C1

Les périphrases verbales en espagnol

Perífrasis Verbales

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En bref

Une périphrase verbale associe un verbe conjugué à un infinitif pour présenter une action sous un angle précis : volvió a llamar indique une répétition, tandis que dejó de llamar en marque l’arrêt. Dans les six constructions étudiées ici, le premier verbe se conjugue, la préposition éventuelle est fixe, et le second verbe reste à l’infinitif.

Vue d’ensemble

Une phrase comme Clara llamó rapporte simplement un appel. En remplaçant ce verbe par Clara volvió a llamar, Clara acababa de llamar ou Clara llegó a llamar, on conserve l’action de téléphoner, mais on la situe respectivement comme répétée, toute récente ou atteinte au terme d’un processus. C’est précisément le rôle des périphrases verbales : plusieurs mots forment ensemble le noyau verbal et ajoutent une valeur de commencement, de fin, de répétition, de probabilité ou d’aboutissement.

Dans ces constructions, l’infinitif (la forme non conjuguée telle que llamar, comer ou salir) nomme l’action. Le premier verbe, parfois appelé auxiliaire (le verbe qui porte ici la personne, le temps et le mode), précise la manière dont cette action est envisagée. Une préposition, a ou de, relie souvent les deux. On ne peut pas la choisir librement : on dit volver a hacer mais dejar de hacer.

Au niveau C1, l’enjeu est moins de mémoriser une formule que de maîtriser les contrastes. Le français offre des correspondances utiles — « venir de », « se mettre à », « finir par » — sans permettre un calque systématique. Le français « devoir », notamment, peut exprimer aussi bien l’obligation que la supposition ; l’espagnol dispose d’une distinction soignée entre deber et deber de, même si l’usage réel est plus souple.

Fonctionnement

La charpente commune

Construction Valeur principale Équivalent français fréquent
volver a + infinitivo répétition, reprise refaire, de nouveau
dejar de + infinitivo interruption, cessation arrêter de, cesser de
acabar de + infinitivo passé tout récent venir de
ponerse a + infinitivo entrée dans l’action, souvent soudaine se mettre à
deber de + infinitivo supposition, probabilité devoir, probablement
llegar a + infinitivo aboutissement, limite atteinte parvenir à, aller jusqu’à

Seul le premier verbe varie : vuelvo a leer, volvía a leer, volveremos a leer. Après la préposition, leer reste à l’infinitif. Le sujet est normalement commun aux deux verbes : dans Marta dejó de conducir, c’est Marta qui a cessé et qui conduisait.

La négation se place généralement devant le groupe : No volvió a escribir (« Il/Elle n’a plus écrit » ou « n’a pas écrit de nouveau », selon le contexte), No debe de saberlo (« Il/Elle ne doit probablement pas le savoir »). Sa portée exacte dépend toutefois de la périphrase et du contexte ; une phrase négative ne se réduit donc pas toujours à l’opposé mécanique de la phrase affirmative.

Volver a + infinitif : répéter ou reprendre

Volver a signale qu’une action se produit une nouvelle fois : Volvieron a abrir el museo signifie que le musée a rouvert. Le français emploie tantôt « de nouveau », tantôt un verbe préfixé par re- : « relire », « refaire », « rouvrir ». En espagnol, volver a leer, volver a hacer et volver a abrir constituent une solution très productive et naturelle.

La construction peut aussi évoquer le retour à une situation antérieure : Después de la operación, volvió a caminar ne décrit pas seulement une deuxième promenade ; la personne a retrouvé la capacité de marcher. À l’impératif négatif, No vuelvas a hacerlo prend facilement le sens de « Ne refais jamais ça » ou « Ne recommence pas ».

Dejar de + infinitif : interrompre ou cesser

Dans dejar de trabajar, dejar ne signifie pas « laisser » mais marque la fin de l’activité. L’arrêt peut être ponctuel (Dejó de hablar al verme) ou durable (Dejó de fumar hace diez años). Le contexte indique s’il s’agit d’une interruption ou d’un abandon définitif.

