La voix causative en turc
Ettirgen Çatı
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de turc sur Settemila Lingue.
En bref
En turc, la voix causative indique que le sujet fait faire, laisse faire ou provoque une action. Elle se forme en ajoutant un suffixe au verbe : yıkamak « laver » devient yıkatmak « faire laver », puis les marques de négation, de temps et de personne viennent après ce suffixe. Le choix entre -dır/-dir/-dur/-dür, leurs variantes en t, -t et -(ı/i/u/ü)r dépend du verbe et doit souvent s’apprendre avec lui.
Vue d’ensemble
La voix causative, appelée ettirgen çatı en turc, change le nombre et le rôle des participants à l’action. Dans Çocuk uyudu (« L’enfant a dormi »), l’enfant accomplit seul l’action. Dans Annesi çocuğu uyuttu (« Sa mère a endormi l’enfant »), la mère provoque cette action et l’enfant devient la personne qui la réalise ou la subit.
Le français emploie généralement une construction séparée, le plus souvent faire + infinitif : « faire écrire une lettre », « faire réparer la voiture ». Le turc place au contraire l’idée de cause à l’intérieur du verbe, grâce à un suffixe. Cette différence explique des formes compactes comme yazdırdım, qui peut correspondre à « j’ai fait écrire ».
Cette structure apparaît dès le niveau B1, mais elle est très fréquente dans la vie courante : services rendus par un professionnel, consignes données à quelqu’un, action provoquée involontairement ou changement d’état. Pour bien l’employer, il faut apprendre à la fois la forme du verbe causatif et le cas de ses compléments. Un cas est ici une terminaison qui indique le rôle d’un nom dans la phrase.
Formation et fonctionnement
Ajouter le suffixe causatif au radical
Le radical est la partie du verbe à laquelle on ajoute les terminaisons. On retire d’abord -mak/-mek de l’infinitif, puis on ajoute le suffixe causatif. L’harmonie vocalique adapte la voyelle du suffixe aux voyelles du radical.
| Verbe simple | Verbe causatif | Construction | Sens principal |
|---|---|---|---|
| yıkamak | yıkatmak | yıka-t-mak | faire laver |
| temizlemek | temizletmek | temizle-t-mek | faire nettoyer |
| okumak | okutmak | oku-t-mak | faire lire, faire étudier |
| yapmak | yaptırmak | yap-tır-mak | faire faire, faire construire |
| yazmak | yazdırmak | yaz-dır-mak | faire écrire, faire imprimer |
| içmek | içirmek | iç-ir-mek | faire boire |
| düşmek | düşürmek | düş-ür-mek | faire tomber |
| uyumak | uyutmak | uyu-t-mak | endormir |
Les grands modèles sont les suivants :
- -dır/-dir/-dur/-dür est très productif. Après une consonne sourde, c’est-à-dire prononcée sans vibration des cordes vocales, son d devient généralement t : -tır/-tir/-tur/-tür. Comparez yazdırmak, mais yaptırmak et çalıştırmak.
- -t est fréquent après un radical de plusieurs syllabes terminé par une voyelle : aramak → aratmak, beklemek → bekletmek, okumak → okutmak. La forme exacte peut inclure une voyelle appartenant au radical ou au modèle du verbe, comme dans uyutmak.
- -(ı/i/u/ü)r apparaît avec plusieurs verbes courts : içmek → içirmek, düşmek → düşürmek, uçmak → uçurmak, pişmek → pişirmek.
- Quelques verbes ont un modèle en -ar/-er, par exemple çıkmak → çıkarmak (« faire sortir, enlever »).
Ces tendances aident à reconnaître les formes, mais elles ne permettent pas toujours de prédire le bon suffixe. Il vaut mieux mémoriser l’infinitif causatif avec les verbes courants : uyutmak, öldürmek, güldürmek, korkutmak, çıkarmak. Un dictionnaire donne normalement ces verbes comme des entrées à part entière.
