B1

Le futur en basque

Geroaldia

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de basque sur Settemila Lingue.

En bref

Le futur basque se forme généralement avec le participe du verbe + -ko ou -go, suivi d’un auxiliaire au présent : joango naiz (« j’irai »), egingo dut (« je le ferai »). -go apparaît après un participe terminé par -n ; ailleurs, on emploie normalement -ko. L’auxiliaire reste indispensable : il indique qui agit et, avec un verbe transitif, ce qui subit l’action.

Vue d’ensemble

Le geroaldia, le futur, sert à annoncer un événement à venir, à exprimer une intention ou à faire une prévision. C’est un point central du niveau B1 : sa formation est assez régulière, mais son emploi suppose déjà de bien choisir entre les auxiliaires de type izan et ukan/edun. Un auxiliaire est ici le petit verbe conjugué qui porte les informations de personne et de nombre.

Pour un francophone, la différence la plus visible est l’absence de terminaisons comparables à j’irai, tu iras, nous irons. La personne n’est pas marquée sur joango ou egingo, mais sur l’auxiliaire : naiz, zara, da… ou dut, duzu, du… La forme principale reste donc identique tandis que l’auxiliaire change.

Il est aussi utile de ne pas assimiler automatiquement le futur français au futur basque. Comme en français courant, un présent peut parfois désigner un projet déjà prévu : Bihar Bilbora noa signifie « Demain, je vais à Bilbao ». À l’inverse, la forme en -ko/-go peut exprimer non seulement l’avenir, mais aussi une supposition sur la situation présente : Etxean egongo da peut vouloir dire « Il/Elle sera chez lui/elle » ou « Il/Elle doit probablement être chez lui/elle ».

Comment ça marche

La structure de base

La construction affirmative suit ce modèle :

participe + -ko/-go + auxiliaire au présent

Le participe est la forme verbale utilisée comme base dans les temps composés : par exemple etorri « venir », ikusi « voir », hartu « prendre », egin « faire ». Le suffixe -ko/-go lui donne une valeur prospective, c’est-à-dire qu’il présente le procès comme encore à venir.

Participe Forme de futur Traduction
etorri etorriko viendra / à venir
ikusi ikusiko verra / à voir
hartu hartuko prendra / à prendre
prestatu prestatuko préparera / à préparer
joan joango ira / à venir pour « aller »
egin egingo fera / à faire
izan izango sera / à être
egon egongo sera, restera / à être dans un lieu ou un état

La règle pratique est simple :

  • après un participe terminé par -n, on emploie -go : joan → joango, egin → egingo, izan → izango, egon → egongo ;
  • dans les autres cas, on emploie -ko : etorri → etorriko, ikusi → ikusiko, hartu → hartuko.

Il ne faut donc pas partir d’un infinitif français ni retirer arbitrairement la fin du verbe basque. On apprend le participe, puis on lui ajoute le suffixe approprié.

Verbes intransitifs : l’auxiliaire de type izan

Un verbe intransitif décrit une action sans complément d’objet direct, c’est-à-dire sans élément qui reçoit directement l’action. Joan « aller », etorri « venir » et geratu « rester » suivent normalement le paradigme de izan.

Personne Forme avec joan Sens
ni joango naiz j’irai
zu joango zara tu iras / vous irez (singulier de politesse)
hura joango da il/elle ira
gu joango gara nous irons
zuek joango zarete vous irez (pluriel)
haiek joango dira ils/elles iront

Le sujet d’un tel verbe est à l’absolutif, la forme non marquée qui sert notamment de sujet aux verbes intransitifs : Miren etorriko da (« Miren viendra »), sans suffixe ergatif sur Miren.

Verbes transitifs : l’auxiliaire de type ukan/edun

Un verbe transitif agit sur un complément d’objet direct : dans « nous préparerons tout », tout est ce qui subit l’action. Le sujet prend alors souvent l’ergatif (la marque du responsable de l’action transitive), et l’auxiliaire s’accorde à la fois avec ce sujet et avec l’objet.

