C1

Structures de phrase complexes en gallois

Cystrawen Gymhleth

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de gallois sur Settemila Lingue.

En bref

Une phrase galloise complexe relie plusieurs propositions en indiquant précisément leur rapport : concession avec er, conséquence avec fel bod ou nes, généralisation avec bynnag, ou commentaire inséré en incise. Le point décisif n'est pas seulement le connecteur : il faut aussi choisir la forme de bod, marquer la personne et adapter le registre, car certaines structures appartiennent surtout au gallois écrit.

Vue d'ensemble

Au niveau C1, il ne suffit plus d'enchaîner des idées avec a « et », ond « mais » ou achos « parce que ». On apprend à construire une proposition subordonnée (un groupe de mots avec son propre verbe, qui dépend d'une autre proposition), à l'imbriquer dans une phrase longue et à montrer si elle exprime une concession, une conséquence, une réserve ou une généralisation.

Le gallois offre souvent plusieurs façons de rendre une même relation. Er ei fod e'n flinedig et Er iddo fod yn flinedig signifient tous deux « bien qu'il soit fatigué », mais la seconde formulation est plus soutenue. De même, une incise telle que hyd y gwn i « à ma connaissance » peut se glisser au milieu d'une proposition sans en modifier la construction de base.

Pour une personne francophone, la difficulté vient notamment de l'absence d'un équivalent unique de « que ». Selon la structure, on rencontre bod, y/yr, a, na/nad, ou aucun mot correspondant directement au français. Il ne faut pas non plus chercher automatiquement un subjonctif après « bien que » : le gallois organise cette relation au moyen du connecteur, de la forme personnelle et du temps verbal.

Fonctionnement

Relier une concession avec er

Une concession présente un fait qui aurait pu empêcher le résultat, sans l'empêcher réellement : « bien que X, Y ». Dans le gallois courant soigné, er est fréquemment suivi d'une proposition construite autour de bod « être ».

Structure galloise Sens Remarque
er bod y gwaith yn anodd bien que le travail soit difficile Le sujet est un groupe nominal.
er fy mod i bien que je sois fy fait muter bod en mod.
er dy fod di bien que tu sois dy provoque la mutation douce : bodfod.
er ei fod e/o bien qu'il soit Forme masculine avec fod.
er ei bod hi bien qu'elle soit b ne change pas après le possessif féminin ei.
er ein bod ni bien que nous soyons La personne est indiquée par ein… ni.
er eich bod chi bien que vous soyez Convient au pluriel et à l'adresse de politesse.
er eu bod nhw bien qu'ils/elles soient La personne est indiquée par eu… nhw.

Ces petits mots ressemblent aux possessifs gallois, mais servent ici à marquer le sujet de bod. Le pronom final (i, di, e, hi, etc.) est très courant et rend la personne immédiatement claire.

Une autre construction emploie la préposition fléchie i (une préposition dont la forme change selon la personne), suivie de fod :

Forme Traduction
er i mi fod bien que je sois
er iti fod bien que tu sois
er iddo fod bien qu'il soit
er iddi fod bien qu'elle soit
er inni fod bien que nous soyons
er ichi fod bien que vous soyez
er iddynt fod bien qu'ils/elles soient

Cette série est particulièrement utile à reconnaître dans la prose formelle et littéraire. Elle peut recevoir un complément ou une forme composée : er iddo fod yn hwyr « bien qu'il soit en retard », er iddi fod wedi paratoi « bien qu'elle se soit préparée ».

Il faut distinguer cette construction de er gwaethaf « malgré », suivi d'un nom ou d'un groupe nominal : er gwaethaf y glaw « malgré la pluie ». Le français permet parfois de passer facilement de « malgré » à « bien que » ; en gallois, le choix change la structure qui suit.

Exprimer une conséquence

Une proposition consécutive indique le résultat de ce qui précède. Ici, « consécutive » signifie « qui exprime la conséquence », et non simplement « qui vient ensuite ».

