B2

Les participes avancés en turc

İleri Düzey Ortaçlar

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de turc sur Settemila Lingue.

En bref

Le turc place le participe et toute sa proposition avant le nom qu’ils décrivent : okuduğum kitap, « le livre que j’ai lu ». Au niveau B2, il faut aussi savoir employer -mış/-miş/-muş/-müş pour présenter un état résultant d’une action accomplie, comprendre la tournure gelir gelmez (« dès que quelqu’un arrive ») et démêler plusieurs relatives emboîtées.

Vue d’ensemble

Un participe est une forme issue d’un verbe qui peut décrire un nom, un peu comme un adjectif. En français, on traduit souvent le même rapport par une proposition introduite par qui ou que : kitabı yazan adam signifie littéralement « l’homme écrivant le livre », mais se rend naturellement par « l’homme qui a écrit le livre ». Le turc n’emploie pas ici de pronom relatif équivalent à qui ou que : le groupe verbal vient avant le nom.

Au niveau A2, on rencontre surtout -an/-en lorsque le nom décrit accomplit l’action, -dık/-dik/-duk/-dük lorsque ce nom joue un autre rôle dans la relative, et -acak/-ecek pour une action à venir. Le niveau B2 ajoute des valeurs plus fines. Le participe en -mış/-miş/-muş/-müş met volontiers en avant le résultat visible d’un événement antérieur : solmuş çiçekler, « des fleurs fanées ». Les relatives peuvent aussi s’insérer les unes dans les autres : okuduğum kitabı yazan adam, « l’homme qui a écrit le livre que j’ai lu ».

La structure -er/-ar…-mez/-maz, comme gelir gelmez, appartient par sa fonction aux formes adverbiales : elle situe l’action principale dans le temps et signifie « dès que, aussitôt après ». Elle est néanmoins étudiée ici avec les constructions participiales avancées, car ses deux éléments reprennent des formes de l’aoriste et parce qu’elle apparaît souvent dans les mêmes phrases complexes.

Comment cela fonctionne

Le participe en -mış/-miş/-muş/-müş

On ajoute -mIş au radical verbal. La majuscule I représente une voyelle qui change selon l’harmonie vocalique (l’accord des voyelles à l’intérieur du mot).

Dernière voyelle du radical Forme Exemple Sens du groupe
a, ı -mış kapanmış dükkân le magasin fermé
e, i -miş erimiş kar la neige fondue
o, u -muş unutulmuş eşya les objets oubliés
ö, ü -müş düşmüş yapraklar les feuilles tombées

Cette forme est invariable devant le nom. Le pluriel, les cas et les autres marques nominales se placent sur le nom :

  • uyumuş çocuk — l’enfant endormi ;
  • uyumuş çocuklar — les enfants endormis ;
  • uyumuş çocuğu gördüm — j’ai vu l’enfant endormi.

Le cas est une terminaison qui indique le rôle du nom dans la phrase. Dans le dernier exemple, çocuğu porte l’accusatif -(y)ı, qui marque ici le complément d’objet direct défini (la personne ou la chose directement touchée par l’action).

Valeur principale : action accomplie et état obtenu

Le participe en -mIş présente généralement le nom comme porteur du résultat d’un événement déjà accompli :

  • solmuş çiçek — une fleur qui a fané, donc une fleur fanée ;
  • bozulmuş süt — du lait qui a tourné ;
  • iyileşmiş hasta — un malade qui s’est rétabli ;
  • birikmiş işler — des tâches qui se sont accumulées.

La traduction française par un participe passé est fréquente, mais elle ne donne pas toute l’analyse. Dans uyumuş çocuk, le verbe uyumak (« s’endormir, dormir ») est actif : il s’agit d’un enfant qui s’est endormi. Dans yazılmış mektup, en revanche, le radical contient le passif -ıl- : yaz-ıl-mış, « une lettre qui a été écrite ». -mIş ne marque donc pas à lui seul le passif.

La négation se place avant le participe :

Construction Exemple Traduction naturelle
radical + -mIş bitmiş iş le travail terminé
radical + -mA + -mIş bitmemiş iş le travail non terminé
radical + passif + -mIş seçilmiş aday le candidat sélectionné
radical + passif + négation + -mIş seçilmemiş aday le candidat non sélectionné

La position permet de distinguer l’emploi attributif de l’emploi prédicatif. Çocuk uyumuş forme une phrase : selon le contexte, « l’enfant s’est apparemment endormi » ou « il paraît que l’enfant s’est endormi ». Uyumuş çocuk est un groupe nominal : « l’enfant endormi ». La valeur de constat indirect associée au passé en -miş est surtout pertinente dans la première phrase ; devant un nom, la lecture de résultat est souvent centrale.

