C1

La concordance des temps en français

Concordance des Temps

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de français sur Settemila Lingue.

En bref

La concordance des temps consiste à choisir le temps d'une proposition subordonnée en fonction du repère donné par la proposition principale. Quand ce repère passe du présent au passé, le présent devient souvent l'imparfait, le futur devient le conditionnel présent et le passé composé devient le plus-que-parfait : Il dit qu'il viendra → Il a dit qu'il viendrait. Il ne s'agit toutefois pas d'une transformation automatique : le sens, la date réelle des faits et le registre comptent aussi.

Vue d'ensemble

Dans une phrase comme Léa affirme que Marc partira demain, la proposition principale (Léa affirme) fournit un point de vue, tandis que la proposition subordonnée (que Marc partira demain) situe un autre fait par rapport à ce point de vue. Le départ peut être antérieur, simultané ou postérieur à l'affirmation : il peut avoir eu lieu avant, avoir lieu au même moment ou se produire après. La concordance des temps sert précisément à exprimer ces rapports.

Cette question devient particulièrement importante dans le discours indirect (la reprise des paroles ou des pensées de quelqu'un sans les citer exactement), dans les récits au passé, dans les phrases hypothétiques introduites par si et après les expressions qui exigent le subjonctif (le mode qui présente notamment un fait comme voulu, envisagé, jugé ou incertain). Au niveau C1, l'enjeu n'est plus seulement de connaître les temps : il faut choisir le repère pertinent et distinguer l'usage français moderne de certaines règles littéraires.

Le français contemporain applique une concordance assez souple. Une vérité toujours valable peut rester au présent après une principale au passé, et un futur encore pertinent au moment où l'on parle peut parfois rester au futur. À l'inverse, un récit soigneusement construit maintient souvent une série cohérente d'imparfaits, de plus-que-parfaits et de conditionnels.

Comment ça fonctionne

1. Commencer par le rapport chronologique

Avant de choisir un temps, il faut poser deux questions : quel est le repère ? et le fait subordonné se situe-t-il avant, pendant ou après ce repère ?

Rapport avec le repère Repère au présent Repère au passé
Antériorité : le fait est déjà accompli Je sais qu'elle est partie. Je savais qu'elle était partie.
Simultanéité : les deux faits coïncident Je sais qu'elle travaille. Je savais qu'elle travaillait.
Postériorité : le fait vient ensuite Je sais qu'elle partira. Je savais qu'elle partirait.

Le temps de la principale ne « commande » donc pas seul celui de la subordonnée. Il fixe un repère, puis le temps de la subordonnée indique la relation voulue.

2. Le discours indirect avec un verbe introducteur au présent

Quand le verbe qui introduit les paroles est au présent ou au futur, les temps sont généralement conservés :

  • discours direct : Nora dit : « Je travaille. »
    discours indirect : Nora dit qu'elle travaille.
  • discours direct : Nora dit : « J'ai terminé. »
    discours indirect : Nora dit qu'elle a terminé.
  • discours direct : Nora dit : « Je viendrai. »
    discours indirect : Nora dit qu'elle viendra.

Les pronoms et les indications de temps peuvent néanmoins changer : je devient elle, ici peut devenir là, demain peut devenir le lendemain. Ces ajustements dépendent de la situation d'énonciation, c'est-à-dire du lieu et du moment où la phrase est réellement prononcée.

3. Le recul après un verbe introducteur au passé

Avec a dit, expliquait, pensait, avait compris, on effectue souvent un recul temporel : on déplace les temps pour adopter le point de vue passé du locuteur ou du personnage.

Paroles ou pensée d'origine Discours indirect au passé Valeur
présent imparfait simultanéité
passé composé plus-que-parfait antériorité
futur simple conditionnel présent futur dans le passé
futur antérieur conditionnel passé accomplissement futur vu du passé

Ainsi :

  • « Je suis malade. » → Elle a expliqué qu'elle était malade.
  • « J'ai perdu mes clés. » → Elle a expliqué qu'elle avait perdu ses clés.
  • « Je rentrerai tard. » → Elle a expliqué qu'elle rentrerait tard.
  • « J'aurai fini avant midi. » → Elle a expliqué qu'elle aurait fini avant midi.

L'imparfait ne signifie pas ici nécessairement que la maladie ou l'action a duré longtemps. Il marque d'abord la simultanéité avec un repère passé. De même, le conditionnel n'exprime pas forcément une condition : dans Il promettait qu'il reviendrait, il sert de futur dans le passé.