Schéma Exemple condensé Valeur
mor + adjectif/adverbe + fel bod… mor oer fel bod… tellement froid que…
cymaint o + nom + fel bod… / nes… cymaint o waith nes… tant de travail que…
proposition + fel na/nad… siarad mor dawel fel na… si… que ne…
i'r fath raddau fel… i'r fath raddau fel… à tel point que…

Dans une conséquence affirmative, fel bod introduit naturellement une proposition avec bod : Roedd hi mor oer fel bod yr afon wedi rhewi « Il faisait si froid que la rivière avait gelé ». Si la conséquence est négative, on rencontre souvent fel na ou fel nad devant une forme verbale : fel na chlywodd neb « si bien que personne n'a entendu ». La variante et la mutation qui suit dépendent du mot suivant et du registre ; il est plus sûr de mémoriser la proposition entière que d'ajouter mécaniquement ddim.

Nes peut signifier « jusqu'à ce que », mais il prend aussi une valeur résultative après une idée d'intensité : Roedd cymaint o sŵn nes bod rhaid cau'r ffenestri « Il y avait tant de bruit qu'il a fallu fermer les fenêtres ». Le contexte permet de distinguer la limite temporelle du résultat.

Introduire une proposition comme contenu d'une autre

Une phrase complexe contient souvent une proposition nominale (une proposition entière qui occupe la place d'une chose ou d'une idée). Après meddwl « penser » ou gwybod « savoir », la structure avec bod reste fondamentale : Mae hi'n gwybod ein bod ni'n aros « Elle sait que nous attendons ».

Après une structure copulative en yw, la proposition qui suit peut être affirmative ou négative :

  • Y broblem yw bod yr amser wedi darfod. — Le problème, c'est que le temps est écoulé.
  • Y gwir amdani yw na allwn ni fforddio hynny. — La vérité, c'est que nous ne pouvons pas nous le permettre.

Le français répète simplement « que » dans les deux phrases. Le gallois choisit ici bod pour le contenu affirmatif et une particule négative telle que na/nad pour la proposition négative. Les formes précises varient avec le verbe et le niveau de langue : nad oedd, na fydd, na all… sont des groupes à apprendre comme des unités.

Généraliser avec bynnag

Bynnag correspond à « quel que », « qui que », « quoi que » ou « où que », selon le mot qui le précède. La proposition relative qui suit comporte souvent une particule de liaison.

Groupe Sens Liaison typique
beth bynnag a… quoi que… a + mutation du verbe
pwy bynnag a… qui que… a + mutation du verbe
pa un bynnag a… lequel/laquelle que… a + mutation du verbe
lle bynnag y/yr… où que… y/yr dans une relation indirecte
pa mor… bynnag aussi… que… encadre un degré

Dans Beth bynnag a ddywedwch, la particule relative a est suivie de la mutation douce de dywedwch en ddywedwch. En revanche, Lle bynnag yr ewch utilise yr. Ces particules ne se choisissent donc pas en traduisant le « que » français mot à mot : elles reflètent le rôle syntaxique du groupe relatif.

Insérer une incise sans perdre la structure

Une incise est un commentaire bref placé à l'intérieur d'une phrase : elle précise la source, le degré de certitude ou l'attitude du locuteur. Elle est généralement isolée par des virgules, des tirets ou des parenthèses.

Expressions utiles :

  • hyd y gwn i — à ma connaissance ;
  • yn ôl pob golwg — selon toute apparence ;
  • rhaid cyfaddef — il faut l'avouer ;
  • meddai'r gweinidog — a déclaré le ministre / selon les mots du ministre ;
  • os caf ddweud — si je puis dire.

Pour vérifier une longue phrase, retirez provisoirement l'incise. Ni fydd y cynllun, hyd y gwn i, yn effeithio ar y gwasanaeth redevient Ni fydd y cynllun yn effeithio ar y gwasanaeth. Si la phrase restante n'est plus grammaticale, l'incise a probablement coupé un groupe qui devait rester uni.

