A2

Le masdar, nom verbal en arabe

المصدر

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de arabe sur Settemila Lingue.

En bref

Le masdar (المصدر) est un nom qui exprime l’action ou le processus d’un verbe : كَتَبَ « il a écrit » donne كِتابة « écriture, fait d’écrire ». Il occupe les mêmes places qu’un nom, tandis que sa forme dépend du schème verbal : avec la forme I, elle doit souvent être apprise avec le verbe ; avec les formes dérivées, elle est beaucoup plus prévisible.

Vue d’ensemble

Le français dispose d’un infinitif, comme lire, et de noms d’action, comme lecture. L’arabe standard n’a pas d’infinitif qui corresponde exactement à l’infinitif français. Il emploie notamment le masdar, ou nom verbal : un nom (un mot qui peut désigner une chose, une idée ou ici une action) formé sur la même racine qu’un verbe. Ainsi, دَرَسَ signifie « il a étudié », tandis que دِراسة désigne « l’étude » ou « le fait d’étudier ».

Cette notion apparaît dès le niveau A2 parce qu’elle est omniprésente : titres, panneaux, consignes, presse et conversation. On rencontre par exemple مَمْنوعُ التَّدْخين « interdiction de fumer », بَعْدَ الوُصول « après l’arrivée » ou أُحِبُّ القِراءة « j’aime lire ». Les traductions françaises varient : un nom (l’arrivée), un infinitif (lire) ou une tournure comme le fait de… peuvent rendre le même mécanisme arabe.

Le lien avec le système de la racine et du schème est essentiel. La racine porte une idée générale ; le schème organise les consonnes et les voyelles pour produire un verbe, un masdar ou un autre mot apparenté. Il faut néanmoins apprendre chaque mot dans son usage réel : un masdar peut finir par désigner non seulement une action, mais aussi son résultat, une institution ou un objet abstrait.

Fonctionnement

La règle simple à retenir au niveau A2

Pour chaque nouveau verbe, apprenez au moins trois éléments ensemble :

  1. le passé à la troisième personne, forme habituelle du dictionnaire ;
  2. le présent ;
  3. le masdar.

Par exemple : كَتَبَ — يَكْتُبُ — كِتابة « écrire — il écrit — écriture ». Cette méthode est particulièrement importante pour la forme I, c’est-à-dire le verbe simple à trois consonnes radicales.

La forme I : plusieurs schèmes possibles

Le masdar de la forme I n’est pas entièrement prévisible. Des verbes construits de manière voisine peuvent avoir des noms verbaux différents. Voici quelques schèmes fréquents, à reconnaître plutôt qu’à appliquer comme des recettes infaillibles.

Verbe et masdar Transcription Sens Schème du masdar
كَتَبَ ← كِتابة kataba ← kitāba écrire ← écriture فِعالة
دَرَسَ ← دِراسة darasa ← dirāsa étudier ← étude فِعالة
دَخَلَ ← دُخول dakhala ← dukhūl entrer ← entrée فُعول
فَهِمَ ← فَهْم fahima ← fahm comprendre ← compréhension فَعْل
جَلَسَ ← جُلوس jalasa ← julūs s’asseoir ← fait de s’asseoir فُعول

Il ne suffit donc pas de regarder les voyelles du verbe pour fabriquer son masdar. Le dictionnaire reste indispensable.

Les formes dérivées : des modèles plus réguliers

Les « formes II à X » ne sont pas des temps : ce sont des familles de verbes construites sur une racine. Leur masdar suit généralement un modèle stable. Le tableau sert d’abord de carte de reconnaissance ; au niveau A2, concentrez-vous sur les formes que vous rencontrez réellement.

Forme Modèle verbal → modèle du masdar Exemple Sens du masdar
II فَعَّلَ → تَفْعيل عَلَّمَ → تَعْليم enseignement, éducation
III فاعَلَ → مُفاعَلة ساعَدَ → مُساعَدة aide, fait d’aider
IV أَفْعَلَ → إِفْعال أَدْخَلَ → إِدْخال introduction, fait de faire entrer
V تَفَعَّلَ → تَفَعُّل تَعَلَّمَ → تَعَلُّم apprentissage
VI تَفاعَلَ → تَفاعُل تَعاوَنَ → تَعاوُن coopération
VII اِنْفَعَلَ → اِنْفِعال اِنْطَلَقَ → اِنْطِلاق départ, lancement
VIII اِفْتَعَلَ → اِفْتِعال اِجْتَمَعَ → اِجْتِماع réunion, fait de se réunir
IX اِفْعَلَّ → اِفْعِلال اِحْمَرَّ → اِحْمِرار fait de rougir, rougeur
X اِسْتَفْعَلَ → اِسْتِفْعال اِسْتَخْدَمَ → اِسْتِخْدام utilisation, usage

Des changements d’orthographe ou de son apparaissent avec certaines consonnes faibles et avec les consonnes qui s’assimilent. Par exemple, رَبَّى « il a élevé, éduqué » donne تَرْبِية « éducation ». Ces adaptations ne remettent pas en cause le modèle général, mais elles justifient de vérifier la forme écrite.

La forme III possède aussi parfois un second masdar courant sur le modèle فِعال : قاتَلَ peut ainsi donner مُقاتَلة « fait de combattre » et قِتال « combat ». Le choix dépend du verbe et de l’usage, pas d’une règle de traduction française.