4. Conserver le présent ou le futur quand le sens l'exige

Le recul temporel n'est pas obligatoire si le contenu reste vrai au moment où l'on parle :

  • Le professeur nous a rappelé que l'eau bout à 100 °C dans les conditions usuelles.
  • Elle m'a dit qu'elle habite toujours à Lyon.

Elle m'a dit qu'elle habitait à Lyon présente l'information depuis le moment passé, sans préciser si elle y habite encore. Elle m'a dit qu'elle habite toujours à Lyon affirme explicitement que la situation demeure actuelle.

Le futur simple peut également être conservé si l'événement est encore à venir et reste envisagé depuis le présent : Il m'a confirmé hier qu'il viendra demain. Le conditionnel, qu'il viendrait le lendemain, adopte plus nettement le point de vue du récit passé. Les deux choix ne sont donc pas toujours synonymes : ils révèlent le repère choisi par le locuteur.

5. Le futur dans le passé

Le conditionnel présent situe un fait après un repère passé :

  • En 2018, elle ignorait qu'elle dirigerait un jour l'entreprise.
  • Il a dit qu'il viendrait.

Le conditionnel passé présente comme accompli un fait qui était encore futur depuis ce même repère :

  • Je pensais qu'il serait venu avant notre départ.
  • Elle était certaine qu'ils auraient terminé à temps.

Selon le contexte, le conditionnel passé peut aussi exprimer un résultat irréel : Il serait venu si on l'avait invité. Pour éviter l'ambiguïté, il faut chercher le repère. Dans Elle croyait qu'il aurait fini à midi, le conditionnel passé dépend de croyait et situe l'achèvement dans l'avenir de cette croyance. Dans Il aurait fini plus tôt avec de l'aide, il exprime une conséquence qui ne s'est pas réalisée.

6. Les phrases avec « si »

Dans une subordonnée directement introduite par si et exprimant une condition, on ne met normalement ni conditionnel présent ni conditionnel passé.

Type d'hypothèse Subordonnée avec si Proposition principale Exemple
Réelle ou possible présent présent, futur ou impératif Si tu as le temps, appelle-moi.
Irréelle ou peu probable au présent imparfait conditionnel présent Si tu avais le temps, tu m'appellerais.
Irréelle dans le passé plus-que-parfait conditionnel passé Si tu avais eu le temps, tu m'aurais appelé.

Les séquences mixtes sont possibles lorsque les moments diffèrent : Si j'avais accepté ce poste, j'habiterais aujourd'hui à Bruxelles. La condition non réalisée appartient au passé, mais sa conséquence concerne le présent.

La phrase Si j'avais su qu'il serait parti avant midi... est correcte. Le conditionnel passé n'est pas le verbe directement régi par si : il se trouve dans la proposition qu'il serait parti, qui dépend de su. Il exprime un fait futur par rapport au moment où l'on aurait pu savoir. On compare :

  • incorrect : Si j'aurais su, je serais venu.
  • correct : Si j'avais su, je serais venu.
  • correct : Si j'avais su qu'il serait déjà parti, je ne serais pas venu.

7. La concordance avec le subjonctif

En français moderne, le temps de la principale n'entraîne généralement plus de changement systématique entre subjonctif présent et subjonctif imparfait. Le subjonctif présent peut accompagner une principale au présent comme au passé :

  • Je veux qu'elle vienne.
  • Je voulais qu'elle vienne.

Pour exprimer l'antériorité, on emploie le subjonctif passé :

  • Je regrette qu'elle soit partie.
  • Je regrettais qu'elle soit partie.

Dans la langue littéraire traditionnelle, une principale au passé pouvait appeler le subjonctif imparfait pour la simultanéité ou la postériorité, et le plus-que-parfait du subjonctif pour l'antériorité :

Français courant moderne Français littéraire traditionnel
Il aurait voulu qu'elle vienne. Il aurait voulu qu'elle vînt.
Il regrettait qu'elle soit partie. Il regrettait qu'elle fût partie.
Je doutais qu'il puisse répondre. Je doutais qu'il pût répondre.

Ces formes littéraires restent utiles à reconnaître, mais leur emploi spontané dans une conversation paraîtrait affecté ou humoristique.