Exemples en contexte

Gallois Français Point observé
Er iddo fod yn hwyr, cafodd groeso. Bien qu'il ait été en retard, il a été bien accueilli. er iddo fod, registre soutenu
Er ei bod hi wedi paratoi'n ofalus, roedd hi'n dal yn nerfus. Bien qu'elle se soit préparée avec soin, elle était encore nerveuse. concession et parfait avec wedi
Er bod y ffordd yn hir, aethon ni ymlaen hyd y diwedd. Bien que la route soit longue, nous avons continué jusqu'au bout. sujet nominal après er bod
Er gwaethaf y glaw, cynhaliwyd y cyngerdd y tu allan. Malgré la pluie, le concert a eu lieu dehors. er gwaethaf + nom
Roedd hi mor oer fel bod yr afon wedi rhewi. Il faisait si froid que la rivière avait gelé. conséquence affirmative
Siaradodd mor dawel fel na chlywodd neb ef. Il a parlé si doucement que personne ne l'a entendu. conséquence négative
Roedd cymaint o sŵn nes bod rhaid cau'r ffenestri. Il y avait tant de bruit qu'il a fallu fermer les fenêtres. résultat avec nes
Y broblem yw bod yr amser wedi darfod. Le problème, c'est que le temps est écoulé. contenu affirmatif après yw
Y gwir amdani yw na allwn ni fforddio hynny. La vérité, c'est que nous ne pouvons pas nous le permettre. contenu négatif après yw
Beth bynnag a ddywedwch, fydda i ddim yn newid fy meddwl. Quoi que vous disiez, je ne changerai pas d'avis. généralisation avec bynnag
Pwy bynnag a ddaw gyntaf, caiff ddewis. La première personne qui arrivera pourra choisir. « qui que ce soit qui »
Lle bynnag yr ewch, fe gewch groeso. Où que vous alliez, vous serez bien accueilli. relation indirecte avec yr
Bydd y cynnig — os caiff ei gymeradwyo — yn newid y drefn. La proposition — si elle est approuvée — modifiera la procédure. incise conditionnelle
Ni fydd y cynllun, hyd y gwn i, yn effeithio ar y gwasanaeth. À ma connaissance, le projet n'aura pas d'effet sur le service. réserve insérée
Gan nad oedd tystiolaeth ddigonol, gwrthodwyd y cais. Faute de preuves suffisantes, la demande a été rejetée. subordination formelle et impersonnel

Erreurs fréquentes

Employer er comme si la suite était une phrase française

  • Incorrect : Er mae hi'n flinedig, mae hi'n gweithio.
  • Correct : Er ei bod hi'n flinedig, mae hi'n gweithio.
  • Pourquoi : après er, on n'ajoute pas simplement une proposition indépendante commençant par mae. La personne doit être intégrée à la construction avec bod.

Confondre « malgré » et « bien que »

  • Incorrect : Er gwaethaf ei bod hi'n bwrw glaw…
  • Correct : Er gwaethaf y glaw… ou Er ei bod hi'n bwrw glaw…
  • Pourquoi : er gwaethaf appelle normalement un nom ou un groupe nominal ; er introduit la proposition verbale.

Copier le « que » français dans toutes les subordonnées

  • Incorrect : choisir systématiquement bod dans beth bynnag… ou devant une forme négative.
  • Correct : Beth bynnag a ddywedwch… ; Y gwir yw na allwn ni…
  • Pourquoi : le français « que » recouvre plusieurs relations. Le gallois distingue notamment bod, a, y/yr et na/nad.

Oublier la mutation après la particule relative a

  • Incorrect : Beth bynnag a dywedwch…
  • Correct : Beth bynnag a ddywedwch…
  • Pourquoi : la particule relative a entraîne ici la mutation douce du verbe : d devient dd.

Ajouter ddim à une conséquence négative sans examiner la structure

  • Incorrect : mor dawel fel na chlywodd neb ddim ef
  • Correct : mor dawel fel na chlywodd neb ef
  • Pourquoi : na porte déjà la négation de la proposition, et neb signifie « personne » dans ce cadre. Le calque de « ne… personne » produit une structure inutilement chargée.

