Les démonstratifs en swahili
Vionyeshi
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de swahili sur Settemila Lingue.
En bref
Le swahili distingue trois distances : près de la personne qui parle (huyu, « cette personne-ci »), près de l’interlocuteur ou déjà identifié (huyo, « cette personne-là ») et loin des deux (yule, « cette personne là-bas »). Le démonstratif s’accorde avec la classe nominale du nom : on dit mtu huyu, mais watoto hawa et kitabu hiki.
Vue d’ensemble
Un démonstratif est un mot qui sert à montrer ou à identifier : « ce », « cette », « ces », « celui-ci » ou « celui-là ». En swahili, les démonstratifs sont appelés vionyeshi. Ils se placent le plus souvent après le nom : mtu huyu (« cette personne-ci »), kitabu hicho (« ce livre-là »).
La différence essentielle avec le français tient à deux points. D’abord, le swahili exprime normalement trois degrés d’éloignement, là où le français se contente souvent de « ce/cette » et laisse la situation préciser la distance. Ensuite, la forme choisie dépend de la classe nominale, c’est-à-dire de la catégorie grammaticale du nom. Cette classe commande l’accord, un peu comme le genre et le nombre en français, mais avec davantage de catégories.
Ce système apparaît dès le niveau A1. Il est inutile de mémoriser toutes les classes d’un seul coup : commencez par les noms de personnes des classes 1/2, puis ajoutez les couples 7/8 et 9/10. La règle importante est toujours la même : distance + classe du nom + nombre.
Comment ça fonctionne
Les trois séries
Prenons mtu (« personne », classe 1) comme modèle :
| Situation | Forme | Groupe nominal | Sens naturel en français |
|---|---|---|---|
| près de la personne qui parle | huyu | mtu huyu | cette personne-ci |
| près de l’interlocuteur, ou personne déjà repérée | huyo | mtu huyo | cette personne-là |
| loin de la personne qui parle et de l’interlocuteur | yule | mtu yule | cette personne là-bas |
La première série, souvent reconnaissable à un début en h-, attire l’attention vers ce qui est proche de la personne qui parle. La deuxième se termine généralement par -o et renvoie à ce qui est du côté de l’interlocuteur, à ce qu’il montre, ou à un élément déjà identifié dans la conversation. La troisième se termine par -le et désigne ce qui est éloigné.
Ces repères sont plus fiables que des traductions françaises fixes. Selon la situation, huyo peut se traduire par « ce », « cette personne-là » ou simplement « cette personne ». De même, le français « là » ne signifie pas automatiquement qu’il faut employer la série lointaine en -le.
La place du démonstratif
L’ordre neutre et le plus utile au début est :
nom + démonstratif
- mwalimu huyu — ce professeur-ci
- gari hilo — cette voiture-là
- nyumba ile — cette maison là-bas
Le démonstratif peut aussi être employé seul lorsque le nom est évident :
- Hiki ni changu. — Celui-ci / Celle-ci est à moi. (classe 7)
- Hao ni walimu wetu. — Ceux-là sont nos professeurs. (classe 2)
Dans ce cas, le français oblige souvent à choisir entre « celui », « celle », « ceux » et « celles ». En swahili, c’est la classe du nom sous-entendu qui détermine la forme.
Le tableau des accords les plus fréquents
Les numéros de classe servent à regrouper les noms qui déclenchent le même accord. Les indications de sens ci-dessous sont des tendances, pas des définitions absolues.
| Classe | Exemple de nom | Proche du locuteur | Près de l’interlocuteur / identifié | Lointain |
|---|---|---|---|---|
| 1 | mtu « personne » | huyu | huyo | yule |
| 2 | watu « personnes » | hawa | hao | wale |
| 3 | mti « arbre » | huu | huo | ule |
| 4 | miti « arbres » | hii | hiyo | ile |
| 5 | gari « voiture » | hili | hilo | lile |
| 6 | magari « voitures » | haya | hayo | yale |
| 7 | kitabu « livre » | hiki | hicho | kile |
| 8 | vitabu « livres » | hivi | hivyo | vile |
| 9 | nyumba « maison » | hii | hiyo | ile |
| 10 | nyumba « maisons » | hizi | hizo | zile |
| 11 | ukuta « mur » | huu | huo | ule |
| 14 | uzuri « beauté » | huu | huo | ule |
Il ne faut pas chercher une correspondance directe entre le préfixe visible du nom et le début du démonstratif. La classe 7 associe bien ki- à hiki/hicho/kile, et la classe 8 associe vi- à hivi/hivyo/vile, mais d’autres séries sont moins transparentes. Le plus efficace est d’apprendre des groupes complets : gari hili, magari haya ; kitabu hiki, vitabu hivi.