La tournure -er/-ar…-mez/-maz

Pour dire qu’une action suit immédiatement une autre, le turc répète le même verbe : d’abord à l’aoriste affirmatif de troisième personne du singulier, puis à l’aoriste négatif de même personne.

forme affirmative de l’aoriste + forme négative de l’aoriste + action principale

  • gelir gelmez — dès qu’il/elle arrive ;
  • çıkar çıkmaz — dès qu’il/elle sort ;
  • başlar başlamaz — dès que cela commence ;
  • görür görmez — dès qu’il/elle voit ;
  • okur okumaz — dès qu’il/elle lit ;
  • yer yemez — dès qu’il/elle mange.

Le suffixe affirmatif de l’aoriste varie selon le verbe : -r, -ar/-er, -ır/-ir/-ur/-ür. Il vaut donc mieux apprendre la forme avec chaque verbe courant plutôt que de réduire le modèle à -er/-ar. La seconde forme se termine régulièrement par -maz/-mez. Pour gelmek, on obtient gel-ir gel-mez ; pour çıkmak, çık-ar çık-maz.

Le sujet n’est pas exprimé à l’intérieur de la tournure. On le déduit du sujet de la proposition principale ou du contexte :

  • Eve gelir gelmez beni aradı. — Dès qu’il/elle est rentré(e), il/elle m’a appelé(e).
  • Eve gelir gelmez beni ara. — Appelle-moi dès que tu rentres.

En français, le temps de rentrer change selon la phrase. En turc, la paire gelir gelmez reste la même : c’est le verbe principal, par exemple aradı au passé ou ara à l’impératif, qui ancre l’ensemble dans le temps.

Cette construction exprime une succession pratiquement immédiate. Pour une simple relation « après avoir fait », sans idée de rapidité, -dikten sonra est plus neutre : Eve geldikten sonra yemek yedi, « après être rentré, il a mangé ». Eve gelir gelmez yemek yedi insiste sur le fait qu’il a mangé aussitôt.

Choisir -an/-en ou -dık/-dik dans une relative

Pour comprendre l’emboîtement, il faut d’abord identifier le rôle du nom décrit, appelé antécédent (le nom auquel la relative apporte une précision).

Rôle du nom décrit dans la relative Forme habituelle Exemple Sens
Il accomplit l’action : sujet -an/-en kitabı yazan adam l’homme qui a écrit le livre
Il subit l’action ou a un autre rôle -DIK + marque personnelle adamın yazdığı kitap le livre que l’homme a écrit
L’action est envisagée comme future -(y)AcAk + marque personnelle si nécessaire okuyacağım kitap le livre que je lirai

Le sujet est celui qui accomplit l’action ou dont on décrit l’état. Dans kitabı yazan adam, adam est celui qui écrit : on emploie yazan. Dans adamın yazdığı kitap, le livre est ce qui est écrit. Le sujet de la petite proposition, adamın, porte le génitif -(n)ın, tandis que yazdığı porte une terminaison possessive qui renvoie à ce sujet.

Avec -DIK, les changements de sons rendent parfois la forme difficile à reconnaître : oku-duğ-um donne okuduğum, « que j’ai lu » ; yaz-dığ-ı donne yazdığı, « qu’il/elle a écrit ». On peut analyser :

  • oku- : radical « lire » ;
  • -duğ- : variante de -DIK après harmonie et adoucissement de k en ğ ;
  • -um : marque de première personne du singulier, « moi ».

Construire et lire une relative emboîtée

Prenons Okuduğum kitabı yazan adam İstanbul’da yaşıyor. : « L’homme qui a écrit le livre que j’ai lu vit à Istanbul. » Il faut la lire de l’intérieur vers l’extérieur.

  1. okuduğum kitap — le livre que j’ai lu ;
  2. okuduğum kitabı — ce groupe prend l’accusatif, car il est l’objet de yazan ;
  3. [okuduğum kitabı] yazan adam — l’homme qui a écrit [le livre que j’ai lu] ;
  4. le groupe entier devient le sujet de İstanbul’da yaşıyor.

Sous forme de schéma : [[okuduğum] kitabı yazan] adam. Chaque relative précède immédiatement le nom qu’elle décrit. Contrairement au français, on n’ajoute ni qui ni que, et le verbe principal arrive souvent tout à la fin. Pour analyser une longue phrase, cherchez donc d’abord les noms placés après -an/-en, -DIK ou -(y)AcAk.