Surcharger la phrase d'incises

  • Maladroit : plusieurs réserves imbriquées avant que le lecteur n'atteigne le verbe principal.
  • Mieux : une incise brève, ou deux phrases séparées.
  • Pourquoi : la grammaire peut être correcte tout en rendant le fil logique difficile à suivre. Au niveau C1, la maîtrise comprend aussi la lisibilité.

Notes d'usage

Le gallois parlé préfère souvent deux propositions plus courtes là où la prose administrative ou littéraire en imbrique trois. La construction personnelle er ei fod e… est naturelle dans un registre standard ; er iddo fod… donne généralement une couleur plus formelle. Il ne s'agit pas d'une opposition absolue, mais d'une tendance utile pour choisir son style.

Les pronoms présentent des variantes régionales, notamment e au sud et o au nord. Cela ne change pas l'architecture de la subordination : er ei fod e… et er ei fod o… restent reconnaissables comme le même modèle, même si la forme exacte dépend de l'usage régional.

À l'écrit, la ponctuation aide à rendre visibles les niveaux de la phrase. Les virgules conviennent à une courte réserve ; les tirets donnent davantage de relief ; les parenthèses présentent l'information comme secondaire. Contrairement au français, on ne met pas automatiquement une virgule devant chaque connecteur : la ponctuation doit suivre le découpage réel des propositions.

Enfin, les formes telles que ni fydd, nad oedd, gwrthodwyd ou caiff sont fréquentes dans l'écrit formel, les informations et les documents officiels. Dans une conversation, des formes périphrastiques et des phrases moins denses seront souvent plus spontanées.

Au-delà des bases : emploi avancé

La prose soutenue peut superposer plusieurs rapports sans perdre la hiérarchie :

Er ei bod yn amlwg, yn ôl pob golwg, na fyddai'r cynllun yn llwyddo, penderfynwyd parhau.

« Bien qu'il fût apparemment évident que le projet ne réussirait pas, il fut décidé de continuer. »

Cette phrase comprend une concession (er ei bod…), une incise (yn ôl pob golwg), une proposition négative (na fyddai…) et une principale impersonnelle (penderfynwyd…). Pour l'analyser, partez du verbe principal, puis rattachez chaque bloc à la question qu'il résout : qu'a-t-on décidé ? malgré quoi ? avec quel degré de certitude ?

Le registre littéraire conserve aussi des formes brèves que l'oral remplacerait souvent par une périphrase. On peut rencontrer Y sawl a fo… « celui ou celle qui est… », où fo est une forme dépendante traditionnelle de bod, ou des enchaînements avec y mae, ni/nid et des verbes fléchis. L'objectif prioritaire n'est pas de les semer dans toute conversation, mais de les reconnaître et de maintenir un registre cohérent lorsqu'on écrit.

Les relatives généralisantes peuvent enfin servir un effet rhétorique : Pa mor anodd bynnag y bo'r dasg, rhaid dal ati « Aussi difficile que soit la tâche, il faut persévérer ». La construction ne se contente pas de relier deux faits ; elle présente le premier comme incapable d'annuler la conclusion. C'est ce qui donne à bynnag sa force dans les maximes, les discours et l'argumentation.

Conseils pratiques

  1. Construisez par couches. Écrivez d'abord deux propositions simples, puis choisissez leur rapport : concession, cause, résultat ou réserve. Ajoutez le connecteur seulement après avoir identifié ce rapport.
  2. Apprenez les séries personnelles en blocs. Récitez er fy mod i, er dy fod di, er ei fod e, er ei bod hi…, puis transformez chaque bloc avec le même complément. Cela évite de recalculer les mutations au milieu d'une phrase.
  3. Démontez les phrases authentiques. Dans un article en gallois, soulignez le verbe principal, encadrez les incises et reliez chaque bod, a, y/yr, na/nad à la proposition qu'il introduit. Reformulez ensuite la phrase en deux phrases plus courtes, puis reconstruisez-la.

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Prérequis

Les propositions nominales en galloisB1

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