La négation produit une nuance importante : No dejó de sonreír signifie « Il/Elle n’a pas cessé de sourire », donc « a continué à sourire ». Dans un registre plus soutenu, no dejar de + infinitif peut aussi servir à insister sur une recommandation : No deje de visitar el museo signifie « Ne manquez pas de visiter le musée ».

Acabar de + infinitif : situer le passé récent

Au présent, acabar de correspond très directement au français « venir de » : Acabo de enviar el documento signifie « Je viens d’envoyer le document ». À l’imparfait, le point de référence se déplace dans le passé : Acabábamos de sentarnos cuando sonó el teléfono signifie « Nous venions de nous asseoir lorsque le téléphone a sonné ».

Le temps choisi est décisif. Avec le présent et l’imparfait, la lecture de passé récent est la plus nette. Au passé simple, acabó de leer la novela est normalement compris comme « il/elle a fini de lire le roman » : acabar retrouve alors son sens d’achèvement. Pour exprimer « finir par » après une attente, une résistance ou plusieurs étapes, on emploie plutôt acabar por + infinitif ou terminar + gérondif : Acabó por admitirlo ; Terminó admitiéndolo.

Ponerse a + infinitif : entrer dans l’action

Ponerse a présente le moment où l’action démarre, souvent comme un changement soudain ou perceptible : Al ver la factura, se puso a protestar. La construction est pronominale : me pongo, te pones, se pone, nos ponemos, os ponéis, se ponen. Le pronom fait donc partie de sa formation.

Par rapport à empezar a ou comenzar a, ponerse a est souvent plus vivant et plus narratif. Empezó a estudiar medicina peut annoncer sobrement le début d’un cursus ; Se puso a estudiar a medianoche fait voir le moment où la personne s’est mise au travail. Cette tendance n’est pas une opposition absolue. On rencontre aussi l’expression impersonnelle très courante ponerse a llover : « se mettre à pleuvoir ».

Deber de + infinitif : formuler une hypothèse

Deber de présente une conclusion jugée probable à partir d’indices : Las luces están apagadas; deben de estar durmiendo. La personne qui parle ne constate pas le sommeil et ne donne aucun ordre ; elle fait une déduction.

Pour une expression soignée, le contraste suivant reste très utile :

Forme Interprétation privilégiée Exemple Sens
deber + infinitivo obligation Debes entregar la solicitud hoy. Tu dois remettre la demande aujourd’hui.
deber de + infinitivo probabilité Debe de tener unos cuarenta años. Il/Elle doit avoir environ quarante ans.

Dans l’usage actuel, deber + infinitif sans de sert aussi très souvent à exprimer une probabilité, et cet emploi est admis : Debe estar en casa. En revanche, employer deber de pour imposer une obligation reste déconseillé dans la norme soignée. C’est le contexte, plus que la seule préposition, qui lève parfois l’ambiguïté.

Pour une supposition portant sur un événement antérieur, on combine la périphrase avec l’infinitif composé haber + participe passé (forme comme haber salido, « être sorti ») : Deben de haber perdido el tren.

Llegar a + infinitif : atteindre un résultat ou une limite

Llegar a met en relief le chemin qui mène au résultat, la difficulté vaincue ou le caractère remarquable de ce résultat : Con práctica, llegó a tocar de oído. La traduction varie : « parvenir à », « réussir à », « en arriver à » ou « aller jusqu’à ».

Cette construction ne garantit pas toujours un succès volontaire. Dans La temperatura llegó a superar los cuarenta grados, elle indique une limite atteinte. Dans Llegó a insultar a sus colegas, elle souligne un degré extrême : la personne est même allée jusqu’à insulter ses collègues. Avec la négation, No llego a entender su decisión signifie souvent « Je n’arrive pas tout à fait à comprendre sa décision », avec l’idée d’un seuil qui n’est pas atteint.