Exemples en contexte

Turc Français Remarque
Uyumuş çocuğu uyandırmayın. Ne réveillez pas l’enfant endormi. -muş décrit l’état résultant.
Masada yarım kalmış bir kahve vardı. Il y avait sur la table un café laissé à moitié. Action interrompue, résultat encore visible.
Bozulmuş yiyecekleri çöpe attık. Nous avons jeté les aliments avariés. Le pluriel et l’accusatif sont sur yiyecekleri.
Henüz cevaplanmamış sorular var. Il reste des questions auxquelles on n’a pas encore répondu. Passif et négation avant -mış.
Eve gelir gelmez duş aldı. Dès qu’il/elle est rentré(e), il/elle a pris une douche. Succession immédiate.
Haberi duyar duymaz bana telefon etti. Dès qu’il/elle a appris la nouvelle, il/elle m’a téléphoné. duyar duymaz reste inchangé malgré le passé.
Toplantı biter bitmez çıkalım. Partons dès que la réunion se termine. La principale est à la première personne du pluriel.
Seni görür görmez tanıdım. Je t’ai reconnu(e) dès que je t’ai vu(e). Le sujet sous-entendu de görür est « je ».
Okuduğum kitabı yazan adam Ankara’da doğmuş. L’homme qui a écrit le livre que j’ai lu est apparemment né à Ankara. Deux relatives emboîtées ; le dernier -muş est prédicatif.
Dün tanıştığım kişinin önerdiği filmi izledim. J’ai regardé le film recommandé par la personne que j’ai rencontrée hier. Deux formes en -DIK, avec des sujets différents.
Bize gönderilen belgeleri hazırlayan şirket aradı. L’entreprise qui a préparé les documents qui nous ont été envoyés a appelé. Relative passive à l’intérieur d’une relative de sujet.
Yarın başlayacak kursa katılacak öğrenciler burada bekliyor. Les étudiants qui participeront au cours qui commencera demain attendent ici. Deux relatives au futur en -(y)AcAk.
Kardeşimin aldığı bilgisayarı tamir eden teknisyen çok deneyimliydi. Le technicien qui a réparé l’ordinateur acheté par mon frère était très expérimenté. Le génitif kardeşimin indique qui a acheté.
Daha önce hiç görmediğim bir yeri anlatan yazıyı okudum. J’ai lu l’article qui décrivait un lieu que je n’avais jamais vu auparavant. La négation se trouve dans la relative intérieure.

Erreurs courantes

Traduire l’ordre français mot à mot

  • Incorrect : adam yazan kitabı
  • Correct : kitabı yazan adam
  • Pourquoi : en turc, toute la relative kitabı yazan précède le nom adam. Le réflexe français « l’homme + qui a écrit… » place les éléments dans le mauvais ordre.

Employer -DIK lorsque le nom décrit est le sujet

  • Incorrect : kitabı yazdığı adam pour « l’homme qui a écrit le livre »
  • Correct : kitabı yazan adam
  • Pourquoi : l’homme accomplit l’action d’écrire ; la relative de sujet demande donc -an/-en. Yazdığı convient dans adamın yazdığı kitap, où le livre est l’objet écrit.

Interpréter -mış comme un passif automatique

  • Incorrect : croire que yazmış adam signifie « l’homme qui a été écrit »
  • Correct : yazmış adam renvoie à un homme qui a écrit ; yazılmış metin signifie « le texte écrit ».
  • Pourquoi : le passif est marqué par -ıl/-il/-ul/-ül ou une variante adaptée au radical. -mIş indique ici l’accomplissement ou le résultat, pas la voix passive.

Conjuguer les deux verbes de gelir gelmez selon le sujet

  • Incorrect : Eve geldim gelmedim seni aradım.
  • Correct : Eve gelir gelmez seni aradım.
  • Pourquoi : la paire reste à la troisième personne de l’aoriste, même si le sujet réel est « je ». Le passé est porté par aradım.

Employer la tournure pour une succession non immédiate

  • Incorrect : Eve gelir gelmez iki saat sonra yemek yedi.
  • Correct : Eve geldikten iki saat sonra yemek yedi.
  • Pourquoi : gelir gelmez signifie « aussitôt rentré » et contredit iki saat sonra, « deux heures plus tard ».

Perdre les marques de rôle dans un emboîtement

  • Incorrect : Okuduğum kitap yazan adamı gördüm.
  • Correct : Okuduğum kitabı yazan adamı gördüm.
  • Pourquoi : kitabı est l’objet défini de yazan, puis adamı est l’objet défini de gördüm. Chaque niveau reçoit sa propre marque de cas.

Notes d’usage

Le participe en -mIş est très courant avec les changements d’état et les résultats perceptibles : objets cassés, portes fermées, aliments avariés, personnes endormies ou guéries. Dans une description neutre centrée sur la personne qui accomplit l’action, -an/-en reste souvent le choix naturel : mektubu yazan kişi, « la personne qui a écrit la lettre ». Une forme comme mektubu yazmış kişi met davantage en relief le fait que cette personne a effectivement déjà accompli l’action et dépend plus fortement du contexte.

