Les phrases complexes en vietnamien
Câu Phức
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de vietnamien sur Settemila Lingue.
En bref
Le vietnamien relie souvent deux propositions au moyen de connecteurs en paire : vì...nên pour la cause et la conséquence, nếu...thì pour la condition, tuy...nhưng pour la concession et chẳng những...mà còn pour une addition renforcée. Contrairement au français, les deux éléments de la paire peuvent coexister naturellement : Vì trời mưa nên tôi ở nhà signifie « Comme il pleut, je reste chez moi » ou « Il pleut, donc je reste chez moi ».
Vue d’ensemble
Une phrase complexe contient plusieurs propositions, c’est-à-dire plusieurs groupes de mots organisés autour d’un prédicat et exprimant chacun une idée. Dans Nếu bạn rảnh thì chúng ta đi cà phê, la première proposition pose la condition « si tu es libre » et la seconde en donne le résultat « nous irons prendre un café ». Les connecteurs indiquent clairement le rapport logique entre ces deux idées.
Au niveau B2, l’enjeu n’est plus seulement de reconnaître vì, nếu ou nhưng. Il faut savoir construire des phrases équilibrées, choisir les éléments que l’on peut omettre et enchaîner plusieurs relations sans rendre le propos ambigu. Le vietnamien ne conjugue pas ses verbes comme le français : le temps et l’hypothèse se comprennent grâce au contexte, à des marqueurs comme đã (accompli/passé) et sẽ (futur), ainsi qu’au type de connecteur employé.
Pour un francophone, la principale différence tient aux paires corrélatives. En français soigné, on évite généralement de cumuler « parce que » et « donc », ou « bien que » et « mais », dans une même structure. En vietnamien, vì...nên et tuy...nhưng sont au contraire des constructions courantes et cohérentes. Il ne faut donc pas supprimer automatiquement le second connecteur sous l’influence du français.
Fonctionnement
Les quatre schémas essentiels
| Relation | Schéma vietnamien | Rôle de la première proposition | Rôle de la seconde proposition |
|---|---|---|---|
| Cause → conséquence | Vì A nên B | donne la cause | présente le résultat |
| Condition → résultat | Nếu A thì B | pose une condition | indique ce qui en découle |
| Concession → contraste | Tuy A nhưng B | admet un fait | apporte un résultat contraire à l’attente |
| Addition renforcée | Chẳng những A mà còn B | présente un premier élément remarquable | ajoute un second élément, souvent plus fort |
A et B peuvent être des propositions complètes :
- Vì trời mưa nên tôi đến muộn : « Comme il pleuvait, je suis arrivé en retard. »
- Nếu bạn đồng ý thì chúng ta bắt đầu : « Si tu es d’accord, nous commençons. »
Ils peuvent aussi partager le même sujet. Le vietnamien omet alors volontiers ce qui est déjà évident :
- Tuy nghèo nhưng sống vui. — « Bien que pauvre, on vit heureux. » Le sujet est compris grâce au contexte.
- Cô ấy chẳng những đẹp mà còn thông minh. — « Elle est non seulement belle, mais aussi intelligente. » Le sujet cô ấy vaut pour les deux qualités.
Vì...nên : relier la cause à sa conséquence
Le schéma de base est :
Vì + cause + nên + conséquence
Vì xe bị hỏng nên chúng tôi phải đi bộ. — « Comme la voiture est tombée en panne, nous avons dû marcher. »
Vì introduit la raison ; nên annonce ce qui en résulte. Selon l’organisation du discours, un seul des deux peut suffire :
- Tôi ở nhà vì tôi bị ốm. — « Je reste chez moi parce que je suis malade. »
- Tôi bị ốm nên tôi ở nhà. — « Je suis malade, donc je reste chez moi. »
La paire complète met en relief le lien logique. Elle n’est pas une faute de redondance. Bởi vì peut remplacer vì et rend souvent la cause un peu plus explicite : Bởi vì đường đông nên chúng tôi đến muộn. Dans un texte plus formel, do...nên sert aussi à présenter une cause : Do thời tiết xấu nên chuyến bay bị hoãn.
