Les propositions relatives en hawaïen
Kuhina
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de hawaïen sur Settemila Lingue.
En bref
En hawaïen, la proposition qui précise un nom se place normalement après ce nom, mais elle ne commence pas par un pronom relatif équivalent à qui, que ou où. On rencontre notamment nom + i + verbe, nom + nāna i + verbe pour mettre l’agent en évidence, et nom + sujet + i/e + verbe + ai lorsque la relative renvoie à un objet, un lieu, un moment ou une circonstance.
Vue d’ensemble
Une proposition relative est un petit groupe construit autour d’un verbe qui sert à identifier ou à décrire un nom. Dans la femme qui est venue, le nom décrit est la femme et qui est venue nous dit de quelle femme il s’agit. En hawaïen, ce nom de départ — appelé antécédent (le nom auquel la relative renvoie) — précède lui aussi la précision : ka wahine i hele mai, « la femme qui est venue ».
La ressemblance avec le français s’arrête toutefois à cette position après le nom. Le français choisit un mot relatif selon la fonction : qui pour le sujet, que pour l’objet, où pour le lieu ou le moment. L’hawaïen ne remplace pas ces trois mots par un unique « pronom relatif ». Il construit plutôt la proposition avec ses particules ordinaires de temps et d’aspect, avec une expression de l’agent comme nāna, et souvent avec la particule de reprise ai.
Cette notion apparaît au niveau B1 parce qu’elle suppose déjà de savoir lire une proposition simple et ses marqueurs. Elle est indispensable pour parler de personnes, d’objets, de lieux et d’expériences sans juxtaposer une série de phrases courtes : « le professeur qui… », « le livre que… », « l’endroit où… ».
Fonctionnement
1. La relative vient après le nom
Le principe le plus stable est l’ordre suivant :
déterminant + nom + proposition qui le décrit
Ainsi, ka wahine signifie « la femme ». En ajoutant i hele mai, on obtient ka wahine i hele mai, « la femme qui est venue ». Il n’y a rien à insérer devant i hele mai qui corresponde mot pour mot au français qui.
| Structure hawaïenne | Sens en français | Rôle du nom décrit |
|---|---|---|
| ka wahine i hele mai | la femme qui est venue | sujet de hele mai |
| ka puke aʻu i heluhelu ai | le livre que j’ai lu | objet de heluhelu |
| ke kanaka nāna i kūkulu i ka hale | la personne qui a construit la maison | agent de kūkulu |
| ka wahi aʻu i noho ai | l’endroit où j’ai habité | lieu associé à noho |
La relative fait partie du groupe nominal entier. Ce groupe peut ensuite être sujet, objet ou complément dans une phrase plus longue : Ua ʻike au i ke kanaka nāna i kūkulu i ka hale, « J’ai vu la personne qui a construit la maison ».
2. Quand le nom décrit est le sujet
Dans le modèle le plus direct, le nom décrit accomplit lui-même l’action de la relative :
nom + marqueur verbal + verbe
Dans ka wahine i hele mai, c’est la femme qui vient. Le i appartient à la construction verbale ; il ne faut donc pas l’apprendre comme une simple traduction de qui. D’autres marqueurs peuvent apparaître selon le sens voulu :
- ke keiki e pāʻani ana ma waho — l’enfant qui joue dehors ;
- ka poʻe e noho nei ma ʻaneʻi — les personnes qui habitent ici en ce moment ;
- ka hale i kūkulu ʻia e Keola — la maison qui a été construite par Keola.
Les formes verbales restent porteuses de leur propre valeur. I hele mai présente une venue accomplie dans le contexte ; e pāʻani ana présente une activité en cours ou envisagée ; e noho nei insiste sur la situation actuelle. La relative n’efface donc pas les oppositions de temps et d’aspect déjà apprises.
