Les contractions avec à et de en français
Contractions
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de français sur Settemila Lingue.
En bref
Devant les articles définis le et les, les prépositions à et de se contractent obligatoirement : à + le = au, à + les = aux, de + le = du, de + les = des. En revanche, les formes féminines et élidées restent séparées : à la, à l’, de la, de l’. On dit donc au cinéma et aux enfants, mais à la gare et à l’école.
Vue d’ensemble
Une préposition est un petit mot qui introduit un complément et précise une relation : destination, lieu, origine, appartenance, destinataire, sujet d’une conversation, etc. Dans aller à la gare, à introduit une destination ; dans revenir de la gare, de indique une origine. Lorsque cette préposition rencontre certains articles définis, les deux mots fusionnent : cette fusion s’appelle une contraction.
Les quatre formes au, aux, du et des apparaissent partout dans la vie courante : aller au travail, parler aux voisins, la porte du garage, revenir des courses. La contraction n’est pas un choix de style ni une simplification propre à l’oral. Elle est obligatoire en français standard, à l’écrit comme à l’oral. Les suites à le, à les, de le et de les sont donc normalement incorrectes lorsqu’elles contiennent un article défini.
Cette règle s’apprend dès le niveau A1, juste après les articles définis le, la, l’ et les. Le principe de base est court, mais il faut aussi reconnaître la fonction des mots. Du et des ne sont pas toujours des contractions : ils peuvent également servir à exprimer une quantité non précisée. Le débutant peut d’abord mémoriser le tableau essentiel ; les distinctions plus fines sont expliquées plus loin.
Fonctionnement
Le tableau essentiel
| Préposition + article défini | Forme obtenue | Exemple |
|---|---|---|
| à + le | au | au marché |
| à + la | à la | à la banque |
| à + l’ | à l’ | à l’université |
| à + les | aux | aux toilettes |
| de + le | du | du musée |
| de + la | de la | de la mairie |
| de + l’ | de l’ | de l’aéroport |
| de + les | des | des bureaux |
Il n’existe donc que quatre contractions à retenir. Avec la et l’, les deux mots restent distincts. L’apostrophe de l’ signale déjà une élision — la disparition de la voyelle de le ou de la devant un son vocalique — mais ce n’est pas une contraction avec à ou de : on écrit bien deux éléments dans à l’école et de l’hôtel.
Partir de la construction complète
Pour choisir la bonne forme, il est utile de procéder en deux étapes :
- déterminer si le complément exige à ou de ;
- choisir l’article défini correspondant au nom, puis appliquer la contraction.
Avec aller, on construit souvent une destination avec à. Cinéma est ici masculin singulier : à + le cinéma devient au cinéma. Piscine est féminin singulier : à + la piscine reste à la piscine. Archives est pluriel : à + les archives devient aux archives.
Le même raisonnement fonctionne avec de. Dans la porte du garage, le complément garage précise à quel ensemble appartient la porte : de + le garage donne du garage. Dans la porte de la cuisine, aucune contraction n’est possible, car l’article est la.
Quand employer à
La préposition à ne sert pas uniquement à indiquer un lieu. La contraction dépend de l’article qui suit, quelle que soit la relation exprimée :
- destination ou lieu : Nous allons au musée. ; Elle est au bureau.
- destinataire : Il répond aux clients.
- activité ou jeu : Les enfants jouent au football. ; Ils jouent aux cartes.
- objet d’une attention ou d’une pensée : Je pense au rendez-vous.
- fonction ou usage : une machine à laver, mais une brosse à dents ; ici, il n’y a pas toujours d’article à contracter.
Le dernier exemple rappelle un point important : il faut contracter seulement si un article défini est réellement présent. À + un, à + une, à + mon, à + ce ou à + plusieurs ne donnent pas de forme spéciale : à un ami, à une collègue, à mon frère, à ce moment, à plusieurs personnes.
Quand employer de
La préposition de introduit elle aussi plusieurs types de compléments :
- origine ou point de départ : Je reviens du marché. ; Elle sort des bureaux.
- appartenance ou relation : le vélo du voisin ; les parents des élèves
- sujet dont on parle : Nous parlons du projet. ; Il se souvient des vacances.
- matière ou contenu dans certaines constructions : la couleur du bois, la fin de l’histoire
- complément après une locution : près du parc, à côté des escaliers, en face de la poste
Dans près du parc, la contraction reste nécessaire même si de appartient à l’expression près de. Ce qui compte est le contact entre de et l’article le.