Nếu...thì : poser une condition
Le schéma de base est :
Nếu + condition + thì + résultat
Nếu mai trời đẹp thì chúng ta sẽ đi biển. — « S’il fait beau demain, nous irons à la mer. »
Thì marque la transition vers le résultat. Dans une phrase courte ou très prévisible, il est fréquemment omis : Nếu mệt, bạn nên nghỉ. — « Si tu es fatigué, tu devrais te reposer. » Dans la conversation, on peut aussi ne garder que la condition lorsqu’elle sert d’avertissement ou de suggestion : Nếu không kịp... — « Si on n’arrive pas à temps… »
Les verbes ne changent pas de forme pour distinguer une condition réelle d’une hypothèse irréelle. Ce sont les marqueurs et le contexte qui font la différence :
| Valeur | Exemple vietnamien | Interprétation française |
|---|---|---|
| possibilité future | Nếu có thời gian, tôi sẽ gọi cho bạn. | Si j’ai le temps, je t’appellerai. |
| hypothèse présente | Nếu tôi là bạn, tôi sẽ từ chối. | Si j’étais à ta place, je refuserais. |
| regret passé | Nếu biết trước, tôi đã không đi. | Si j’avais su, je ne serais pas parti. |
Dans la dernière phrase, đã contribue à situer la conséquence dans un passé irréalisable. Le conditionnel français n’a donc pas un suffixe verbal vietnamien qui lui corresponde mot pour mot.
Tuy...nhưng : admettre un fait avant de le contraster
Le schéma de base est :
Tuy + fait admis + nhưng + résultat inattendu
Tuy trời lạnh nhưng họ vẫn đi bơi. — « Bien qu’il fasse froid, ils vont quand même nager. »
La première proposition crée une attente ; la seconde la dément. Vẫn (« quand même », « toujours ») apparaît souvent dans la seconde proposition pour renforcer cette idée : tuy...nhưng vẫn...
Mặc dù...nhưng est une variante très courante : Mặc dù bận nhưng anh ấy vẫn đến. — « Bien qu’il soit occupé, il est quand même venu. » Avec dù/cho dù, on insiste volontiers sur l’idée de « même si » : Dù khó, tôi vẫn sẽ thử. — « Même si c’est difficile, j’essaierai quand même. »
Le français pousse parfois à choisir soit « bien que », soit « mais ». En vietnamien, garder tuy et nhưng rend les deux parties du raisonnement particulièrement nettes.
Chẳng những...mà còn : ajouter un élément plus fort
Le schéma de base est :
Chẳng những + élément A + mà còn + élément B
Chẳng những cô ấy nói tiếng Việt giỏi mà còn viết rất hay. — « Non seulement elle parle bien vietnamien, mais en plus elle écrit très bien. »
Không những...mà còn a le même fonctionnement et est aujourd’hui extrêmement courant. Chẳng những peut paraître plus appuyé selon le contexte. Còn renforce l’idée d’ajout ; on rencontre parfois mà seul, mais la paire complète mà còn est le modèle le plus sûr pour l’apprenant.
Les éléments mis en parallèle doivent avoir une structure comparable : deux adjectifs, deux verbes, deux groupes nominaux ou deux propositions. Un groupe nominal est simplement un nom accompagné, si nécessaire, de ses précisions.
- deux adjectifs : Món này không những ngon mà còn rẻ. — « Ce plat est non seulement bon, mais aussi bon marché. »
- deux actions : Anh ấy chẳng những xin lỗi mà còn sửa lỗi. — « Non seulement il s’est excusé, mais il a aussi corrigé son erreur. »
- deux propositions : Không những cô ấy đến đúng giờ mà cô ấy còn chuẩn bị mọi thứ. — « Non seulement elle est arrivée à l’heure, mais elle avait aussi tout préparé. »
Lorsque les sujets diffèrent, còn se place naturellement après le sujet de la seconde proposition : Không những Nam biết chuyện mà Lan còn biết nữa. — « Non seulement Nam est au courant, mais Lan l’est aussi. »
Ordre des propositions et ponctuation
La proposition introduite par vì, nếu ou tuy précède souvent la proposition principale, ce qui permet d’annoncer immédiatement la relation logique. Une virgule peut séparer les deux parties, surtout si la première est longue. Dans une phrase courte, elle est souvent absente : Nếu rảnh thì gọi tôi.
Avec vì, l’ordre peut changer quand seule la cause est exprimée par le connecteur : Tôi về sớm vì tôi mệt. En revanche, on ne déplace pas librement les moitiés d’une paire comme si elles étaient indépendantes. Pour produire une phrase naturelle, mieux vaut mémoriser chaque construction comme un cadre complet, puis apprendre les omissions fréquentes.
