rencontrées.
Certains verbes peuvent changer d’auxiliaire selon leur construction :
| Construction | Exemple | Explication |
|---|---|---|
| être sans objet direct | Léa était montée au troisième étage. | C’est Léa qui s’est déplacée. |
| avoir avec un objet direct | Léa avait monté les valises. | Les valises sont ce que Léa a monté. |
| être sans objet direct | Ils étaient sortis tôt. | Ils avaient quitté un lieu. |
| avoir avec un objet direct | Ils avaient sorti les chaises. | Les chaises sont l’objet déplacé. |
Les accords du participe passé
Avec être, le participe passé s’accorde généralement avec le sujet :
- Paul était parti.
- Nora était partie.
- Paul et Nora étaient partis.
- Nora et Inès étaient parties.
Avec avoir, le participe passé reste normalement inchangé : Elles avaient terminé leur travail. Il s’accorde toutefois avec le complément d’objet direct, ou COD (la personne ou la chose qui subit directement l’action), si ce complément est placé avant le verbe :
- J’avais écrit les lettres. — le COD suit le verbe, donc pas d’accord.
- Les lettres que j’avais écrites étaient longues. — que reprend les lettres avant le verbe, donc écrites.
- Je les avais écrites la veille. — les reprend les lettres, donc écrites.
Les verbes pronominaux demandent parfois une analyse plus précise. Dans Elle s’était lavée, se est COD : accord avec elle. Dans Elle s’était lavé les mains, le COD les mains vient après le verbe et se signifie « à elle-même » : pas d’accord. De même, on écrit Ils s’étaient parlé, car on parle à quelqu’un.
Situer deux moments du passé
Le plus-que-parfait ne signifie pas simplement « il y a très longtemps ». Il exprime une relation entre un fait antérieur et un point de repère passé. Ce repère peut être exprimé dans la phrase ou compris grâce au contexte.
| Chronologie | Exemple |
|---|---|
| 1. finir ; 2. rentrer | Quand je suis rentré, ils avaient fini. |
| 1. perdre ses clés ; 2. ne pas pouvoir entrer | Elle ne pouvait pas entrer : elle avait perdu ses clés. |
| 1. ne jamais voir la mer ; 2. voyage de 2019 | Avant ce voyage, nous n’avions jamais vu la mer. |
Le deuxième fait n’est pas toujours au passé composé. Il peut être à l’imparfait : Il connaissait déjà la ville parce qu’il y avait vécu. Il peut aussi être simplement nommé : À vingt ans, elle avait déjà publié deux romans.
La négation, les pronoms et les questions
À la forme négative, ne se place avant l’auxiliaire et pas, plus ou jamais après celui-ci :
- Je n’avais pas compris.
- Elle n’était jamais venue ici.
- Nous ne nous étions plus parlé depuis juin.
Les pronoms compléments se placent avant l’auxiliaire : Je l’avais prévenu, Elle lui avait répondu, Nous y étions déjà allés. Dans Je ne l’avais pas vu, l’ordre est donc ne + pronom + auxiliaire + pas + participe passé.
Pour poser une question, on peut employer est-ce que ou l’inversion : Est-ce que tu avais réservé ? ; Aviez-vous déjà rencontré la directrice ? Dans la conversation, l’intonation suffit souvent : Tu avais réservé ?