3. Mettre l’agent en avant avec nāna i
Le groupe nāna i peut renvoyer au nom précédent comme à l’auteur de l’action. Nāna signifie ici, selon le contexte, « par lui/par elle » ou « c’est lui/c’est elle qui » :
nom + nāna i + verbe + compléments
Dans ke kanaka nāna i kūkulu i ka hale, nāna reprend ke kanaka. La construction identifie donc la personne comme celle qui a construit la maison. Elle est particulièrement claire avec un verbe transitif, c’est-à-dire un verbe dont l’action porte sur un objet : ici, la maison est ce qui a été construit.
On la rencontre souvent avec ka mea, « la personne » ou « celui/celle » selon le contexte :
- ka mea nāna i kākau i ka leka — la personne qui a écrit la lettre ;
- ka mea nāna i aʻo mai iā mākou — la personne qui nous a enseigné.
Cette tournure ne doit pas être réduite à une équivalence automatique nāna i = qui. Sa forme présente le référent comme agent ; elle apporte donc une structure plus explicite qu’une relative française ordinaire.
4. Les relatives avec un sujet exprimé et ai
Quand le nom décrit n’est pas le sujet du verbe de la relative, on rencontre très souvent le modèle suivant :
nom + forme indiquant le sujet + marqueur verbal + verbe + ai
Dans ka puke aʻu i heluhelu ai, le nom décrit est ka puke, « le livre », mais la personne qui lit est « moi », exprimée par aʻu. La particule ai, placée après le verbe ou vers la fin de la proposition, reprend le rapport avec le nom placé en tête. La traduction française emploie simplement que : « le livre que j’ai lu ».
Les formes changent avec la personne qui accomplit l’action :
| Hawaïen | Français | Sujet de la relative |
|---|---|---|
| ka puke aʻu i heluhelu ai | le livre que j’ai lu | aʻu : moi |
| ka mea āna i hana ai | la chose qu’il ou elle a faite | āna : lui ou elle |
| ka mele a lākou i hīmeni ai | la chanson qu’ils ou elles ont chantée | a lākou : eux ou elles |
| ka lā a kākou e hui ai | le jour où nous nous retrouverons | a kākou : nous, en incluant l’interlocuteur |
Ces formes ressemblent à des formes possessives parce que l’hawaïen utilise ici une stratégie liée à l’expression de l’agent. Pour progresser, il vaut mieux mémoriser des ensembles complets — aʻu i … ai, āna i … ai, a lākou i … ai — plutôt que de chercher un mot isolé correspondant au sujet français.
5. Ai pour un objet, un lieu, un moment ou une circonstance
La fonction de ai est plus large que celle d’un que français. Cette particule est anaphorique (elle renvoie à un élément déjà mentionné) et peut reprendre le lien avec différents types d’antécédents :
- un objet : ka puke aʻu i heluhelu ai, « le livre que j’ai lu » ;
- un lieu : ka wahi aʻu i noho ai, « l’endroit où j’ai habité » ;
- un moment : ka manawa aʻu i hiki ai, « le moment où je suis arrivé » ;
- une raison ou une circonstance : ke kumu aʻu i hele ai, « la raison pour laquelle je suis parti ».
Le français oblige à sélectionner que, où ou pour laquelle. L’hawaïen indique plutôt le rapport par l’organisation de la proposition et par ai. C’est pourquoi une traduction mot à mot à partir du français donne rarement une bonne méthode de formation.
6. La ponctuation ne sépare pas automatiquement la relative
Une relative qui sert à identifier le nom n’est normalement pas isolée comme une remarque indépendante. Dans ka puke aʻu i kūʻai ai, la proposition dit de quel livre il s’agit. Une pause ou une virgule peut modifier l’interprétation dans un texte, mais la grammaire de base repose d’abord sur l’enchaînement du nom et de la proposition. À l’oral, le rythme et le contexte aident à repérer la limite du groupe.