Exemples en contexte
| Vietnamien | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Vì trời mưa nên tôi đến muộn. | Comme il pleuvait, je suis arrivé en retard. | Paire cause–conséquence complète. |
| Vì không đặt bàn trước nên chúng tôi phải chờ. | Comme nous n’avions pas réservé, nous avons dû attendre. | La négation appartient à la cause. |
| Đường đông nên cô ấy đi tàu điện. | La route est encombrée, alors elle prend le métro. | Vì est omis ; nên suffit. |
| Nếu rảnh thì đi chơi nhé. | Si tu es libre, allons faire un tour. | Invitation familière ; le sujet est sous-entendu. |
| Nếu bạn cần giúp đỡ, hãy gọi cho tôi. | Si tu as besoin d’aide, appelle-moi. | Thì est omis devant une consigne claire. |
| Nếu tôi là bạn, tôi sẽ nói thật. | Si j’étais à ta place, je dirais la vérité. | Hypothèse irréelle comprise par le contexte. |
| Tuy nghèo nhưng họ sống vui vẻ. | Bien qu’ils soient pauvres, ils vivent heureux. | Contraste direct avec la paire complète. |
| Tuy đã đọc kỹ nhưng tôi vẫn chưa hiểu. | Bien que j’aie lu attentivement, je n’ai toujours pas compris. | Vẫn chưa souligne que le résultat attendu ne s’est pas produit. |
| Mặc dù rất mệt nhưng anh ấy vẫn tiếp tục làm việc. | Bien qu’il soit très fatigué, il continue quand même à travailler. | Variante avec mặc dù et renforcement par vẫn. |
| Chẳng những đẹp mà còn thông minh. | Cette personne est non seulement belle, mais aussi intelligente. | Le sujet se récupère dans le contexte. |
| Món ăn này không những ngon mà còn dễ làm. | Ce plat est non seulement bon, mais aussi facile à préparer. | Deux qualités parallèles. |
| Không những Minh biết nấu ăn mà anh ấy còn làm bánh rất ngon. | Non seulement Minh sait cuisiner, mais il fait aussi de très bons gâteaux. | Le sujet est repris avant còn. |
| Vì chuyến bay bị hoãn nên nếu đến muộn, tôi sẽ nhắn tin cho bạn. | Comme le vol est retardé, si j’arrive en retard, je t’enverrai un message. | Une relation de cause contient une condition. |
| Tuy kế hoạch đã thay đổi nhưng nếu mọi người đồng ý thì chúng ta vẫn có thể đi. | Bien que le programme ait changé, si tout le monde est d’accord, nous pouvons quand même partir. | Concession et condition imbriquées. |
Erreurs fréquentes
Supprimer systématiquement le second connecteur
- À éviter : Vì trời mưa, tôi ở nhà si l’on veut présenter explicitement les deux pôles de la relation.
- Forme claire : Vì trời mưa nên tôi ở nhà.
- Pourquoi : la première phrase reste possible dans certains contextes, mais vì...nên est une paire vietnamienne naturelle. Le réflexe français qui interdit « parce que… donc » ne s’applique pas tel quel.
Confondre cause et condition
- Incorrect : Vì ngày mai trời mưa thì tôi không đi.
- Correct : Nếu ngày mai trời mưa thì tôi không đi.
- Pourquoi : vì présente une cause tenue pour réelle ; nếu pose une éventualité. Ici, la pluie de demain n’est qu’une condition.
Employer nhưng à la place de nên
- Incorrect : Vì tôi mệt nhưng tôi đi ngủ sớm.
- Correct : Vì tôi mệt nên tôi đi ngủ sớm.
- Pourquoi : se coucher tôt est une conséquence logique de la fatigue. Nhưng annoncerait au contraire un résultat inattendu, par exemple Tuy tôi mệt nhưng tôi vẫn làm việc.
Oublier le parallélisme avec không những...mà còn
- Mal équilibré : Cô ấy không những thông minh mà còn học rất chăm chỉ và sự kiên nhẫn.
- Mieux : Cô ấy không những thông minh mà còn chăm chỉ và kiên nhẫn.
- Pourquoi : la construction est plus claire lorsque A et B ont la même forme grammaticale. Ici, trois adjectifs se répondent.
Placer còn sans tenir compte du second sujet
- Maladroit : Không những Nam biết mà còn Lan cũng biết.
- Naturel : Không những Nam biết mà Lan còn biết nữa.
- Pourquoi : quand le sujet change, le nouveau sujet vient généralement avant còn dans la seconde proposition.
Traduire mécaniquement les temps français
- À éviter : chercher une terminaison spéciale équivalente au conditionnel dans Nếu tôi là bạn, tôi sẽ nghỉ.
- À retenir : Nếu tôi là bạn, tôi sẽ nghỉ. — « Si j’étais à ta place, je me reposerais. »
- Pourquoi : là ne change pas de forme. Nếu, sẽ et la situation suffisent à donner une lecture hypothétique.
Notes d’usage
Dans la conversation, les paires sont souvent allégées lorsque la relation est évidente. Thì disparaît fréquemment après une condition courte, tandis que nên reste utile pour signaler clairement une conséquence. Les sujets, objets et verbes déjà récupérables dans le contexte peuvent aussi être omis. Cette économie est naturelle en vietnamien, mais une phrase d’apprenant devient vite obscure si trop d’éléments disparaissent à la fois.