Exemples en contexte
| Phrase en français | Sens en français simple | Repère |
|---|---|---|
| J’avais déjà mangé quand il est arrivé. | Mon repas était terminé avant son arrivée. | Action achevée avant une autre |
| Elle était partie quand j’ai appelé. | Mon appel a eu lieu après son départ. | Auxiliaire être et accord au féminin |
| Nous avions fini avant lui. | Notre travail s’est terminé en premier. | Antériorité avec avant |
| Il avait dit qu’il viendrait. | Sa déclaration précédait le moment raconté. | Parole rapportée |
| Le sol était mouillé parce qu’il avait plu toute la nuit. | La pluie antérieure explique l’état du sol. | Cause d’une situation passée |
| À son arrivée, le spectacle avait déjà commencé. | Le début du spectacle était antérieur à son arrivée. | Repère donné par un groupe nominal |
| Je connaissais ce quartier : j’y avais habité pendant cinq ans. | Une ancienne période de résidence explique ma connaissance. | Expérience antérieure |
| Elle ne retrouvait plus le document qu’elle avait enregistré. | L’enregistrement avait eu lieu auparavant. | Relative avec que |
| Les photos que tu avais prises étaient magnifiques. | Tu avais pris ces photos avant qu’on les regarde. | Accord avec le COD placé avant |
| Ils s’étaient rencontrés à Marseille en 2018. | Leur première rencontre précédait le récit. | Verbe pronominal |
| Nous n’avions jamais entendu cette chanson auparavant. | Jusqu’à ce moment passé, cette chanson nous était inconnue. | Expérience négative |
| Aviez-vous réservé une table avant de venir ? | La réservation devait précéder la venue. | Question formelle ou neutre |
| Elle était rentrée, mais les enfants dormaient encore. | Son retour avait eu lieu avant la scène décrite. | Arrière-plan narratif |
| Il était déçu, car on ne l’avait pas retenu pour le poste. | Le refus antérieur explique sa déception. | Pronom avant l’auxiliaire |
Erreurs fréquentes
Employer le présent de l’auxiliaire
- Incorrect : Quand je suis arrivé, ils ont déjà mangé. si l’on veut clairement dire que le repas était terminé avant l’arrivée.
- Correct : Quand je suis arrivé, ils avaient déjà mangé.
- Pourquoi : ont mangé est un passé composé. Pour marquer le fait antérieur au repère je suis arrivé, l’auxiliaire doit être à l’imparfait : avaient.
Mettre le verbe principal à l’imparfait
- Incorrect : Elle avait finissait son rapport.
- Correct : Elle avait fini son rapport.
- Pourquoi : seul l’auxiliaire est conjugué à l’imparfait. Le verbe principal prend la forme du participe passé : fini, et non finissait.
Choisir le mauvais auxiliaire
- Incorrect : Elle avait partie avant midi.
- Correct : Elle était partie avant midi.
- Pourquoi : partir se construit avec être dans les temps composés. Le choix est le même qu’au passé composé : elle est partie → elle était partie.
Oublier l’accord avec être
- Incorrect : Mes sœurs étaient arrivé en avance.
- Correct : Mes sœurs étaient arrivées en avance.
- Pourquoi : avec être, arrivées s’accorde ici au féminin pluriel avec mes sœurs.
Accorder automatiquement après avoir
- Incorrect : Elles avaient terminées leurs études.
- Correct : Elles avaient terminé leurs études.
- Pourquoi : avec avoir, le participe ne s’accorde pas avec le sujet. Le COD leurs études est placé après le verbe.
Confondre ancienneté et antériorité
- Mal choisi : Hier, j’avais acheté du pain sans autre contexte passé.
- Plus naturel : Hier, j’ai acheté du pain.
- Avec un repère : Hier soir, j’avais déjà acheté du pain quand tu m’as appelé.
- Pourquoi : un événement simplement terminé dans le passé se raconte souvent au passé composé. Le plus-que-parfait devient pertinent lorsqu’on le situe avant un autre moment passé.
Remarques d’usage
Les adverbes déjà, jamais, encore, auparavant et la veille accompagnent souvent le plus-que-parfait, car ils aident à organiser la chronologie : Elle avait déjà envoyé le dossier ; Je ne l’avais jamais vu auparavant. Déjà, jamais et encore se placent généralement entre l’auxiliaire et le participe : avait déjà commencé, n’était jamais venu.