Exemples en contexte

Exemple Sens ou reformulation Point observé
Il dit qu'il viendra après le déjeuner. Sa venue est future par rapport au moment présent. Principale au présent, futur simple.
Il a dit qu'il viendrait après le déjeuner. Au moment de ses paroles, sa venue était encore future. Futur dans le passé.
Maya affirme qu'elle a envoyé le dossier. L'envoi précède son affirmation actuelle. Passé composé après un présent.
Maya affirmait qu'elle avait envoyé le dossier. L'envoi précédait son affirmation passée. Plus-que-parfait d'antériorité.
Je pensais qu'il serait venu avant huit heures. Sa venue devait être accomplie avant huit heures, selon ma pensée passée. Conditionnel passé à valeur temporelle.
Elle m'a expliqué qu'elle travaillait ce soir-là. Le travail était prévu ou en cours dans le cadre passé du récit. Imparfait et changement de repère.
On nous a appris que la Terre tourne autour du Soleil. Le fait reste vrai aujourd'hui. Présent de vérité générale conservé.
Il m'a confirmé qu'il viendra samedi. Samedi est encore à venir au moment où je parle. Futur maintenu depuis le présent.
En entrant, il comprit qu'on l'avait trompé. La tromperie est antérieure à sa compréhension. Plus-que-parfait dans un récit.
Nous savions que le train partirait à l'aube. Le départ vient après le moment où nous le savions. Conditionnel présent.
Si j'avais reçu ton message, je t'aurais répondu. Je n'ai pas reçu le message et je n'ai pas répondu. Hypothèse irréelle passée.
Si elle avait mieux dormi, elle serait moins fatiguée aujourd'hui. Une cause passée aurait une conséquence présente. Hypothèse mixte.
Si j'avais su qu'il serait déjà parti, j'aurais appelé plus tôt. Son départ était futur par rapport au savoir imaginé. Conditionnel permis dans la subordonnée dépendant de su.
Le directeur exigeait que chacun soit présent à neuf heures. La présence était exigée dans un contexte passé. Subjonctif présent en français moderne.
Le directeur exigea que chacun fût présent. Même idée, dans un style littéraire soutenu. Subjonctif imparfait traditionnel.

Erreurs fréquentes

Mettre le conditionnel juste après « si »

  • Incorrect : Si j'aurais su, je ne serais pas venu.
  • Correct : Si j'avais su, je ne serais pas venu.
  • Pourquoi : dans une condition irréelle passée, la proposition avec si prend le plus-que-parfait ; le conditionnel passé se place dans la conséquence.

Employer le futur au lieu du futur dans le passé

  • Mal adapté à un récit entièrement passé : Elle pensait qu'il arrivera le lendemain.
  • Formulation attendue : Elle pensait qu'il arriverait le lendemain.
  • Pourquoi : l'arrivée est postérieure à la pensée, mais les deux événements sont envisagés depuis un repère passé.

Confondre simultanéité et antériorité

  • Incorrect pour une action déjà accomplie : Il a expliqué qu'il terminait le rapport la veille.
  • Correct : Il a expliqué qu'il avait terminé le rapport la veille.
  • Pourquoi : si le rapport était déjà terminé avant l'explication, il faut le plus-que-parfait. Il terminait ferait voir l'action en cours ou habituelle.

Appliquer le recul à une vérité toujours valable

  • Possible mais ambigu : Le médecin m'a rappelé que ce traitement nécessitait une ordonnance.
  • Plus clair si la règle vaut encore : Le médecin m'a rappelé que ce traitement nécessite une ordonnance.
  • Pourquoi : l'imparfait enferme facilement l'information dans le cadre passé ; le présent signale qu'elle reste valable.

Employer le subjonctif imparfait dans une conversation ordinaire

  • Trop littéraire dans la plupart des échanges : Je voulais que vous vinssiez plus tôt.
  • Courant : Je voulais que vous veniez plus tôt.
  • Pourquoi : le français moderne utilise normalement le subjonctif présent après une principale au passé. Vinssiez appartient surtout à la littérature, à la parodie ou à un style volontairement recherché.

Interpréter tout conditionnel comme une hypothèse

  • Phrase : Il m'avait promis qu'il appellerait.
  • Interprétation correcte : l'appel est futur par rapport à la promesse passée.
  • Pourquoi : appellerait n'implique ici aucune condition cachée. Sa valeur est temporelle : c'est le futur dans le passé.

Notes d'usage

Dans la conversation, le repère du moment présent reste très fort. On entend donc couramment Elle m'a dit qu'elle vient demain ou qu'elle viendra demain lorsque le rendez-vous est toujours actuel. Dans un récit écrit au passé, elle m'avait dit qu'elle viendrait le lendemain est plus cohérent, car le narrateur adopte le calendrier du récit.

