Le subjonctif avancé en roumain
Conjunctivul Avansat
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de roumain sur Settemila Lingue.
En bref
En roumain, le subjonctif se reconnaît surtout à să. À un niveau avancé, il ne sert pas seulement après a vrea « vouloir » ou trebuie « il faut » : il permet aussi de présenter une personne comme recherchée plutôt qu’identifiée (cineva care să mă ajute), d’émettre une réserve sur un fait passé (nu cred să fi terminat) ou de formuler une hypothèse irréelle (să fi știut…).
Vue d’ensemble
Le subjonctif est un mode verbal, c’est-à-dire une manière de présenter l’action : non comme un simple fait constaté, mais comme voulue, envisagée, incertaine ou dépendante d’une autre idée. Le roumain l’appelle conjunctiv. Sa marque la plus visible est la particule să : să vină « qu’il ou elle vienne », să fi venit « qu’il ou elle soit venu(e) ».
Au niveau B1, on apprend surtout les constructions indispensables telles que Vreau să plec « Je veux partir » et E bine să știi « Il est bon de savoir ». Au niveau C1, l’enjeu est différent : il faut choisir entre le subjonctif et l’indicatif selon que l’antécédent est réel ou seulement recherché, manier le subjonctif passé et reconnaître des phrases conditionnelles sans dacă « si ».
Pour un francophone, la présence du subjonctif dans une relative n’est pas entièrement étrangère : le français oppose lui aussi « je cherche quelqu’un qui peut m’aider » et « je cherche quelqu’un qui puisse m’aider ». En revanche, le roumain emploie să + verbe conjugué dans de nombreux cas où le français préfère un infinitif : Vreau să plec se traduit naturellement par « Je veux partir », et non mot à mot par « je veux que je parte ».
Fonctionnement
Les deux formes à maîtriser
Le subjonctif roumain possède, dans l’usage courant, une forme présente et une forme passée. Le participe passé est la forme employée dans un temps composé, comme venit « venu » ou făcut « fait ».
| Valeur | Structure | Exemple | Sens principal |
|---|---|---|---|
| Présent ou action envisagée | să + verbe au subjonctif présent | să vină | qu’il ou elle vienne ; venir |
| Négation au présent | să nu + verbe | să nu vină | qu’il ou elle ne vienne pas ; ne pas venir |
| Action antérieure | să fi + participe passé | să fi venit | qu’il ou elle soit venu(e) ; avoir été là |
| Négation dans le passé | să nu fi + participe passé | să nu fi venit | qu’il ou elle ne soit pas venu(e) |
Au présent, les formes des première et deuxième personnes sont généralement identiques à celles de l’indicatif présent ; la troisième personne a souvent une forme particulière : eu vin → să vin, tu vii → să vii, mais el vine → să vină. Pour le verbe a fi « être », on a să fiu, să fii, să fie, să fim, să fiți, să fie.
Au passé, fi reste identique à toutes les personnes : eu să fi venit, tu să fi venit, ei să fi venit. Le sujet et le contexte indiquent donc de qui il s’agit. Dans Nu cred să fi terminat, la phrase seule ne précise pas si le sujet sous-entendu est « il » ou « elle ».
Le subjonctif à la place de l’infinitif français
Le roumain moderne préfère très souvent une proposition introduite par să là où le français met deux verbes, dont le second à l’infinitif. Cette préférence est particulièrement forte après les verbes de volonté, de souhait, de tentative ou de commencement :
- Vreau să plec. — « Je veux partir. »
- Încerc să înțeleg. — « J’essaie de comprendre. »
- Începem să lucrăm. — « Nous commençons à travailler. »
Même lorsque le sujet reste le même, le second verbe est conjugué : vreau et să plec sont tous deux à la première personne. Lorsque les sujets diffèrent, la même structure s’adapte sans changement : Vreau să pleci « Je veux que tu partes ».