Avec un objet singulier, ou traité comme une seule entité :

Sujet Forme avec egin Sens
nik egingo dut je le ferai
zuk egingo duzu tu le feras / vous le ferez
hark egingo du il/elle le fera
guk egingo dugu nous le ferons
zuek egingo duzue vous le ferez (pluriel)
haiek egingo dute ils/elles le feront

La marque du futur ne remplace jamais cet accord :

  • Liburua erosiko dut. — J’achèterai le livre.
  • Liburuak erosiko ditut. — J’achèterai les livres.

Le passage de dut à ditut indique que l’objet est pluriel. Avec d’autres personnes comme objet, l’auxiliaire change encore : Bihar ikusiko zaitut signifie « Je te verrai demain ». Le français garde je verrai ; le basque encode aussi « te » dans zaitut.

Affirmation, négation et interrogation

Dans une phrase affirmative neutre, le verbe principal précède l’auxiliaire :

  • Bihar etorriko naiz. — Je viendrai demain.
  • Dena prestatuko dugu. — Nous préparerons tout.

À la forme négative, ez se place devant l’auxiliaire, qui passe avant la forme principale :

  • Ez naiz bihar etorriko. — Je ne viendrai pas demain.
  • Ez dugu hori egingo. — Nous ne ferons pas cela.
  • Ez da erraza izango. — Ce ne sera pas facile.

Cette inversion est un piège fréquent pour les francophones. On ne se contente pas d’ajouter ez devant la phrase affirmative : l’ordre normal devient ez + auxiliaire + autres éléments + forme en -ko/-go.

Dans une question comportant un mot interrogatif, celui-ci se place dans la zone focalisée juste avant le groupe verbal :

  • Zer egingo duzu? — Que feras-tu ?
  • Noiz etorriko dira? — Quand viendront-ils ?
  • Norekin joango zara? — Avec qui iras-tu ?

Une question à laquelle on répond par oui ou non conserve généralement la construction du futur : Bihar etorriko zara? (« Viendras-tu demain ? »).

Deux auxiliaires, deux sens de « être »

Le français n’a qu’un verbe courant, « être », là où le basque distingue notamment izan et egon. Au futur, les deux donnent des formes en -go, mais leur sens reste différent :

  • Irakaslea izango da. — Il/Elle sera professeur. (izan : identité ou qualité)
  • Etxean egongo da. — Il/Elle sera à la maison. (egon : lieu, état ou séjour)

La forme izango da n’est donc pas une solution universelle pour toute phrase française contenant « sera ».

Exemples en contexte

Basque Français Remarque
Bihar mendira joango naiz. Demain, j’irai à la montagne. joan finit par -n : joango ; verbe intransitif.
Zer egingo duzu? Que feras-tu ? Question sur une action future ; sujet encodé dans duzu.
Guk dena prestatuko dugu. Nous préparerons tout. Sujet transitif guk et objet singulier dena.
Ez da erraza izango. Ce ne sera pas facile. Négation : ez da précède izango.
Ane datorren astean etorriko da. Ane viendra la semaine prochaine. etorri → etorriko avec l’auxiliaire intransitif da.
Arratsaldean erosketak egingo ditugu. Cet après-midi, nous ferons les courses. ditugu s’accorde avec l’objet pluriel erosketak.
Ez dizut sekretua esango. Je ne te dirai pas le secret. dizut encode l’objet transmis et le destinataire « à toi ».
Noiz bukatuko duzue lana? Quand finirez-vous le travail ? duzue correspond à un sujet « vous » pluriel.
Gaur gauean euria egingo du. Il pleuvra ce soir. Expression météorologique construite avec egin.
Hurrengo urtean euskara hobeto hitz egingo dut. L’année prochaine, je parlerai mieux basque. hitz egin reste un groupe : hitz egingo dut.
Bihar ez gara etxean egongo. Demain, nous ne serons pas à la maison. egon exprime le lieu ; ordre négatif ez gara … egongo.
Lasai, garaiz iritsiko gara. Ne t’inquiète pas, nous arriverons à l’heure. Une assurance ou une prévision.
Bileraren ondoren deituko zaitut. Je t’appellerai après la réunion. zaitut indique « je… toi ».
Ziurrenik etxean egongo da. Il/Elle doit probablement être chez lui/elle. Supposition sur le présent, et non nécessairement futur chronologique.
Euria egiten badu, etxean geratuko gara. S’il pleut, nous resterons à la maison. La conséquence est au futur ; la condition porte le préfixe ba-.