Les indicateurs temporels doivent suivre le même changement de perspective que les temps verbaux. Selon le contexte, aujourd'hui devient ce jour-là, hier devient la veille, demain devient le lendemain, et la semaine prochaine devient la semaine suivante. Il ne faut cependant pas les remplacer mécaniquement : si l'on rapporte les paroles le jour même, aujourd'hui peut rester parfaitement naturel.

Le conditionnel de futur dans le passé ne garantit pas que le fait s'est produit. Il annonça qu'il démissionnerait rapporte une annonce, pas nécessairement une démission effective. Pour confirmer le résultat, il faut l'ajouter : Il annonça qu'il démissionnerait, et il le fit deux jours plus tard.

Enfin, le choix entre présent et imparfait peut traduire une prise de position. Elle m'a dit qu'elle était innocente rapporte ses paroles avec distance. Elle m'a dit qu'elle est innocente rattache plus directement cette innocence au présent, sans toutefois prouver que le locuteur la tient pour certaine. Le contexte reste décisif.

Pour aller plus loin

Le discours indirect libre

Dans le discours indirect libre (une manière de faire entendre les pensées d'un personnage sans verbe comme dire ou penser), les temps du récit coexistent avec des marques expressives proches de la parole directe :

Paul regarda l'horloge. Il était déjà huit heures. Arriverait-il à temps ? Il aurait dû partir plus tôt !

Le conditionnel arriverait et le plus-que-parfait aurait dû s'interprètent depuis le point de vue de Paul. Ce procédé fréquent dans les romans demande de repérer le personnage qui sert de centre temporel.

Le futur proche vu du passé

Le futur proche aller + infinitif devient souvent allait + infinitif dans un cadre passé : Je vais sortir → Elle a dit qu'elle allait sortir. Cette forme présente l'événement comme imminent ou déjà préparé. Elle ne correspond donc pas toujours exactement au conditionnel : elle sortirait situe simplement la sortie après un repère passé, tandis que elle allait sortir suggère qu'elle était sur le point de le faire.

Les séquences littéraires

Dans une prose classique ou volontairement solennelle, on peut rencontrer des systèmes aujourd'hui rares : Il souhaitait qu'elle eût achevé son travail avant qu'il ne revînt. Eût achevé est un plus-que-parfait du subjonctif marquant l'antériorité ; revînt est un subjonctif imparfait. Pour lire ces textes, il est plus utile de reconnaître leur valeur que d'apprendre à les employer dans la vie courante.

La littérature peut aussi utiliser le présent historique au milieu d'un récit passé : Il ouvrit la porte, avance de quelques pas et découvre la salle vide. Ce changement de repère est un effet de style destiné à rendre la scène plus vive ; ce n'est pas une faute de concordance.

Une méthode de vérification

Pour analyser une phrase complexe, on peut la représenter comme une petite chronologie :

  1. repérer le verbe qui fixe le point de vue ;
  2. placer chaque autre action avant, pendant ou après ce point ;
  3. choisir respectivement une forme d'antériorité, de simultanéité ou de postériorité ;
  4. vérifier si le fait reste vrai ou futur au moment présent ;
  5. vérifier enfin le registre : conversation moderne, récit suivi ou style littéraire.

Cette méthode est plus fiable qu'une liste de remplacements apprise par cœur, surtout quand plusieurs subordonnées s'emboîtent.

Conseils pratiques

  1. Transformez de courts dialogues. Partez de « J'ai fini et je reviendrai demain », puis rapportez les paroles au présent et au passé : Elle dit qu'elle a fini et qu'elle reviendra demain ; Elle a dit qu'elle avait fini et qu'elle reviendrait le lendemain.
  2. Tracez trois cases : avant, pendant, après. Pour chaque verbe d'une phrase complexe, placez l'action dans une case par rapport au verbe principal. Le choix entre plus-que-parfait, imparfait et conditionnel devient alors beaucoup plus concret.
  3. Comparez les registres. En lisant un roman et un article contemporain, relevez les subjonctifs après une principale au passé. Classez qu'il vienne, qu'il soit venu, qu'il vînt et qu'il fût venu selon leur valeur temporelle et leur niveau de langue.

Concepts associés

  • Prérequis : Conditionnel passé — nécessaire pour exprimer un fait accompli dans l'avenir d'un repère passé et les conséquences irréelles du passé.

Prérequis

Le conditionnel passé en françaisB2

Plus de concepts de niveau C1

Ce concept dans d'autres langues

Comparer dans toutes les langues