B2

Le plus-que-parfait du subjonctif en espagnol

Pluscuamperfecto de Subjuntivo

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de espagnol sur Settemila Lingue.

En bref

Le pluscuamperfecto de subjuntivo se forme avec hubiera ou hubiese conjugué selon la personne, suivi du participe passé : hubieras venido, hubiese salido. Il présente une action comme déjà accomplie avant un autre repère passé, dans un contexte qui exige le subjonctif : regret, hypothèse irréelle, doute, jugement ou comparaison avec como si.

Vue d’ensemble

Le plus-que-parfait du subjonctif est un temps composé du subjonctif (le mode qui présente notamment un fait comme souhaité, envisagé, mis en doute ou dépendant d’un jugement). Il sert à regarder en arrière depuis un repère lui-même passé. Dans Dudaba que Ana hubiera llegado, le doute appartient au passé et l’arrivée supposée lui est antérieure.

Ce temps apparaît couramment dès le niveau B2, surtout dans les hypothèses contraires aux faits : Si hubiera tenido tiempo, habría ido contigo (« Si j’avais eu le temps, je serais allé avec toi »). Il est également indispensable pour parler d’un regret, d’un souhait non réalisé ou d’une réaction à un événement antérieur.

Pour un francophone, le nom peut être trompeur. Le plus-que-parfait du subjonctif français (que j’eusse parlé) est aujourd’hui littéraire et rare. Son homologue espagnol, lui, est tout à fait vivant, aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Selon le contexte, on le traduit donc souvent par un plus-que-parfait de l’indicatif français : No creía que hubieran salido devient naturellement « Je ne croyais pas qu’ils étaient partis ».

Comment le former et l’employer

La formule

La construction comporte deux éléments :

imparfait du subjonctif de haber + participe passé

Le participe passé est la forme verbale employée dans les temps composés : hablado, comido, vivido, mais aussi hecho, visto ou escrito. Seul haber varie selon la personne. Le participe reste invariable : on dit ellas hubieran llegado, jamais ellas hubieran llegadas.

L’espagnol possède deux séries de formes, en -ra et en -se. Elles ont ici le même sens grammatical.

Personne Série en -ra Série en -se Exemple avec salir
yo hubiera hubiese hubiera / hubiese salido
tú hubieras hubieses hubieras / hubieses salido
él, ella, usted hubiera hubiese hubiera / hubiese salido
nosotros, nosotras hubiéramos hubiésemos hubiéramos / hubiésemos salido
vosotros, vosotras hubierais hubieseis hubierais / hubieseis salido
ellos, ellas, ustedes hubieran hubiesen hubieran / hubiesen salido

Attention aux accents écrits de hubiéramos et hubiésemos. Toutes les autres formes du tableau s’écrivent sans accent graphique.

Former le participe passé

Pour les verbes réguliers, on remplace la terminaison de l’infinitif :

Infinitif Formation Participe
hablar radical + -ado hablado
comer radical + -ido comido
vivir radical + -ido vivido

Parmi les participes irréguliers fréquents, retenez abierto (ouvert), dicho (dit), escrito (écrit), hecho (fait), muerto (mort), puesto (mis), roto (cassé), visto (vu) et vuelto (revenu). Ils ne changent pas dans ce temps : hubiésemos hecho, hubieran vuelto.

Les pronoms compléments et la négation se placent avant l’auxiliaire : no lo hubiera dicho (« je ne l’aurais pas dit »), se lo hubieses explicado (« tu le lui avais expliqué », dans un contexte au subjonctif). Rien ne s’insère normalement entre haber et le participe.

Choisir ce temps : mode et antériorité

Deux décisions se combinent :

  1. Le contexte impose ou appelle le subjonctif : souhait, doute, émotion, jugement, but non atteint, hypothèse, etc.
  2. L’action de la proposition dépendante est antérieure au repère passé, c’est-à-dire qu’elle s’est produite — ou aurait dû se produire — avant lui.

Comparez :

Espagnol Français Repère temporel
Dudo que haya llegado. Je doute qu’il soit arrivé. Doute actuel sur un fait antérieur : passé du subjonctif.
Dudaba que hubiera llegado. Je doutais qu’il soit arrivé. Doute passé sur un fait encore antérieur : plus-que-parfait du subjonctif.
Dudaba que llegara a tiempo. Je doutais qu’il arrive à temps. L’arrivée était simultanée ou postérieure au doute : imparfait du subjonctif.

Ce n’est donc pas le caractère « très ancien » d’un événement qui suffit. Le choix dépend de sa relation avec un autre repère et du cadre qui commande le subjonctif.

Les principaux contextes

Un souhait ou un regret concernant le passé

Avec ojalá, le plus-que-parfait présente habituellement un souhait désormais irréalisable : Ojalá hubieras venido (« Si seulement tu étais venu »). Le locuteur sait généralement que la personne n’est pas venue.