À l’écrit argumentatif, les paires complètes structurent efficacement le raisonnement. Do...nên convient bien à une cause formulée de manière neutre ou administrative ; bởi vì...nên insiste davantage sur l’explication. Dans un échange spontané, vì...nên est très courant et nullement enfantin.
Tuy...nhưng et mặc dù...nhưng sont tous deux usuels. Vẫn n’est pas obligatoire, mais il rend explicite la persistance malgré l’obstacle. Comparez Tuy mưa nhưng họ đi (« bien qu’il pleuve, ils y vont ») et Tuy mưa nhưng họ vẫn đi (« malgré la pluie, ils y vont quand même »).
Enfin, les adjectifs vietnamiens peuvent fonctionner directement comme prédicats, c’est-à-dire comme le cœur de ce que l’on affirme, sans équivalent obligatoire du verbe « être ». Ainsi, Chẳng những đẹp mà còn thông minh est complet dans un contexte où la personne est connue. Ajouter là devant đẹp ou thông minh par imitation du français serait généralement incorrect.
Pour aller plus loin : emploi avancé
Combiner plusieurs relations logiques
Une phrase B2 ou C1 peut contenir une subordination à l’intérieur d’une autre. Il faut alors hiérarchiser les idées :
Vì tôi biết rằng nếu không chuẩn bị kỹ thì cuộc họp sẽ kéo dài nên tôi đã gửi tài liệu trước. — « Comme je savais que, si nous ne préparions pas soigneusement la réunion, elle durerait longtemps, j’ai envoyé les documents à l’avance. »
La charpente principale est vì [cause] nên [conséquence]. À l’intérieur de la cause se trouve nếu [condition] thì [résultat]. Pour comprendre ou produire une telle phrase, repérez d’abord la paire extérieure, puis la paire intérieure.
Nuancer la concession
Tuy...nhưng présente un fait réel qui aurait pu mener à une autre conclusion. Dù/cho dù...vẫn peut aussi envisager une situation éventuelle :
- Tuy trời mưa nhưng tôi vẫn đi. — Il pleut réellement, mais j’y vais quand même.
- Dù trời có mưa, tôi vẫn đi. — Même s’il devait pleuvoir, j’irai quand même.
La particule có dans la seconde phrase renforce ici la valeur éventuelle ; elle ne correspond pas au verbe français « avoir ».
Mettre en relief la seconde addition
Dans không những...mà còn, la seconde information constitue souvent le sommet de la phrase. L’ordre n’est donc pas toujours interchangeable. Anh ấy không những đến muộn mà còn quên tài liệu progresse de « arriver en retard » vers le problème supplémentaire « oublier les documents ». Inverser les deux faits modifierait la manière dont le locuteur organise son reproche.
On peut prolonger l’addition avec nữa (« en plus », « aussi »), surtout lorsque la seconde partie est brève : Lan không những hát hay mà còn biết sáng tác nữa. — « Non seulement Lan chante bien, mais elle sait aussi composer. » Évitez toutefois d’accumuler còn, cũng et nữa sans raison : un seul renforcement bien placé suffit souvent.
Choisir entre phrase dense et plusieurs phrases courtes
Une phrase complexe n’est pas automatiquement meilleure. À l’oral, deux phrases courtes peuvent être plus naturelles qu’un enchaînement de trois paires. À l’écrit, une construction longue reste lisible si chaque connecteur a une fonction unique et si les propositions sont bien parallèles. Si vous ne pouvez plus dire à quel nên, thì ou nhưng répond le premier connecteur, mieux vaut couper la phrase.
Conseils pratiques
- Travaillez par paires, pas par mots isolés. Écrivez quatre cadres sur une fiche : vì...nên, nếu...thì, tuy...nhưng, không những...mà còn. Complétez chacun avec deux idées de votre vie quotidienne.
- Transformez une même situation. À partir de trời mưa (« il pleut »), créez une cause, une condition et une concession : Vì trời mưa nên..., Nếu trời mưa thì..., Tuy trời mưa nhưng.... Vous apprendrez ainsi à choisir la relation logique plutôt qu’à traduire mot à mot.
- Réduisez progressivement. Commencez par une paire complète et deux sujets explicites. Ensuite, vérifiez ce qu’un locuteur peut omettre sans ambiguïté : Nếu bạn rảnh thì bạn gọi tôi devient naturellement Nếu rảnh thì gọi tôi nhé dans le bon contexte.
Notions connexes
- Prérequis : Les phrases conditionnelles — pour approfondir les conditions réelles, hypothétiques et passées avec nếu et thì.
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