Placer les autres marques après le causatif
Le suffixe causatif fait partie du nouveau radical verbal. La négation, le temps et la personne viennent ensuite :
| Forme | Découpage | Sens |
|---|---|---|
| yıkattım | yıka-t-tı-m | j’ai fait laver |
| yıkatmadım | yıka-t-ma-dı-m | je n’ai pas fait laver |
| yıkatacağım | yıka-t-acak-ım | je ferai laver |
| yıkatıyorlar | yıka-t-ıyor-lar | ils font laver |
| yıkatabiliriz | yıka-t-abil-ir-iz | nous pouvons faire laver |
Dans yıkattım, les deux t ont des fonctions différentes : le premier appartient au causatif, tandis que le second est la variante sourde de la marque du passé -dı. Il ne s’agit donc pas d’un suffixe causatif « doublé ».
Transformer les rôles dans la phrase
La personne ou la chose qui déclenche l’action devient le nouveau sujet. L’ancien sujet devient la personne causée, c’est-à-dire celle que le nouveau sujet fait agir.
À partir d’un verbe sans objet direct
Un verbe intransitif décrit une action sans objet direct : dans Çocuk uyudu, rien n’est « dormi ». Avec le causatif, l’ancien sujet défini prend généralement l’accusatif, le cas de l’objet directement touché par l’action, souvent marqué par -(y)ı/-(y)i/-(y)u/-(y)ü.
- Çocuk uyudu. — L’enfant a dormi.
- Annesi çocuğu uyuttu. — Sa mère a endormi l’enfant.
De même :
- Bebek güldü. — Le bébé a ri.
- Babası bebeği güldürdü. — Son père a fait rire le bébé.
À partir d’un verbe qui a déjà un objet
Un verbe transitif possède déjà un objet direct : quelqu’un écrit une lettre, lit un texte ou boit le médicament. Cet objet conserve sa fonction. La personne que l’on fait agir prend alors couramment le datif, le cas en -(y)a/-(y)e, souvent traduit par « à » en français.
- Ayşe mektubu yazdı. — Ayşe a écrit la lettre.
- Müdür Ayşe’ye mektubu yazdırdı. — Le directeur a fait écrire la lettre à Ayşe.
Ici, mektubu reste l’objet de « écrire », tandis que Ayşe’ye désigne la personne chargée de l’écriture. Ce modèle est essentiel :
sujet qui provoque + personne causée au datif + objet à l’accusatif + verbe causatif
L’ordre peut varier selon ce que l’on veut mettre en relief, mais le verbe se place normalement à la fin. Les terminaisons de cas indiquent les rôles, même si les groupes nominaux sont déplacés.
Omettre la personne qui réalise l’action
Lorsque l’identité de l’exécutant est inconnue, évidente ou sans importance, on l’omet très souvent :
- Arabayı yıkattım. — J’ai fait laver la voiture.
- Saçımı kestirdim. — Je me suis fait couper les cheveux.
- Dişimi çektirdim. — Je me suis fait arracher une dent.
Le sujet grammatical reste la personne qui a organisé ou demandé le service. La phrase ne précise pas si le travail a été fait par un garagiste, un coiffeur ou un dentiste : le contexte suffit.