Dans un récit, le passé composé fait avancer les événements principaux, l’imparfait décrit souvent la situation ou une action en cours, et le plus-que-parfait revient à ce qui s’était produit avant : La rue était déserte. Les magasins avaient fermé. Soudain, une voiture s’est arrêtée. Cette répartition n’est pas mécanique, mais elle constitue un excellent point de départ.
À l’oral, le repère peut rester implicite si la situation est claire : Désolé, j’avais oublié ! signifie généralement « avant le moment où je m’en suis rendu compte » ou « avant que tu me le rappelles ». De même, Je croyais que tu étais parti suffit sans préciser à quel moment ce départ supposé aurait eu lieu.
Le plus-que-parfait peut aussi décrire un état commencé avant le repère, et pas seulement une action ponctuelle achevée : Ils avaient longtemps vécu à Lille avant de déménager ; J’avais toujours cru que ce musée était gratuit. L’idée essentielle reste l’antériorité par rapport à un point du passé.
Pour aller plus loin
Dans les hypothèses irréelles du passé
Après si, le plus-que-parfait sert à imaginer une condition passée qui ne s’est pas réalisée. La conséquence se met généralement au conditionnel passé :
- Si j’avais su, je serais venu. — Je ne savais pas, donc je ne suis pas venu.
- Si nous étions partis plus tôt, nous n’aurions pas raté le train. — Nous sommes partis trop tard et nous l’avons raté.
On ne met pas le conditionnel directement après si dans cette structure : on dit si j’avais su, et non si j’aurais su.
Dans le discours indirect
Lorsqu’on rapporte depuis un point passé des paroles concernant un fait encore plus ancien, le plus-que-parfait marque ce recul :
- Paroles directes : « J’ai perdu mes clés. »
- Récit au passé : Elle a expliqué qu’elle avait perdu ses clés.
Ce changement est particulièrement fréquent après dire, expliquer, raconter, penser ou croire. Dans la langue courante, la chronologie et le contexte peuvent parfois rendre le recul moins strict, mais le plus-que-parfait reste la forme la plus nette pour signaler l’antériorité.
Valeurs d’atténuation et de politesse
Dans certaines demandes, le plus-que-parfait crée une distance polie : J’avais une question à vous poser ; Je voulais savoir si… Dans J’avais pensé que nous pourrions déplacer la réunion, il présente une proposition avec prudence. Cet emploi ne décrit pas toujours une véritable succession de deux faits passés ; il sert aussi à rendre l’intervention moins directe.
On entend également J’étais venu vous demander un renseignement. Le locuteur est pourtant encore présent : le temps replace son intention au moment de son arrivée et adoucit la demande.
Contraste avec le passé antérieur
Dans la conversation et dans la plupart des récits contemporains, le plus-que-parfait est le moyen normal d’exprimer un fait antérieur à un autre fait passé. Le passé antérieur — quand il eut fini, il partit — appartient surtout au récit littéraire associé au passé simple et souligne souvent une succession immédiate. Il faut savoir le reconnaître dans les romans, mais il ne remplace pas le plus-que-parfait dans l’usage quotidien.
Conseils pratiques
- Transformez des phrases au passé composé. Partez de Elle est sortie ou Nous avons compris, puis reculez l’auxiliaire : Elle était sortie, Nous avions compris. Cet exercice fixe à la fois le choix de l’auxiliaire et le participe.
- Dessinez une mini-frise chronologique. Pour chaque phrase, notez le fait le plus ancien à gauche et le repère passé à droite : perdre les clés ← ne pas pouvoir entrer. Mettez ensuite le fait de gauche au plus-que-parfait.
- Racontez une conséquence et sa cause. Entraînez-vous avec parce que, car, déjà et jamais : J’étais en retard parce que le bus était parti ; Elle comprenait mieux parce qu’elle avait déjà lu le dossier. Vérifiez ensuite les accords.
Notions liées
- Prérequis : Le passé composé — il fournit le choix de l’auxiliaire, les participes passés et les principales règles d’accord réutilisés au plus-que-parfait.