Trois couples prioritaires au niveau A1
Les personnes : classes 1 et 2
| Nombre | Proche | Intermédiaire | Lointain |
|---|---|---|---|
| singulier | mtu huyu | mtu huyo | mtu yule |
| pluriel | watu hawa | watu hao | watu wale |
Le même accord s’emploie avec d’autres personnes, même lorsque le nom ne commence pas clairement par m- : rafiki huyu (« cet ami-ci »), rafiki hawa (« ces amis-ci »). C’est le comportement grammatical du nom, et non sa seule première lettre, qui compte.
Les objets en ki-/vi- : classes 7 et 8
| Nombre | Proche | Intermédiaire | Lointain |
|---|---|---|---|
| singulier | kitabu hiki | kitabu hicho | kitabu kile |
| pluriel | vitabu hivi | vitabu hivyo | vitabu vile |
Ici, le singulier et le pluriel sont faciles à entendre : hiki/hicho/kile s’opposent à hivi/hivyo/vile.
Les classes 9 et 10 : même nom, accord différent
De nombreux noms des classes 9/10 gardent la même forme au singulier et au pluriel. Nyumba peut donc signifier « maison » ou « maisons ». Le démonstratif lève l’ambiguïté :
- nyumba hii — cette maison-ci
- nyumba hizi — ces maisons-ci
- nyumba ile — cette maison là-bas
- nyumba zile — ces maisons là-bas
L’accord apporte ici une information que le nom seul ne montre pas.
Exemples en contexte
| Swahili | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Mtu huyu ni mwalimu. | Cette personne-ci est professeur. | Classe 1, proche de la personne qui parle. |
| Mtu huyo ni jirani yako? | Cette personne-là est-elle ton voisin ou ta voisine ? | Classe 1, personne du côté de l’interlocuteur. |
| Mtu yule anaitwa Amina. | Cette personne là-bas s’appelle Amina. | Classe 1, éloignement net. |
| Watoto hawa wanacheza. | Ces enfants-ci jouent. | Classe 2, pluriel proche. |
| Walimu wale wanatoka Nairobi. | Ces professeurs là-bas viennent de Nairobi. | Classe 2, pluriel lointain. |
| Mti huu ni mrefu. | Cet arbre-ci est haut. | Classe 3. |
| Gari hilo ni lako? | Cette voiture-là est à toi ? | Classe 5, objet identifié. |
| Maji haya ni safi. | Cette eau-ci est propre. | Maji commande l’accord de classe 6. |
| Kitabu hiki ni changu. | Ce livre-ci est à moi. | Classe 7, proche. |
| Kitabu hicho ni changu. | Ce livre-là est à moi. | Classe 7, près de l’interlocuteur ou déjà désigné. |
| Viatu vile ni ghali. | Ces chaussures là-bas sont chères. | Classe 8, pluriel lointain. |
| Nyumba ile ni kubwa. | Cette maison là-bas est grande. | Classe 9, lointain. |
| Nyumba hizi ni mpya. | Ces maisons-ci sont neuves. | Classe 10, pluriel proche. |
| Kalamu hiyo unayoshika ni yangu. | Ce stylo que tu tiens est à moi. | Hiyo convient à un objet de classe 9 près de l’interlocuteur. |
| Hiki ni kitabu changu. | Celui-ci est mon livre. | Emploi sans nom ; hiki reprend un nom de classe 7. |
Erreurs fréquentes
Employer une seule forme pour tous les noms
- Incorrect : kitabu huyu
- Correct : kitabu hiki
- Pourquoi : huyu appartient à la classe 1, surtout utilisée pour une personne au singulier. Kitabu appartient à la classe 7 et demande hiki dans la série proche.
Oublier de changer l’accord au pluriel
- Incorrect : watoto huyu
- Correct : watoto hawa
- Pourquoi : watoto est le pluriel de classe 2. Le passage de mtoto à watoto entraîne aussi le passage de huyu à hawa.
Choisir la série lointaine pour tout ce qui se traduit par « là »
- Incorrect dans la situation décrite : Kalamu ile ni yako? si le stylo est dans la main de l’interlocuteur.
- Plus naturel : Kalamu hiyo ni yako?
- Pourquoi : la série en -o sert couramment pour ce qui se trouve près de l’interlocuteur. Ile suggère plutôt un stylo éloigné des deux personnes.
Se fier uniquement au début du nom
- Incorrect : rafiki hii
- Correct : rafiki huyu
- Pourquoi : un ami ou une amie prend normalement l’accord des personnes, même si rafiki ne porte pas le préfixe m- visible de mtu.
Confondre les classes 9 et 10
- Incorrect : nyumba hizi pour une seule maison.