Erreurs fréquentes

Employer -ko après un participe en -n

  • Incorrect : Bihar joanko naiz.
  • Correct : Bihar joango naiz.
  • Pourquoi : après joan, egin, izan ou egon, la forme attendue comporte -go : joango, egingo, izango, egongo.

Oublier l’auxiliaire

  • Incorrect : Guk dena prestatuko.
  • Correct : Guk dena prestatuko dugu.
  • Pourquoi : prestatuko exprime la valeur prospective, mais ne dit pas à lui seul qui préparera quoi. Dugu porte l’accord avec « nous » et avec l’objet.

Garder l’ordre affirmatif dans une négation

  • Incorrect : Ez bihar joango naiz.
  • Correct : Bihar ez naiz joango.
  • Pourquoi : ez précède immédiatement l’auxiliaire, et celui-ci vient avant la forme principale en -ko/-go.

Choisir l’auxiliaire uniquement d’après le sujet

  • Incorrect : Nik lana egingo naiz.
  • Correct : Nik lana egingo dut.
  • Pourquoi : egin est ici transitif : quelqu’un fait quelque chose. Le sujet nik est à l’ergatif et l’auxiliaire appartient au paradigme transitif. Naiz convient à un sujet intransitif, comme dans joango naiz.

Ne pas accorder l’auxiliaire avec un objet pluriel

  • Incorrect : Bi liburu erosiko dut.
  • Correct : Bi liburu erosiko ditut.
  • Pourquoi : même si bi liburu ne porte pas l’article pluriel français, il désigne plusieurs objets ; l’auxiliaire pluriel est donc ditut.

Traduire systématiquement le futur français par -ko/-go

  • Forme possible mais pas toujours la plus naturelle : Bihar Bilbora joango naiz.
  • Autre formulation courante pour un déplacement déjà prévu : Bihar Bilbora noa.
  • Pourquoi : le présent basque, comme le présent français dans « demain, je vais à Bilbao », peut présenter un programme déjà fixé. La forme de futur reste correcte, mais la nuance n’est pas toujours identique.

Notes d’usage

Projet, promesse et prévision

La même forme couvre plusieurs valeurs que le contexte permet de distinguer :

  • projet ou intention : Aurten gehiago ikasiko dut — « Cette année, j’étudierai davantage » ;
  • promesse : Bihar deituko dizut — « Je t’appellerai demain » ;
  • prévision : Hotz egingo du — « Il fera froid » ;
  • conséquence attendue : Berandu ateratzen bagara, autobusa galduko dugu — « Si nous partons tard, nous raterons le bus ».

Le basque n’a pas besoin d’ajouter un pronom sujet à chaque phrase : l’auxiliaire fournit déjà beaucoup d’informations. Deituko dizut suffit normalement pour « je t’appellerai ». On ajoute nik surtout pour opposer ou souligner : Nik deituko dizut (« C’est moi qui t’appellerai »).

Futur ou présent planifié

Pour une activité inscrite dans un programme, un présent synthétique ou une tournure au présent peut être très naturelle : Trena zortzietan ateratzen da (« Le train part à huit heures »), Bihar Donostiara noa (« Demain, je vais à Saint-Sébastien »). Le futur en -ko/-go présente plus directement l’événement comme à venir, comme une décision, une annonce ou une prédiction.

Il n’existe pas de correspondance rigide mot à mot avec le français. Comparez l’intention immédiate « ce soir, je cuisine » et la promesse « d’accord, je cuisinerai » : le choix dépend autant de la façon de présenter l’action que de sa date réelle.