Exemples en contexte

Espagnol Français Nuance
Volvió a llamar media hora después. Il a rappelé une demi-heure plus tard. L’appel se répète.
Tras varios meses de rehabilitación, volvió a caminar. Après plusieurs mois de rééducation, elle s’est remise à marcher. Retour à une capacité antérieure.
Desde enero dejé de ir en coche al trabajo. Depuis janvier, j’ai cessé d’aller au travail en voiture. Abandon d’une habitude.
Aunque estaba nerviosa, no dejó de sonreír. Même si elle était nerveuse, elle n’a pas cessé de sourire. La négation exprime la continuité.
Acabamos de llegar; danos cinco minutos. Nous venons d’arriver ; donne-nous cinq minutes. Passé récent par rapport au présent.
Yo acababa de apagar la luz cuando oí un ruido. Je venais d’éteindre la lumière quand j’ai entendu un bruit. Passé récent vu depuis un moment passé.
En cuanto mencionaron el viaje, se pusieron a hacer planes. Dès qu’on a évoqué le voyage, ils se sont mis à faire des projets. Début immédiat d’une activité.
De pronto se puso a llover con fuerza. Tout à coup, il s’est mis à pleuvoir fort. Tournure impersonnelle.
No responde a los mensajes; debe de estar ocupado. Il ne répond pas aux messages ; il doit être occupé. Déduction fondée sur un indice.
Deben de haber tomado otro camino. Ils ont dû prendre un autre chemin. Hypothèse sur un fait passé.
Después de muchos intentos, llegó a resolver el problema. Après de nombreuses tentatives, elle est parvenue à résoudre le problème. Aboutissement après effort.
La reunión llegó a durar más de cinco horas. La réunion a fini par durer plus de cinq heures. Durée présentée comme exceptionnelle.
Nunca llegó a saber quién había enviado la carta. Il n’a jamais réussi à savoir qui avait envoyé la lettre. Résultat finalement non atteint.

Erreurs courantes

Conjuguer aussi le second verbe

  • Incorrect : Volvemos a intentamos mañana.
  • Correct : Volvemos a intentarlo mañana.
  • Pourquoi : volvemos porte déjà la personne et le temps. Après a, le verbe reste à l’infinitif : intentar.

Traduire la préposition française

  • Incorrect : Dejó a fumar.
  • Correct : Dejó de fumar.
  • Pourquoi : chaque périphrase possède son lien fixe. Le français « arrêter de » aide ici, mais il ne faut pas en déduire une règle générale : on dit ponerse a et volver a, mais acabar de et dejar de.

Oublier le pronom de ponerse

  • Incorrect : Cuando oyó la noticia, puso a llorar.
  • Correct : Cuando oyó la noticia, se puso a llorar.
  • Pourquoi : la périphrase de commencement se construit avec le verbe pronominal ponerse. Sans se, la phrase change de structure ou devient incomplète.

Employer acabar de pour tout « finir par »

  • Incorrect : Después de discutir durante horas, acabaron de aceptar el acuerdo.
  • Correct : Después de discutir durante horas, acabaron por aceptar el acuerdo.
  • Pourquoi : un résultat obtenu au terme d’un processus se rend ici par acabar por. Acaban de aceptar voudrait dire « ils viennent d’accepter ».

Imposer une obligation avec deber de

  • À éviter dans une langue soignée : Los candidatos deben de presentar el pasaporte si le règlement l’exige.
  • Préférable : Los candidatos deben presentar el pasaporte.
  • Pourquoi : sans de, deber exprime clairement l’obligation. Avec de, la lecture attendue est une supposition.

Réduire llegar a au français « arriver à »

  • Interprétation maladroite : traduire Llegó a insultarme par « Il est arrivé à m’insulter ».
  • Traduction naturelle : « Il est même allé jusqu’à m’insulter. »
  • Pourquoi : llegar a peut marquer un degré extrême, pas seulement la réussite d’une tâche difficile.

Notes d’usage

Volver a, dejar de, acabar de et ponerse a appartiennent aussi bien à la conversation courante qu’à l’écrit. Llegar a est particulièrement utile dans un récit, un bilan ou une argumentation, car il permet de mettre un résultat en relief. Deber de apparaît dans tous les registres, mais la distinction entre supposition et obligation se remarque davantage dans un texte surveillé.