D’autres tournures de souhait fonctionnent de la même manière : Me habría gustado que te hubieras quedado (« J’aurais aimé que tu restes »).

Une condition irréelle dans le passé

Dans une hypothèse contraire aux faits, la proposition introduite par si prend le plus-que-parfait du subjonctif. La conséquence prend normalement le conditionnel passé :

Si + hubiera/hubiese + participe, habría + participe

Si hubiéramos reservado antes, habríamos pagado menos. La réalité sous-entendue est que nous n’avons pas réservé assez tôt et que nous avons payé davantage.

Une réaction, un doute ou un jugement passé

Après une expression qui appelle le subjonctif, ce temps marque qu’un événement était déjà accompli : Me sorprendió que no me hubieras avisado (« J’ai été surpris que tu ne m’aies pas prévenu »). Le subjonctif ne signifie pas nécessairement que l’événement est faux : dans cet exemple, l’absence d’avertissement est présentée comme un fait, mais elle fait l’objet d’une réaction.

Une comparaison avec como si

Après como si (« comme si »), l’espagnol emploie l’imparfait ou le plus-que-parfait du subjonctif. Le temps composé indique une situation antérieure : Habla como si nunca hubiera pasado nada (« Il parle comme si rien ne s’était jamais passé »).

Exemples en contexte

Espagnol Français Point à observer
Ojalá hubieras venido a la cena. Si seulement tu étais venu au dîner. Regret concernant un événement passé.
Si hubiera tenido tiempo, habría terminado el informe. Si j’avais eu le temps, j’aurais terminé le rapport. Condition irréelle et conséquence au conditionnel passé.
Como si nunca hubiera pasado. Comme si cela ne s’était jamais produit. Comparaison avec como si.
Dudaba que Marta hubiera llegado ya. Je doutais que Marta soit déjà arrivée. Doute passé sur une arrivée antérieure.
Me alegró que hubierais podido venir. J’ai été heureux que vous ayez pu venir. Réaction à un fait accompli ; forme de vosotros.
No creíamos que hubiesen vendido la casa. Nous ne pensions pas qu’ils avaient vendu la maison. Opinion négative dans le passé.
Buscaban a alguien que hubiera trabajado en Chile. Ils cherchaient quelqu’un qui ait travaillé au Chili. Antécédent non identifié avec une expérience préalable.
Era imposible que lo hubiéramos sabido antes. Il était impossible que nous l’ayons su plus tôt. Jugement d’impossibilité.
Cuando llegué, esperaba que ya hubieras preparado todo. À mon arrivée, j’espérais que tu avais déjà tout préparé. Résultat espéré comme déjà accompli à un repère passé.
Negó que le hubiesen ofrecido dinero. Il a nié qu’on lui ait offert de l’argent. Négation d’un fait supposé antérieur.
Habría preferido que me lo hubieras dicho tú. J’aurais préféré que tu me le dises toi-même. Préférence non satisfaite.
Sin que nadie se hubiera dado cuenta, salió del edificio. Sans que personne s’en soit rendu compte, elle est sortie du bâtiment. Action antérieure dans une proposition introduite par sin que.
Si hubieses seguido el mapa, no te habrías perdido. Si tu avais suivi la carte, tu ne te serais pas perdu. Variante en -se et verbe pronominal.
Parecía como si todos se hubieran olvidado de la cita. On aurait dit que tout le monde avait oublié le rendez-vous. Impression irréelle ou distanciée.

Erreurs fréquentes

Mettre le conditionnel après si

  • Incorrect : Si habría tenido tiempo, habría ido.
  • Correct : Si hubiera tenido tiempo, habría ido.
  • Pourquoi : dans une condition irréelle passée, la proposition en si prend le plus-que-parfait du subjonctif, non le conditionnel. Le conditionnel passé appartient normalement à la conséquence.

Employer l’indicatif après ojalá pour un regret

  • Incorrect : Ojalá habías venido.
  • Correct : Ojalá hubieras venido.
  • Pourquoi : ojalá introduit un souhait et appelle le subjonctif. Pour un souhait passé non réalisé, on emploie le plus-que-parfait.

Accorder le participe avec le sujet

  • Incorrect : Ellas hubieran llegadas antes.
  • Correct : Ellas hubieran llegado antes.
  • Pourquoi : avec haber, le participe passé reste invariable, quel que soit le genre ou le nombre du sujet.

Conjuguer le participe au lieu de l’auxiliaire

  • Incorrect : Nosotros hubiera salimos antes.
  • Correct : Nosotros hubiéramos salido antes.
  • Pourquoi : seul haber porte la personne. Le verbe principal prend la forme unique du participe passé.