Exemples en contexte
Les exemples suivants montrent les principaux modèles dans des phrases complètes. Observez d’abord le nom décrit, puis cherchez qui accomplit l’action à l’intérieur de la relative.
| Hawaïen | Français | Point à observer |
|---|---|---|
| Ka wahine i hele mai. | La femme qui est venue. | Le nom décrit est sujet de hele mai. |
| ʻO wai ka wahine i hele mai? | Qui est la femme qui est venue ? | La relative précise ka wahine. |
| Ke pāʻani nei ke keiki i loaʻa ka pōpō. | L’enfant qui a trouvé le ballon joue en ce moment. | La relative en i identifie l’enfant. |
| Ua ʻike au i ke kanaka nāna i kūkulu i ka hale. | J’ai vu la personne qui a construit la maison. | Nāna i présente la personne comme constructeur. |
| ʻO ia ke kumu nāna i aʻo mai iā mākou. | C’est le professeur qui nous a enseigné. | Agent mis en évidence par nāna. |
| E kamaʻilio me ka mea nāna i kākau i ka leka. | Parle avec la personne qui a écrit la lettre. | Ka mea désigne ici une personne. |
| E lawe mai i ka puke aʻu i kūʻai ai. | Apporte le livre que j’ai acheté. | Aʻu indique l’acheteur ; ai reprend le livre. |
| Ua makemake ʻo ia i ka mele a lākou i hīmeni ai. | Il ou elle a aimé la chanson qu’ils ont chantée. | Le sujet de la relative est a lākou. |
| ʻO kēia ka mea āna i hana ai. | Voici ce qu’il ou elle a fait. | Ka mea peut désigner « ce que » ou « la chose que ». |
| Ua hoʻi mākou i ka wahi a mākou i noho ai. | Nous sommes retournés à l’endroit où nous habitions. | L’antécédent exprime un lieu. |
| Hoʻomanaʻo au i ka lā a kākou i hui ai. | Je me souviens du jour où nous nous sommes rencontrés. | L’antécédent exprime un moment. |
| ʻAʻole au i ʻike i ke kumu āna i hele ai. | Je ne connais pas la raison pour laquelle il ou elle est parti. | Ai reprend ici une raison. |
| Ka hale i kūkulu ʻia e Keola. | La maison qui a été construite par Keola. | Le nom décrit est le sujet d’une forme passive. |
Erreurs fréquentes
Ajouter un pronom relatif français dans la phrase hawaïenne
- Incorrect : ka puke que aʻu i heluhelu ai
- Correct : ka puke aʻu i heluhelu ai
- Pourquoi : l’hawaïen n’insère pas qui, que ou où. La fonction se lit dans la construction complète.
Placer la description avant le nom
- Incorrect pour dire « la femme qui est venue » : i hele mai ka wahine
- Correct : ka wahine i hele mai
- Pourquoi : la première suite peut se lire comme une proposition complète, « la femme est venue ». Dans le groupe relatif, le nom décrit vient d’abord.
Oublier ai dans une relative d’objet ou de lieu
- Incorrect : ka puke aʻu i heluhelu
- Correct : ka puke aʻu i heluhelu ai
- Pourquoi : dans ce modèle, ai reprend le lien entre l’action et le livre placé avant la proposition.
Ajouter ai à toute relative sans distinction
- Incorrect dans le modèle simple visé : ka wahine i hele mai ai
- Correct : ka wahine i hele mai
- Pourquoi : ici, la femme est directement le sujet de hele mai. Ai sert à d’autres relations ; ce n’est pas une terminaison obligatoire de toute relative.
Employer ma hea comme traduction mécanique de « où »
- Incorrect : ka wahi ma hea au i noho ai
- Correct : ka wahi aʻu i noho ai
- Pourquoi : ma hea sert à demander « où ? ». Dans cette relative, ka wahi … ai suffit pour exprimer « l’endroit où… ».
Confondre la personne exprimée dans la relative
- Incorrect si l’on veut dire « le livre que j’ai lu » : ka puke āna i heluhelu ai
- Correct : ka puke aʻu i heluhelu ai
- Pourquoi : aʻu renvoie à « moi », tandis que āna renvoie à « lui » ou « elle ». La forme doit correspondre à l’auteur réel de l’action.