Cela ne signifie pas que l’infinitif roumain a disparu. On le trouve notamment dans des constructions avec a putea : pot veni « je peux venir », ainsi que dans certains styles soutenus, titres ou tournures figées. Cependant, remplacer systématiquement le français par un infinitif donne souvent une phrase non naturelle. Le bon réflexe est d’apprendre chaque verbe avec sa construction.
Dans une proposition relative
Une proposition relative est un groupe introduit ici par care « qui, que, lequel » et qui précise un nom. Ce nom est appelé l’antécédent, autrement dit la personne ou la chose décrite par la relative.
Le choix du mode permet une nuance essentielle :
| Situation | Mode habituel | Exemple | Interprétation |
|---|---|---|---|
| Personne ou chose identifiée, fait constaté | indicatif | Am un coleg care mă ajută. | J’ai un collègue précis, et il m’aide. |
| Personne ou chose recherchée, souhaitée ou non identifiée | subjonctif | Caut un coleg care să mă ajute. | Je cherche un collègue répondant à ce critère. |
| Existence niée ou mise en doute | subjonctif fréquent | Nu există nimeni care să știe tot. | Une telle personne n’existe pas. |
| Sélection extrême : le seul, le meilleur, le premier | subjonctif possible | E singurul care să fi venit. | On le présente comme l’unique personne répondant au constat. |
Le subjonctif ne signifie donc pas à lui seul que la personne n’existe pas. Il la présente d’abord comme le contenu d’une recherche, d’un besoin, d’un jugement ou d’un ensemble de critères. Dans Caut pe cineva care să mă ajute, pe cineva « quelqu’un » n’est pas encore identifié.
Après singurul « le seul » ou un superlatif, l’indicatif reste possible et est souvent le choix neutre pour rapporter un fait : E singurul care a venit « C’est le seul qui est venu ». La version E singurul care să fi venit est plus marquée : elle met en relief l’unicité dans l’ensemble envisagé, souvent avec une nuance d’évaluation, de bilan ou de réserve.
Après une opinion négative ou prudente
Après a crede « croire », une affirmation factuelle prend normalement că + indicatif : Cred că a terminat « Je crois qu’il ou elle a fini ». À la forme négative, le roumain peut employer soit că + indicatif, soit să + subjonctif :
- Nu cred că a terminat. — formulation courante, assertion enchâssée sous la négation ;
- Nu cred să fi terminat. — formulation plus concise et souvent plus soutenue, qui insiste sur le doute quant à l’accomplissement.
La seconde tournure est utile avec des verbes ou expressions de doute, de supposition prudente et de constat négatif. Elle n’est toutefois pas un remplacement automatique de toute proposition en că. Le registre, le verbe introducteur et la nuance voulue comptent.
Dans les hypothèses sans dacă
Le subjonctif peut ouvrir une hypothèse sans la conjonction dacă « si ». La proposition en să fixe la condition ; la proposition principale donne la conséquence.
| Type | Schéma | Exemple | Traduction naturelle |
|---|---|---|---|
| Hypothèse présente | să + présent, conditionnel dans la principale | Să am timp, aș veni. | Si j’avais le temps, je viendrais. |
| Irréel du passé | să fi + participe passé, conséquence irréelle | Să fi știut, n-aș fi plecat. | Si j’avais su, je ne serais pas parti(e). |
| Conséquence passée exprimée à l’imparfait | să fi + participe passé, imparfait dans la principale | Să fi știut, nu plecam. | Si j’avais su, je ne partais pas / je ne serais pas parti(e). |
| Hypothèse concessive | să + présent, souvent tot | Să vină și acum, tot nu-l primesc. | Même s’il vient maintenant, je ne le recevrai quand même pas. |
Dans l’irréel du passé, n-aș fi plecat est la forme explicitement conditionnelle et convient dans tous les registres. Nu plecam, à l’imparfait, est une variante très naturelle, surtout dans le récit et la conversation : le contexte irréel est déjà établi par Să fi știut.