Exemples en contexte
| Turc | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Arabayı yıkattım. | J’ai fait laver la voiture. | Le prestataire n’est pas nommé. |
| Çocuğu uyuttum. | J’ai endormi l’enfant. | Le verbe de départ, uyumak, est sans objet. |
| Evi temizlettim. | J’ai fait nettoyer la maison. | Service confié à une autre personne. |
| Babası bebeği güldürdü. | Son père a fait rire le bébé. | La cause est volontaire. |
| Bu film bizi çok güldürdü. | Ce film nous a beaucoup fait rire. | Une chose peut aussi provoquer l’action. |
| Öğretmen öğrencilere metni okuttu. | Le professeur a fait lire le texte aux élèves. | Personnes causées au datif, objet à l’accusatif. |
| Müdür raporu asistana yazdırdı. | Le directeur a fait rédiger le rapport par son assistant. | Asistana désigne l’exécutant. |
| Çocuğa ilacını içirdim. | J’ai fait boire son médicament à l’enfant. | Le verbe simple a déjà un objet. |
| Annem bana odayı temizletti. | Ma mère m’a fait nettoyer la chambre. | Bana signifie ici « à moi ». |
| Yarın kombiyi tamir ettireceğiz. | Demain, nous ferons réparer la chaudière. | Causatif au futur. |
| Doktor hastayı biraz yürüttü. | Le médecin a fait marcher le patient un peu. | Action encadrée ou provoquée. |
| Alarm herkesi uyandırdı. | L’alarme a réveillé tout le monde. | Causatif lexicalisé très courant. |
| Soğuk hava borulardaki suyu dondurdu. | Le froid a fait geler l’eau dans les tuyaux. | Cause non humaine et non volontaire. |
| Toplantıda herkese telefonlarını kapattırdılar. | À la réunion, ils ont fait éteindre leur téléphone à tout le monde. | Consigne imposée à plusieurs personnes. |
Erreurs courantes
Employer le datif après un verbe de départ sans objet
- Incorrect : Anne çocuğa uyuttu.
- Correct : Anne çocuğu uyuttu.
- Pourquoi : Uyumak est intransitif. Dans le modèle causatif de base, la personne que l’on fait dormir devient l’objet à l’accusatif : çocuğu.
Mettre la personne causée à l’accusatif alors qu’un objet est déjà présent
- Incorrect : Müdür Ayşe’yi mektubu yazdırdı.
- Correct : Müdür Ayşe’ye mektubu yazdırdı.
- Pourquoi : Mektubu occupe déjà la fonction d’objet direct de yazmak. La personne chargée d’écrire est donc normalement au datif : Ayşe’ye.
Choisir le suffixe uniquement par analogie
- Incorrect : Öğretmen metni okudurdu.
- Correct : Öğretmen metni okuttu.
- Pourquoi : le causatif de okumak est okutmak. Le choix du suffixe n’est pas entièrement prévisible ; il faut apprendre les formes fréquentes avec le verbe.
Mettre le passé avant le suffixe causatif
- Incorrect : Arabayı yıkadıtım.
- Correct : Arabayı yıkattım.
- Pourquoi : on construit d’abord le nouveau radical yıkat-, puis on ajoute le passé et la personne : yıka-t-tı-m.
Confondre faire soi-même et faire faire
- Incorrect : Saçımı kestim pour dire que le coiffeur l’a fait.
- Correct : Saçımı kestirdim.
- Pourquoi : Saçımı kestim signifie normalement « j’ai coupé mes cheveux moi-même ». Kestirdim indique que vous avez demandé à quelqu’un de les couper.
Ajouter un causatif de trop
- Incorrect dans le sens simple : Evi temizlettirdim.
- Correct : Evi temizlettim.
- Pourquoi : temizlettim suffit pour « j’ai fait nettoyer ». Temizlettirdim peut être grammatical, mais ajoute un intermédiaire : vous avez fait en sorte que quelqu’un fasse nettoyer la maison.
Notes d’usage
Le causatif turc est neutre du point de vue du registre : on le rencontre aussi bien dans une conversation que dans un texte professionnel. Les constructions liées aux services sont particulièrement naturelles : fotoğraf çektirmek (« se faire prendre en photo »), elbise diktirmek (« faire confectionner une robe »), araba tamir ettirmek (« faire réparer une voiture »).
Le suffixe n’indique pas à lui seul si le sujet donne un ordre, formule une demande, autorise une action ou provoque simplement un résultat. Le contexte décide : Öğretmen metni okuttu peut décrire une consigne, tandis que Film bizi ağlattı (« Le film nous a fait pleurer ») exprime une cause sans ordre. En français aussi, « faire » peut couvrir plusieurs nuances, mais le turc les rassemble dans une seule forme verbale encore plus compacte.