Notes d’usage
Les relatives sont courantes aussi bien dans la conversation que dans les récits et les textes informatifs. À l’oral, ka mea est particulièrement utile : selon le contexte, cette expression permet de parler de « la personne qui », « celui ou celle qui », « la chose que » ou « ce que ». Il faut donc traduire le groupe entier et non attribuer un sens français fixe à mea.
La présence de nāna i peut rendre l’agent très net. Cette tournure convient notamment quand l’identité de la personne responsable de l’action est importante : l’auteur d’une lettre, le constructeur d’une maison, la personne qui a donné une consigne. Le modèle plus simple avec un nom suivi d’une proposition reste cependant essentiel, surtout lorsque le nom est le sujet d’un verbe intransitif comme hele, « aller ».
À l’écrit, respectez soigneusement l’ʻokina dans des mots comme aʻu et les kahakō dans nāna ou āna. Ces signes ne sont pas décoratifs. Ils représentent des distinctions de prononciation et peuvent distinguer des formes grammaticales. Une saisie sans signes peut se rencontrer dans certains documents, mais elle ne doit pas devenir le modèle d’apprentissage.
Enfin, une traduction française naturelle peut masquer la structure hawaïenne. Ka mea āna i hana ai se traduit souvent par « ce qu’il a fait », sans nom visible après ce. En hawaïen, ka mea reste bien le noyau nominal suivi de sa relative.
Pour aller plus loin
Ai ne se limite pas aux relatives
Au-delà du niveau B1, on rencontre ai dans d’autres propositions subordonnées et dans des enchaînements où il renvoie à un lieu, un moment, une manière, une cause ou un élément déjà établi. Dans no laila i hele ai au, « c’est pour cela que je suis parti », ai participe au rappel de la circonstance introduite auparavant. Il serait donc trompeur de le définir uniquement comme « le mot qui termine une relative ».
Des relatives à l’intérieur de groupes plus complexes
Une relative peut elle-même contenir des compléments développés :
ka mea nāna i mālama i nā keiki ma ke kula — « la personne qui s’est occupée des enfants à l’école ».
Le meilleur moyen de l’analyser est de procéder par couches :
- repérer le noyau, ka mea ;
- reconnaître l’agent repris par nāna ;
- trouver le verbe, mālama ;
- rattacher ensuite ses compléments, i nā keiki et ma ke kula.
Relatives actives et passives
Lorsqu’on veut surtout décrire ce qui a subi l’action, une construction passive en - ʻia peut être utile : ka hale i kūkulu ʻia e Keola, « la maison construite par Keola ». Lorsqu’on veut identifier l’auteur de l’action, ke kanaka nāna i kūkulu i ka hale place au contraire la personne au premier plan. Ces deux phrases parlent du même événement, mais elles ne choisissent pas le même centre d’attention.
Cette opposition devient importante dans les textes narratifs, administratifs ou historiques : la grammaire permet de maintenir comme thème soit l’acteur, soit le résultat de son action.
Conseils de pratique
- Transformez deux phrases en un seul groupe. Partez de Ua hele mai ka wahine (« la femme est venue »), puis formez ka wahine i hele mai. Faites le même exercice avec cinq noms familiers.
- Classez les exemples selon la fonction du nom. Créez trois colonnes personnelles : « sujet », « objet », « lieu ou moment ». Placez-y respectivement ka wahine i hele mai, ka puke aʻu i heluhelu ai et ka wahi aʻu i noho ai.
- Apprenez des cadres complets à voix haute. Répétez ka mea nāna i…, ka mea aʻu i… ai et ka wahi aʻu i… ai, puis remplacez seulement le verbe ou le nom. Cette pratique évite de traduire séparément qui, que et où.
Notions associées
- Prérequis : Les phrases complexes — pour reconnaître les limites des propositions et leurs marqueurs.
- Approfondissement : La particule ai — pour comprendre ses fonctions de reprise dans les relatives et d’autres subordonnées.