Registre et variation

La construction en -ko/-go appartient aussi bien à la langue parlée qu’à la langue écrite et ne marque pas, à elle seule, un registre soutenu. Les différences de familiarité se trouvent plutôt dans les pronoms et les formes auxiliaires. Au niveau B1, les paradigmes avec zu et zuek sont les plus utiles ; les formes familières liées à hi et les formes allocutives demandent un apprentissage séparé.

Dans le basque de France, on peut rencontrer la tradition qui nomme l’auxiliaire transitif ukan, tandis que les descriptions du basque standard parlent souvent de edun comme verbe reconstruit. Pour produire les phrases courantes, l’essentiel est de maîtriser les formes réelles dut, duzu, du, dugu…, non de choisir entre ces deux étiquettes grammaticales.

Au-delà des bases : emplois avancés

Une supposition plutôt qu’un avenir

Avec certains contextes, la forme prospective sert à tirer une conclusion probable :

  • Etxean egongo da. — Il/Elle doit être chez lui/elle.
  • Hogeita hamar urte izango ditu. — Il/Elle doit avoir une trentaine d’années.
  • Ez du jakingo. — Il/Elle ne doit probablement pas savoir.

Le français emploie ici souvent « devoir », « sans doute » ou un futur dit de supposition. C’est le contexte — et parfois un adverbe comme ziurrenik « probablement » — qui empêche l’interprétation strictement future.

Le futur dans une subordonnée

Quand une proposition est intégrée à une autre, le suffixe de subordination se fixe sur l’auxiliaire, pas sur -ko/-go :

  • Badakit etorriko dela. — Je sais qu’il/elle viendra.
  • Esan du bihar deituko dizula. — Il/Elle a dit qu’il/elle t’appellera demain.

Dans etorriko dela, etorriko garde la valeur prospective et da devient dela pour signifier « que… ». Cette structure devient importante dans le discours rapporté.

Le futur vu depuis le passé

La forme en -ko/-go peut se combiner à un auxiliaire passé lorsque le point de vue se situe dans le passé :

  • Banekien etorriko zela. — Je savais qu’il/elle viendrait.
  • Esan zuen lagunduko zigula. — Il/Elle a dit qu’il/elle nous aiderait.

Le français traduit souvent cette combinaison par le conditionnel présent, mais il ne faut pas la confondre avec toutes les constructions conditionnelles basques. Ici, il s’agit d’un événement futur par rapport à un moment passé. Les hypothèses proprement dites font intervenir d’autres formes, notamment celles en ba- et -ke.

Futur et condition réelle

Dans une condition réalisable, la proposition introduite par ba- n’emploie pas nécessairement la forme en -ko/-go ; le futur apparaît naturellement dans la conséquence :

  • Denbora badut, etorriko naiz. — Si j’ai le temps, je viendrai.
  • Euria egiten badu, ez gara irtengo. — S’il pleut, nous ne sortirons pas.

C’est un contraste utile avec l’habitude française de penser d’abord aux deux verbes selon leur traduction. En basque, apprenez le couple complet : condition en ba-, conséquence en -ko/-go avec l’auxiliaire approprié.

Conseils pour s’entraîner

  1. Construisez des séries de trois formes. Pour cinq verbes fréquents, notez le participe, le futur et une phrase complète : etorri → etorriko → Bihar etorriko naiz. Faites une série séparée avec les verbes en -n : egin → egingo, joan → joango.
  2. Travaillez l’auxiliaire autant que le suffixe. Transformez Liburua erosiko dut en changeant le sujet, puis l’objet : erosiko dugu, liburuak erosiko ditugu. Vous éviterez ainsi de réduire le futur à la seule terminaison -ko.
  3. Alternez affirmation, question et négation. À partir de Bihar etorriko zara, formez Bihar etorriko zara? puis Bihar ez zara etorriko. Dites les phrases à voix haute pour automatiser le déplacement de l’auxiliaire après ez.

Concepts associés

  • Prérequis : Le passé en basque — consolide le rôle du participe et des auxiliaires dans les formes verbales composées.
  • Étape suivante : Le conditionnel en basque — combine les formes en ba- et les auxiliaires en -ke pour exprimer hypothèses et conséquences.

Prérequis

Le passé en basque : *lehenaldia*A2

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