Les pronoms compléments peuvent souvent remonter devant le verbe conjugué ou s’attacher à l’infinitif. Un pronom complément remplace ici la personne ou la chose concernée par l’action : Lo vuelvo a explicar / Vuelvo a explicarlo ; Te acabo de llamar / Acabo de llamarte. Les deux positions sont correctes avec ces constructions. Quand ponerse possède déjà son pronom propre, on dira naturellement Se puso a leerlo : se appartient à ponerse, tandis que lo complète leer.

Il faut enfin distinguer une véritable périphrase d’une simple suite de deux verbes. Dans Volvió a Madrid para estudiar, volver garde son sens concret de déplacement et estudiar dépend de para : « Il/Elle est retourné(e) à Madrid pour étudier. » Dans Volvió a estudiar español, aucun retour physique n’est exprimé ; l’ensemble signifie que l’étude a repris. Le sens global et le lien entre les verbes sont donc plus fiables qu’un repérage fondé uniquement sur leur proximité.

Pour aller plus loin

Les six constructions forment un petit système de l’aspect verbal (la façon de présenter le déroulement d’une action). On peut ordonner un même procès — c’est-à-dire l’action ou la situation exprimée par le verbe — selon ses phases : ponerse a trabajar en ouvre le début, dejar de trabajar en marque l’interruption, et volver a trabajar en annonce la reprise. Ce classement par valeur est plus efficace que l’apprentissage d’une traduction isolée.

Certaines formes prennent en contexte un sens idiomatique. No acabo de entender ne signifie généralement pas « je ne viens pas de comprendre », mais « je n’arrive pas tout à fait à comprendre ». De même, no dejar de peut devenir une recommandation insistante : No dejes de avisarme signifie « Surtout, n’oublie pas de me prévenir ». La négation agit alors sur l’ensemble de la construction et produit une valeur pragmatique, c’est-à-dire un effet lié à l’intention du locuteur.

Les périphrases avec gérondif complètent ce système. Le gérondif espagnol (forme en -ando ou -iendo, comme hablando ou viviendo) permet notamment d’exprimer la continuité avec seguir trabajando, la durée accumulée avec llevar dos años trabajando et la progression avec ir mejorando. Il ne faut donc pas choisir entre infinitif et gérondif au hasard : ponerse a estudiar attire l’attention sur le commencement, tandis que seguir estudiando montre que l’étude continue.

Enfin, comparez llegar a à des constructions voisines. Pudo abrir la puerta indique qu’une possibilité s’est réalisée ; logró abrir la puerta insiste clairement sur la réussite ; llegó a abrir la puerta présente l’ouverture comme l’aboutissement ou comme un fait notable. La frontière dépend du contexte, mais ce choix permet à un locuteur avancé d’orienter le récit plutôt que de seulement rapporter le résultat.

Conseils de pratique

  1. Travaillez par contraste. Partez d’une phrase neutre telle que Ana habló con el director, puis créez volvió a hablar, dejó de hablar, acababa de hablar et llegó a hablar. Expliquez à voix haute ce qui change à chaque fois.
  2. Mémorisez la préposition avec le premier verbe. Notez volver a, ponerse a, llegar a d’un côté, puis dejar de, acabar de, deber de de l’autre. Ajoutez toujours un infinitif complet plutôt qu’un mot isolé.
  3. Repérez l’indice contextuel. À l’écoute, cherchez ce qui justifie la périphrase : une action antérieure pour volver a, une rupture pour dejar de, un indice pour deber de, un effort ou une limite pour llegar a. Cette habitude aide à choisir selon le sens, non selon une traduction automatique.

Concepts associés

  • Prérequis : Les usages du gérondif — pour relier ces périphrases avec infinitif aux constructions de continuité, de durée et de progression formées avec le gérondif.

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Les usages du gérondif en espagnolB1

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