Avec une personne, certaines phrases causatives peuvent paraître autoritaires. Sana bunu yaptıracağım signifie « Je vais te faire faire cela » et peut sonner comme une menace ou une contrainte. Pour exprimer une simple permission ou une demande polie, izin vermek (« permettre »), rica etmek (« demander comme service ») ou une question polie peuvent être préférables.
Enfin, beaucoup de causatifs sont devenus des verbes courants dont le sens ne se calcule plus mot à mot. Öldürmek signifie « tuer », doyurmak « nourrir jusqu’à satiété » ou « rassasier », kaçırmak peut signifier « faire fuir », « rater » ou « enlever », selon le contexte. Il faut donc apprendre leur sens lexical en plus de reconnaître leur formation.
Pour aller plus loin
Les causatifs multiples
Le turc peut ajouter plus d’un suffixe causatif lorsque plusieurs niveaux de responsabilité sont réellement présents :
- yazmak — écrire ;
- yazdırmak — faire écrire ;
- yazdırtmak — faire en sorte que quelqu’un fasse écrire.
De même, yıkattırmak peut décrire le fait de charger une personne d’organiser le lavage par une troisième personne. Ces formes sont grammaticales, mais elles deviennent vite lourdes hors d’un contexte clair. Dans la langue courante, on préfère parfois nommer les participants ou reformuler la phrase.
Terminologie traditionnelle
Certaines grammaires turques distinguent oldurgan et ettirgen. Elles appellent souvent oldurgan la forme qui rend transitif un verbe sans objet, comme uyumak → uyutmak, et ettirgen la forme causative d’un verbe déjà transitif, comme yazmak → yazdırmak. Pour l’apprentissage général, ettirgen çatı sert fréquemment de terme global pour la causation ; l’important est surtout de reconnaître le changement de rôles dans la phrase.
Combiner causatif et passif
Le causatif peut être suivi du passif : yaptırıldı, par exemple, associe l’idée de « faire faire » à celle d’une action présentée sans mettre son agent au premier plan. L’ordre des suffixes change le sens et ne se réduit pas à une traduction mot à mot. Cette combinaison relève d’une étape ultérieure ; maîtrisez d’abord un seul suffixe causatif et les cas de ses compléments.
Cas et nuances de responsabilité
Les modèles accusatif avec un verbe intransitif et datif avec un verbe transitif constituent une base solide. Dans des phrases plus complexes, le choix du cas, l’animé ou l’inanimé, le degré de contrôle et les habitudes propres au verbe peuvent créer des variations. Quand une phrase authentique ne suit pas exactement le modèle appris, observez donc le sens du verbe et les participants avant de conclure à une exception arbitraire.
Conseils pour s’entraîner
- Apprenez les verbes par paires. Préparez des cartes comme uyumak / uyutmak, gülmek / güldürmek, yazmak / yazdırmak. Ajoutez une phrase complète, car elle rappelle aussi le cas demandé.
- Transformez deux types de phrases. Partez d’abord d’un verbe sans objet (Çocuk uyudu → Anne çocuğu uyuttu), puis d’un verbe avec objet (Ayşe mektubu yazdı → Müdür Ayşe’ye mektubu yazdırdı). Dites à voix haute qui provoque l’action, qui l’exécute et ce qui la subit.
- Repérez les services de la vie quotidienne. Décrivez ce que vous faites faire : saçımı kestirdim, arabayı yıkattım, bilgisayarı tamir ettirdim. Cette série rend immédiatement visible la différence entre agir soi-même et confier l’action à quelqu’un.
Notions associées
- Prérequis : La voix passive — aide à distinguer une action subie d’une action provoquée par un nouveau sujet.
- Étape suivante : Les suffixes de voix combinés — développe les combinaisons du causatif, du passif et d’autres marques de voix.