Exemples en contexte
| Roumain | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Vreau să discutăm înainte de ședință. | Je veux que nous discutions avant la réunion. | Deux sujets différents. |
| Încerc să formulez răspunsul mai clar. | J’essaie de formuler la réponse plus clairement. | Même sujet ; infinitif en français. |
| Caut pe cineva care să mă ajute. | Je cherche quelqu’un qui puisse m’aider. | Personne encore non identifiée. |
| Avem deja pe cineva care ne ajută. | Nous avons déjà quelqu’un qui nous aide. | Personne réelle : indicatif. |
| Nu există o soluție care să mulțumească pe toată lumea. | Il n’existe pas de solution qui satisfasse tout le monde. | Existence niée. |
| Aș vrea o cameră care să dea spre grădină. | Je voudrais une chambre qui donne sur le jardin. | Caractéristique souhaitée. |
| E singurul care să fi venit la timp. | C’est le seul qui soit arrivé à l’heure. | Subjonctif passé après une sélection exclusive. |
| El e singurul care a venit ieri. | C’est le seul qui est venu hier. | Constat factuel, à l’indicatif. |
| Nu cred să fi terminat deja. | Je ne pense pas qu’il ou elle ait déjà fini. | Doute sur une action accomplie. |
| Nu-mi amintesc să fi promis asta. | Je ne me souviens pas d’avoir promis cela. | Souvenir nié ; même sujet. |
| Pare să fi fost o neînțelegere. | Cela semble avoir été un malentendu. | Tour condensé, plutôt soutenu. |
| Să am mai mult timp, aș învăța încă o limbă. | Si j’avais plus de temps, j’apprendrais encore une langue. | Hypothèse présente sans dacă. |
| Să fi știut, nu plecam. | Si j’avais su, je ne serais pas parti(e). | Irréel passé ; imparfait à valeur conditionnelle. |
| Să fi primit mesajul, ți-aș fi răspuns. | Si j’avais reçu le message, je t’aurais répondu. | Deux actions irréelles dans le passé. |
| Să insiste oricât, tot nu mă răzgândesc. | Il aura beau insister, je ne changerai quand même pas d’avis. | Hypothèse concessive. |
Erreurs fréquentes
Employer l’infinitif sur le modèle français
- Incorrect : Vreau a pleca acum.
- Correct : Vreau să plec acum.
- Pourquoi : après a vrea, le roumain courant emploie să et un verbe conjugué, même lorsque les deux verbes ont le même sujet.
Oublier que le second verbe a son propre sujet
- Incorrect : Vreau să plec mâine. pour dire « Je veux que tu partes demain. »
- Correct : Vreau să pleci mâine.
- Pourquoi : să plec signifie que je parte ; să pleci signifie que tu partes. Contrairement à l’infinitif français, la forme roumaine indique la personne.
Conjuguer fi dans le subjonctif passé
- Incorrect : să fie venit pour « qu’il soit venu ».
- Correct : să fi venit.
- Pourquoi : le subjonctif passé se construit toujours avec l’auxiliaire invariable fi, puis le participe passé. Să fie appartient au subjonctif présent du verbe « être » : Vreau să fie atent « Je veux qu’il soit attentif ».
Mettre nu avant să
- Incorrect : nu să fi spus nimic dans une négation verbale ordinaire.
- Correct : să nu fi spus nimic « ne rien avoir dit ».
- Pourquoi : dans la proposition subjonctive, l’ordre neutre est să + nu + fi + participe. Un autre ordre peut apparaître pour un contraste très particulier, mais il ne constitue pas le modèle de base.
Utiliser le subjonctif dans toute relative
- Incorrect ou trompeur : Am un vecin care să vorbească franceza si l’on décrit simplement un voisin réel.
- Correct : Am un vecin care vorbește franceza.
- Pourquoi : l’indicatif présente une propriété constatée. Le subjonctif convient si le voisin est recherché ou envisagé : Caut un vecin care să vorbească franceza.
Calquer mécaniquement le subjonctif français
- À éviter comme règle automatique : « le français a un subjonctif, donc le roumain en aura un aussi ».
- Choix selon la structure roumaine : După ce a venit, am început « Après qu’il est venu, nous avons commencé ».