On rencontre aussi -mIş olan : başvurmuş olan adaylar, « les candidats ayant déposé leur candidature ». Olan, participe de olmak (« être, devenir »), rend la relation plus explicite et parfois plus lourde. Cette construction est fréquente dans les textes administratifs, juridiques ou soigneusement structurés ; dans de nombreux contextes courants, başvurmuş adaylar ou une relative en -an sera plus légère.

La tournure gelir gelmez est naturelle aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Elle n’est pas familière en elle-même. Elle peut prendre une valeur passée, présente, future ou injonctive selon la principale : geldi (« il a fait »), yapar (« il fait »), yapacak (« il fera »), yap (« fais »). Le français oblige souvent à expliciter ce rapport temporel, alors que le turc laisse la forme répétée inchangée.

Les longues relatives emboîtées sont particulièrement fréquentes dans la presse, les textes professionnels et les exposés. Elles sont grammaticalement possibles à l’oral, mais une accumulation de trois ou quatre niveaux devient difficile à suivre. Un locuteur peut alors couper l’information en deux phrases. La maîtrise avancée ne consiste donc pas à produire la phrase la plus longue possible, mais à reconnaître les limites de chaque groupe et à choisir une formulation claire.

Pour aller plus loin

Ambiguïté temporelle des participes

Les participes turcs ne correspondent pas toujours à un temps français unique. -an/-en peut décrire une action actuelle, habituelle ou passée selon le contexte : dün gelen misafir (« l’invité qui est venu hier »), her gün gelen otobüs (« le bus qui vient chaque jour »). -DIK fonctionne de la même façon : okuduğum kitap peut être « le livre que je lis » ou « le livre que j’ai lu ». Les adverbes et le contexte fournissent le repère temporel.

-mIş, lui, rend l’antériorité ou le résultat plus saillant, sans correspondre mécaniquement au « plus-que-parfait » ou au participe passé français. Comparez :

Turc Nuance Traduction possible
uyuyan çocuk l’enfant est dans l’activité de dormir l’enfant qui dort
uyumuş çocuk l’enfant s’est endormi et se trouve dans cet état l’enfant endormi
kapıyı açan kadın la femme est identifiée par l’action la femme qui a ouvert la porte
kapıyı açmış kadın l’action accomplie est mise en relief une femme ayant ouvert la porte

Les marques s’accumulent par niveaux

Dans une relative imbriquée, les suffixes ne disparaissent pas : ils indiquent la fonction de chaque groupe à son propre niveau. Dans öğretmenin önerdiği kitabı alan öğrenci (« l’étudiant qui a acheté le livre recommandé par le professeur »), öğretmenin est le sujet au génitif de önerdiği, kitabı est l’objet de alan, et öğrenci est le nom décrit par alan.

Une bonne méthode consiste à entourer mentalement le premier bloc complet : [öğretmenin önerdiği kitap]. On lui ajoute ensuite l’accusatif parce que ce livre est acheté : [öğretmenin önerdiği kitabı]. Enfin, on rattache alan öğrenci. Cette lecture en couches évite de chercher un équivalent mot à mot de qui ou que.

Omission du nom décrit

Comme d’autres participes, ces formes peuvent parfois être employées sans nom exprimé lorsque celui-ci est évident. Gelmiş olanlar içeri girsin signifie « que ceux qui sont arrivés entrent ». La marque plurielle -lar et, si nécessaire, une terminaison de cas se rattachent alors à olanlar. Cette nominalisation est utile, mais il faut distinguer gelmiş olanlar (« ceux qui sont arrivés ») de gelir gelmez, qui reste une indication temporelle signifiant « dès que… ».

Conseils de pratique

  1. Travaillez par contrastes. Pour un même verbe, créez trois groupes : uyuyan çocuk (« l’enfant qui dort »), uyumuş çocuk (« l’enfant endormi »), uyumamış çocuk (« l’enfant qui ne s’est pas endormi »). Expliquez à voix haute la différence d’état et de négation.
  2. Démontez les phrases de droite à gauche. Dans une phrase de presse, soulignez d’abord le nom principal, puis rattachez-lui le participe qui le précède. Recommencez avec chaque nom intérieur et notez séparément les marques de cas.
  3. Mémorisez les paires avec leur aoriste réel. Faites une courte liste de blocs entiers — gelir gelmez, görür görmez, çıkar çıkmaz, başlar başlamaz. Réutilisez chacun avec une principale au passé, au futur et à l’impératif.

Notions associées

  • Prérequis : Les participes de base — pour maîtriser -an/-en, -DIK et -(y)AcAk avant de les emboîter.
  • Étape suivante : Les converbes avancés — pour élargir l’expression du temps, de la manière et de la progression avec des formes adverbiales complexes.

Prérequis

Les participes de base en turcA2

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