Devant une voyelle ou un h
Au singulier, le et la deviennent normalement l’ devant une voyelle ou un h muet : on obtient alors à l’ et de l’, sans contraction supplémentaire.
- à l’aéroport, de l’aéroport ;
- à l’hôtel, de l’hôtel ;
- à l’entrée, de l’entrée.
Devant un h aspiré — un h qui empêche l’élision et la liaison — l’article conserve sa forme : à la hauteur, de la honte, au haras. Le dictionnaire indique généralement quels mots commencent par un h aspiré. Au pluriel, la contraction se fait tout de même : aux héros, des haricots. En revanche, on ne fait normalement pas de liaison devant ce h aspiré.
Prononciation
Dans la prononciation courante, au et aux ont généralement le même son /o/. Du se prononce /dy/ et des /de/. Devant un mot commençant par une voyelle ou un h muet, aux et des peuvent produire une liaison :
- aux enfants se prononce avec un son de liaison en z ;
- des amis se prononce également avec z.
La contraction et la liaison sont deux phénomènes différents. La contraction concerne la forme grammaticale et écrite ; la liaison concerne le son entre deux mots. On écrit toujours aux héros, même si aucune liaison ne se fait devant le h aspiré de héros.
Exemples en contexte
| Phrase | Sens ou reformulation | Point observé |
|---|---|---|
| Je vais au cinéma ce soir. | Ma destination est le cinéma. | à + le = au |
| Il parle aux enfants avec patience. | Les enfants sont les destinataires de ses paroles. | à + les = aux |
| Nous déjeunons à la cantine. | Le repas a lieu dans la cantine. | Pas de contraction avec la |
| Elle étudie à l’université. | Son lieu d’études est l’université. | Pas de contraction avec l’ |
| Pense au rendez-vous de demain. | N’oublie pas le rendez-vous. | penser à + le |
| Ils jouent aux cartes après le dîner. | Leur jeu est un jeu de cartes. | à + les = aux |
| C’est le livre du professeur. | Le livre appartient au professeur ou lui est associé. | de + le = du |
| Je reviens de la gare. | Mon point de départ est la gare. | Pas de contraction avec la |
| Le vol part de l’aéroport à neuf heures. | L’aéroport est le point de départ. | Pas de contraction avec l’ |
| Nous rentrons des courses. | Nous revenons après avoir fait les courses. | de + les = des |
| La réunion a lieu près du parc. | Le parc sert de point de repère. | près de + le |
| Elle se souvient des voisins de son enfance. | Les voisins sont l’objet de son souvenir. | se souvenir de + les |
| Les touristes vont au Havre en train. | Leur destination est la ville du Havre. | Contraction avec un nom de ville contenant l’article Le |
| Le guide répond aux questions du groupe. | Les questions reçoivent une réponse. | Deux contractions dans la même phrase |
Erreurs fréquentes
Garder à et le séparés
- Incorrect : Je vais à le marché.
- Correct : Je vais au marché.
- Pourquoi : devant l’article défini masculin singulier le, à devient obligatoirement au.
Contracter devant un nom féminin
- Incorrect : Elle travaille au banque.
- Correct : Elle travaille à la banque.
- Pourquoi : banque est féminin et prend la. Il n’existe pas de contraction de à la.
Employer à l’ devant n’importe quel h
- Incorrect : Il répond à l’harcèlement par le silence.
- Correct : Il répond au harcèlement par le silence.
- Pourquoi : harcèlement commence par un h aspiré ; on dit le harcèlement, puis au harcèlement. Il faut apprendre ce comportement avec le nom.
Oublier la contraction au pluriel
- Incorrect : Nous parlons de les résultats.
- Correct : Nous parlons des résultats.
- Pourquoi : lorsque de introduit le groupe défini les résultats, de + les donne des.
Croire que tout du ou des est une contraction
- Analyse trompeuse : dans Je mange du pain, comprendre automatiquement du comme de + le.
- Analyse correcte : ici, du est un article partitif ; il présente une quantité non précisée de pain.
- Pourquoi : la forme est identique, mais la fonction change. Comparez la couleur du pain : dans ce second exemple, du correspond bien à de + le pain.
Contracter quand le est un pronom
- Incorrect : Il suffit du regarder.
- Correct : Il suffit de le regarder.
- Pourquoi : dans le regarder, le remplace une personne ou une chose : c’est un pronom (un mot employé à la place d’un nom), et non l’article placé devant un nom. La contraction ne s’applique donc pas.