Confondre antériorité et simultanéité

  • Peu logique dans le sens visé : Dudaba que hubiera llegado mañana.
  • Correct : Dudaba que llegara al día siguiente.
  • Pourquoi : une arrivée située après le doute demande normalement l’imparfait du subjonctif. Le plus-que-parfait sert à une action déjà accomplie avant le repère.

Calquer le français littéraire

  • Réflexe trompeur : éviter hubiera/hubiese parce que « que j’eusse parlé » paraît vieilli.
  • Usage naturel : No sabía que hubieras estudiado español.
  • Pourquoi : contrairement à la forme française, le temps espagnol est courant. Il ne donne pas, à lui seul, une couleur littéraire.

Remarques d’usage

Les séries en -ra et en -se sont toutes deux correctes dans l’ensemble du monde hispanophone. La série en -ra est généralement plus fréquente dans l’usage contemporain. Celle en -se peut sembler plus soutenue ou simplement moins habituelle selon les régions et les locuteurs, mais elle n’est ni archaïque ni porteuse d’un autre sens. On peut rencontrer les deux dans une même œuvre ; pour parler avec aisance, il suffit souvent de produire spontanément la série en -ra tout en reconnaissant parfaitement l’autre.

Le sujet est souvent omis, puisque la terminaison de haber renseigne déjà sur la personne : Si hubiéramos sabido... se comprend comme « Si nous avions su… ». Il reste exprimé lorsqu’il faut lever une ambiguïté ou créer un contraste : Si tú me hubieras avisado, yo habría venido.

La traduction française varie. Après un verbe de doute ou d’opinion au passé, le français courant choisit souvent l’indicatif : No pensaba que hubieran cerrado → « Je ne pensais pas qu’ils avaient fermé ». Après une émotion, il peut employer le passé du subjonctif : Me alegró que hubieras venido → « J’ai été heureux que tu sois venu ». Il faut donc partir de la structure espagnole, et non chercher systématiquement un temps français portant le même nom.

Pour aller plus loin

Conditions mixtes

Une condition passée peut avoir une conséquence encore visible dans le présent :

Si hubiera aceptado aquel trabajo, ahora viviría en Bogotá.
« Si j’avais accepté ce travail, je vivrais maintenant à Bogotá. »

La proposition en si reste au plus-que-parfait du subjonctif, car la décision appartient au passé. La conséquence est au conditionnel présent, car son résultat concerne la situation actuelle.

Le plus-que-parfait dans la conséquence

Dans l’usage, surtout avec la série en -ra, on rencontre hubiera à la place de habría dans la conséquence : Si lo hubiera sabido, no hubiera venido. Cette construction est répandue et admise dans de nombreux contextes. Pour une structure claire et neutre, notamment dans un écrit soigné ou lors d’un examen, le modèle le plus sûr reste : Si lo hubiera sabido, no habría venido. En revanche, après si, on n’emploie pas habría dans ce type de condition.

Une proposition relative sans antécédent certain

Le temps peut décrire une expérience antérieure exigée chez une personne que l’on ne sait pas identifier : Necesitábamos a alguien que hubiera usado ese programa. Le pronom relatif que relie ici alguien à la précision qui suit. Le subjonctif signale que cette personne n’est pas présentée comme connue ou certaine ; le plus-que-parfait place l’expérience avant le besoin exprimé dans le passé.

Fait réel et subjonctif

Le subjonctif ne veut pas toujours dire « irréel ». Dans Lamentó que sus amigos se hubieran marchado, le départ des amis peut être parfaitement réel. Le choix du mode vient de lamentó, qui exprime une réaction affective ; le choix du temps vient du fait que les amis étaient déjà partis au moment du regret. Cette séparation entre mode et temps aide à éviter bien des erreurs.

Conseils pour s’entraîner

  1. Transformez une chronologie en phrase. Notez deux faits, par exemple « départ à 18 h » puis « surprise à 20 h », et reliez-les : Me sorprendió que se hubieran ido a las seis. Cette méthode rend l’antériorité visible.
  2. Travaillez les conditions par paires. Écrivez d’abord le fait réel (No reservamos; pagamos más), puis l’hypothèse contraire : Si hubiéramos reservado, habríamos pagado menos. Vous associerez ainsi la forme au sens plutôt qu’à une simple formule.
  3. Alternez les deux séries à la reconnaissance. Produisez surtout hubiera si cette forme vous vient plus facilement, mais relisez chaque exemple avec hubiese. Ajoutez quelques participes irréguliers : hubiera hecho, hubiesen dicho, hubiéramos vuelto.

Notions associées

  • Prérequis : Imparfait du subjonctif — les formes hubiera et hubiese sont précisément l’imparfait du subjonctif de haber.
  • À consolider ensuite : les phrases conditionnelles irréelles et la concordance des temps — elles permettent de combiner ce temps avec le conditionnel et avec différents repères passés ou présents.

Prérequis

Le subjonctif imparfait en espagnolB2

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