- Correct : nyumba hii pour une maison ; nyumba hizi pour plusieurs maisons.
- Pourquoi : la forme nyumba ne change pas, mais son accord distingue le singulier de classe 9 du pluriel de classe 10.
Copier l’ordre français sans écouter l’usage
- Peu neutre au niveau débutant : hiki kitabu
- Ordre à privilégier : kitabu hiki
- Pourquoi : le démonstratif suit très souvent le nom en swahili. L’antéposition existe pour mettre fortement l’élément en relief, mais nom + démonstratif constitue le modèle sûr dans une phrase ordinaire.
Remarques d’usage
La distance n’est pas toujours mesurée en mètres. La série intermédiaire peut signaler que l’interlocuteur sait déjà de quel élément il s’agit. Après avoir parlé d’un livre, on peut donc reprendre ce livre avec kitabu hicho, même sans le montrer. Cette valeur de reprise explique pourquoi une traduction française naturelle emploie parfois simplement « ce livre ».
Un geste, le regard et la situation jouent un rôle important. Huyu peut accompagner une personne juste à côté de la personne qui parle ; huyo, une personne à côté de celle qui écoute ; yule, une personne visible au loin. Dans un texte sans scène physique, le choix reflète plutôt la manière dont le locuteur présente l’élément : immédiat, déjà repéré ou tenu à distance.
Le français oppose parfois « celui-ci » et « celui-là », mais cette opposition n’est ni aussi régulière ni aussi grammaticale qu’en swahili. Pour parler correctement, mieux vaut imaginer la scène que traduire automatiquement « ce » par une forme unique.
Au-delà des bases
Les points suivants ne sont pas indispensables pour commencer, mais ils expliquent des formes que l’on rencontre rapidement dans la conversation et les textes.
Mettre un élément en relief
Le démonstratif peut précéder le nom lorsque celui-ci est fortement montré ou opposé à un autre : hiki kitabu attire davantage l’attention sur « ce livre-ci ». L’ordre après le nom reste le choix non marqué, c’est-à-dire le choix neutre : kitabu hiki.
La répétition renforce encore l’identification :
- mtu huyu huyu — cette personne précise, cette personne même
- huyo huyo — précisément celui-là ; la même personne
- kitabu kile kile — ce livre-là précisément ; le même livre
La traduction dépend du contexte : la répétition peut insister sur l’identité (« le même ») ou sur le choix exact (« précisément celui-là »).
Les démonstratifs de lieu
Les classes locatives servent à parler d’un endroit. Elles conservent elles aussi une opposition en trois degrés :
| Type de lieu | Proche | Intermédiaire | Lointain |
|---|---|---|---|
| point ou emplacement précis | hapa « ici » | hapo « là » | pale « là-bas » |
| zone ou direction générale | huku « par ici » | huko « par là » | kule « là-bas, de ce côté-là » |
| intérieur d’un lieu | humu « ici dedans » | humo « là-dedans » | mle « là-dedans, au loin » |
Ces formes ne sont pas de simples variantes interchangeables. Hapa localise un point, huku une zone plus générale et humu l’intérieur d’un espace. Au niveau A1, retenez d’abord hapa/hapo/pale ; les autres distinctions se consolident avec l’usage.
L’accord à travers tout le groupe nominal
Un démonstratif peut côtoyer un adjectif, un possessif ou un verbe. Chacun prend l’accord exigé par le même nom :
- watoto hawa wadogo wanacheza — ces petits enfants-ci jouent
- kitabu hiki kipya ni changu — ce livre neuf-ci est à moi
- nyumba zile kubwa zimeuzwa — ces grandes maisons là-bas ont été vendues
Le démonstratif ne remplace donc pas les autres accords. Il constitue un indice supplémentaire de la classe et du nombre.
Conseils pratiques
- Apprenez par triplets et avec un nom. Récitez mtu huyu — mtu huyo — mtu yule, puis watu hawa — watu hao — watu wale. Une liste de formes isolées est plus difficile à retenir.
- Mettez en scène les trois distances. Posez un objet près de vous, un autre près d’un partenaire réel ou imaginaire, puis montrez un objet éloigné. Produisez par exemple kitabu hiki, kitabu hicho, kitabu kile.
- Transformez le singulier en pluriel. Partez de cinq couples : mtoto/watoto, gari/magari, kitabu/vitabu. Changez à la fois le nom et le démonstratif afin d’automatiser l’accord.
Notions liées
- Prérequis : Classes nominales 1/2 : M-/Wa- (personnes) — pour comprendre pourquoi mtu huyu devient watu hawa au pluriel.
Prérequis
Les classes nominales M-/Wa- en swahiliA1Plus de concepts de niveau A1
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