Notes d’usage
La règle ne varie pas selon le registre : à le musée et de les voisins ne deviennent pas acceptables dans une conversation familière. À l’oral, la contraction est même intégrée à la prononciation ; elle n’est pas perçue comme l’assemblage occasionnel de deux mots.
Avec les noms géographiques qui comportent un article, la contraction est habituelle : au Caire, au Mans, au Havre, du Caire, du Mans, du Havre. Pour les pays masculins ou pluriels, on retrouve le même mécanisme : au Canada, aux États-Unis, du Portugal, des Pays-Bas. Le choix entre à, en et au avec les lieux constitue toutefois une question plus large que la seule contraction.
Les formes au, aux, du et des appartiennent à des expressions très fréquentes qu’il est efficace de mémoriser en bloc : au travail, au téléphone, aux toilettes, du côté de, près du, à côté des. Cette mémorisation ne remplace pas la règle, mais elle aide à produire rapidement une phrase naturelle.
Pour aller plus loin
Cette partie n’est pas indispensable pour appliquer la règle au niveau A1, mais elle permet de comprendre des formes qui se ressemblent.
Distinguer contraction, partitif et article indéfini
Du et des peuvent avoir plusieurs analyses grammaticales :
| Forme en contexte | Fonction | Indice utile |
|---|---|---|
| la clé du bureau | contraction de de + le | Le bureau est défini : c’est la clé de ce bureau. |
| revenir des montagnes | contraction de de + les | de indique ici l’origine. |
| boire du café | article partitif | Il s’agit d’une quantité non précisée de café. |
| acheter des tomates | article indéfini pluriel | Il s’agit de plusieurs tomates non identifiées. |
La forme visible ne suffit donc pas toujours. Il faut observer le verbe, le sens et le caractère défini ou non du nom. Un test utile consiste à demander si la construction contient déjà la préposition de : revenir de, parler de, la clé de. Si oui, du ou des est probablement une contraction devant un article défini. Ce test aide souvent, sans remplacer l’analyse du contexte.
Comparez Il parle des collègues et Il rencontre des collègues. Dans la première phrase, le verbe se construit avec de et les collègues sont identifiés : parler de + les collègues. Dans la seconde, des est un article indéfini pluriel : le locuteur présente simplement plusieurs collègues. Pour parler de collègues non identifiés après parler de, on dit plutôt Il parle de collègues qu’il a connus autrefois.
L’article et le pronom ne se comportent pas pareil
La règle concerne uniquement le et les employés comme articles devant un nom : le film, les lettres. Les mêmes formes peuvent être des pronoms compléments, c’est-à-dire remplacer ce dont on parle :
- Je vous demande de le lire : le remplace, par exemple, le document ;
- Elle hésite à les inviter : les remplace des personnes ;
- À le voir, on dirait qu’il est fatigué : le signifie « lui » dans cette construction.
On conserve donc de le, à les ou à le lorsqu’il s’agit d’un pronom. Ces suites, interdites devant un nom avec article défini, sont parfaitement correctes dans ce cas.
Titres et noms propres
Un article intégré à un nom de lieu se contracte normalement, comme dans au Havre. Avec le titre exact d’une œuvre, d’un journal ou d’une organisation, l’usage éditorial peut parfois conserver la forme du titre pour qu’elle reste immédiatement reconnaissable. Dans la langue courante, les contractions sont néanmoins très fréquentes : un article du Monde, l’auteur des Misérables. Pour un texte soigné, il est prudent de vérifier la convention suivie par la publication concernée.
Conseils pratiques
- Apprenez les noms avec leur article. Si vous mémorisez le musée, la gare, l’aéroport et les archives, les formes au musée, à la gare, à l’aéroport et aux archives deviennent beaucoup plus faciles à construire.
- Travaillez par paires. Transformez une même expression avec à puis avec de : au parc / du parc, à la piscine / de la piscine, à l’hôtel / de l’hôtel, aux bureaux / des bureaux. Cette série fait ressortir immédiatement les quatre modèles.
- Repérez la fonction de du et des. Dans un texte court, soulignez chaque du et des, puis demandez-vous : « Y a-t-il une construction avec de ? Le nom est-il défini, ou parle-t-on d’une quantité non précisée ? » Ce réflexe prépare aussi l’étude des articles partitifs.
Notions liées
- Prérequis : Les articles définis — pour choisir entre le, la, l’ et les avant d’appliquer une contraction.