- Pourquoi : les deux langues ne sélectionnent pas toujours le même mode après les mêmes conjonctions. Il faut mémoriser la construction roumaine complète, et non traduire uniquement le mode verbal.
Notes d’usage
Le roumain parlé utilise constamment să après des verbes fréquents : ce trait n’est ni littéraire ni recherché. Ce qui relève du niveau avancé, ce sont surtout les contrastes fins dans les relatives, les tours elliptiques comme Nu cred să fi… et les hypothèses détachées en tête de phrase.
Dans la conversation, că + indicatif reste souvent plus spontané après a crede, même à la forme négative : Nu cred că a ajuns. Le tour Nu cred să fi ajuns est parfaitement possible, mais il peut paraître plus condensé, plus écrit ou plus prudent selon le contexte.
Les phrases conditionnelles en să sont expressives et économiques. Dans un texte où la condition doit être absolument explicite, la construction avec dacă est souvent plus transparente : Dacă aș fi știut, n-aș fi plecat. Les deux structures ne doivent pas être mélangées au hasard : să fi știut est déjà une proposition conditionnelle complète.
Enfin, la traduction française ne reproduit pas toujours le mode. Încerc să înțeleg devient « J’essaie de comprendre », tandis que caut pe cineva care să înțeleagă devient naturellement « je cherche quelqu’un qui comprenne ». Pour parler avec aisance, il vaut mieux associer la forme roumaine à sa fonction — volonté, critère recherché, doute, hypothèse — qu’à une seule forme française.
Pour aller plus loin
Subjonctif et degré d’engagement
Le contraste entre că + indicatif et să + subjonctif peut refléter la façon dont le locuteur s’engage envers l’information. Comparez :
- Știu că a venit. — « Je sais qu’il ou elle est venu(e) » : le fait est présenté comme établi.
- Nu cred că a venit. — « Je ne crois pas qu’il ou elle soit venu(e) » : une proposition factuelle est placée sous la négation.
- Nu cred să fi venit. — « Je ne pense pas qu’il ou elle soit venu(e) » : l’accomplissement lui-même est tenu à distance.
Cette différence est une tendance de sens et de style, non une formule mathématique. Le contexte peut rendre les deux dernières phrases presque équivalentes.
Relative descriptive ou relative de critère
Dans une relative à l’indicatif, le locuteur décrit souvent un membre déjà repéré : Cartea care explică regula e pe masă « Le livre qui explique la règle est sur la table ». Avec le subjonctif, la relative fonctionne volontiers comme un cahier des charges : Îmi trebuie o carte care să explice regula clar « Il me faut un livre qui explique clairement la règle ». Ce contraste est particulièrement utile avec a căuta « chercher », a dori « désirer », a avea nevoie de « avoir besoin de » et les négations d’existence.
Valeurs concessives et polémiques
Une proposition en să peut aussi poser une possibilité pour affirmer que la conclusion ne changera pas : Să spună ce vrea, eu tot nu-l cred « Il peut dire ce qu’il veut, moi, je ne le crois toujours pas ». Les mots tot « quand même, toujours » et oricât « autant que, si… que » renforcent souvent cette lecture concessive. On dépasse ici la simple condition : le locuteur accorde provisoirement l’hypothèse pour mieux maintenir sa position.
Conseils de pratique
- Travaillez par paires minimales. Transformez Am un coleg care mă ajută en Caut un coleg care să mă ajute. Expliquez à voix haute ce qui change : personne connue contre personne recherchée.
- Construisez une chaîne de quatre formes. Pour chaque verbe, produisez să vină, să nu vină, să fi venit, să nu fi venit. Faites-le ensuite avec a face, a spune et a pleca afin d’automatiser la place de nu et de fi.
- Reformulez les hypothèses. Partez de Dacă aș fi știut, n-aș fi plecat, puis dites Să fi știut, n-aș fi plecat et enfin Să fi știut, nu plecam. Notez la différence de registre sans changer le sens irréel.
Notions liées
- Prérequis : Le mode subjonctif — formation de base avec să et emplois après la volonté, la nécessité ou le but.
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