Un nom à part entière

Même s’il exprime une action, le masdar se comporte grammaticalement comme un nom. Il peut notamment :

  • recevoir l’article défini ال : القِراءة « la lecture » ;
  • suivre une préposition : بَعْدَ الوُصول « après l’arrivée » ;
  • être le sujet d’une phrase : التَّعَلُّمُ مُهِمٌّ « apprendre est important » ;
  • être complément d’un verbe : أُحِبُّ السِّباحة « j’aime nager » ;
  • recevoir un adjectif : دِراسةٌ جَديدة « une nouvelle étude » ;
  • porter un suffixe possessif : كِتابَتي « mon écriture, le fait que j’écrive ».

Dans un texte entièrement vocalisé, sa terminaison varie selon le cas (la marque qui indique sa fonction dans la phrase), comme celle des autres noms : ـُ pour le sujet dans de nombreux contextes, ـَ pour le complément direct et ـِ après une préposition. Dans les textes ordinaires, ces voyelles finales sont généralement absentes.

Le masdar dans l’annexion

L’annexion, ou إضافة, relie deux noms, à peu près comme « la lecture du livre ». On dit قِراءةُ الكِتابِ. Le premier nom, قِراءة, ne prend ni article ال ni tanwin (la terminaison indéfinie en -n) ; le second précise de quelle lecture il s’agit.

  • قِراءةُ كِتابٍ : la lecture d’un livre ;
  • قِراءةُ الكِتابِ : la lecture du livre ;
  • دِراسةُ اللُّغةِ العَرَبِيَّةِ : l’étude de la langue arabe ;
  • اسْتِخْدامُ الهاتِفِ : l’utilisation du téléphone.

Il faut distinguer cette structure de القِراءةُ في الكِتابِ « la lecture dans le livre », où القِراءة porte l’article parce qu’il ne forme pas une annexion directe avec الكِتاب.

Masdar ou أَنْ suivi d’un verbe ?

L’arabe peut aussi transformer toute une proposition en complément avec أَنْ suivi d’un verbe au présent : أُريدُ أَنْ أَقْرَأَ « je veux lire ». Cette construction est parfois appelée proposition complétive (un groupe contenant un verbe qui complète un autre verbe).

Le choix ne reproduit pas mécaniquement celui du français :

  • أُحِبُّ القِراءةَ présente la lecture comme une activité générale : « j’aime la lecture / j’aime lire » ;
  • أُحِبُّ أَنْ أَقْرَأَ met davantage en avant l’action accomplie par le sujet : « j’aime lire » ;
  • أُريدُ أَنْ أَقْرَأَ هذا الكِتابَ est la manière naturelle de dire « je veux lire ce livre » ;
  • أُريدُ قِراءةَ هذا الكِتابِ est possible, mais plus nominal : « je souhaite la lecture de ce livre / je veux lire ce livre » selon le contexte.

Le masdar est donc proche de l’infinitif français dans certains emplois, mais il ne faut pas les considérer comme une seule et même catégorie.

Exemples en contexte

Arabe Français Point à observer
أُحِبُّ القِراءةَ في المَساءِ. J’aime lire le soir. Masdar défini comme complément direct.
كِتابةُ الرَّسائِلِ تَحْتاجُ إِلى وَقْتٍ. Écrire des lettres demande du temps. كِتابة, « écriture », ouvre une annexion.
بَدَأْتُ دِراسةَ العَرَبِيَّةِ العامَ الماضي. J’ai commencé à étudier l’arabe l’année dernière. Le français préfère ici un infinitif.
التَّعْليمُ الجَيِّدُ حَقٌّ لِلْجَميعِ. Une éducation de qualité est un droit pour tous. Masdar de la forme II عَلَّمَ.
هذا التَّطْبيقُ سَهْلُ الاِسْتِخْدامِ. Cette application est facile à utiliser. Masdar de la forme X, dans une annexion.
خَرَجْنا بَعْدَ وُصولِ القِطارِ. Nous sommes sortis après l’arrivée du train. Un masdar suit بَعْدَ.
شُكْرًا عَلى مُساعَدَتِكَ. Merci pour ton aide. Suffixe ـكَ « ton » sur le masdar.
يَحْتاجُ المَشْروعُ إِلى تَخْطيطٍ جَيِّدٍ. Le projet exige une bonne planification. تَخْطيط est le masdar de خَطَّطَ, forme II.
تَعَلُّمُ لُغَةٍ جَديدةٍ يَتَطَلَّبُ الصَّبْرَ. Apprendre une nouvelle langue demande de la patience. Masdar de la forme V.
ناقَشْنا إِمْكانِيَّةَ تَغْييرِ المَوْعِدِ. Nous avons discuté de la possibilité de changer l’horaire. تَغْيير, forme II, dépend de إِمْكانِيَّة.
يُمْنَعُ التَّدْخينُ هُنا. Il est interdit de fumer ici. Le masdar rend l’action générale.
كانَ الاِجْتِماعُ قَصيرًا. La réunion a été courte. Un nom verbal devenu aussi un nom concret dénombrable.
أُفَضِّلُ السَّفَرَ بِالقِطارِ. Je préfère voyager en train. سَفَر est le nom courant de l’activité « voyage ».

Erreurs fréquentes

Inventer le masdar de la forme I

  • Incorrect : supposer que tout verbe en فَعَلَ donne automatiquement un masdar en فَعْل.
  • Correct : apprendre كَتَبَ → كِتابة, دَخَلَ → دُخول et فَهِمَ → فَهْم comme des paires.
  • Pourquoi : plusieurs schèmes sont productifs en forme I, mais le choix exact relève souvent du lexique.

Confondre deux verbes de la même racine

  • Incorrect : دَرَسَ → تَدْريس.
  • Correct : دَرَسَ → دِراسة « étudier → étude », mais دَرَّسَ → تَدْريس « enseigner → enseignement ».
  • Pourquoi : le redoublement de la deuxième consonne marque ici la forme II. Racine identique ne signifie pas verbe identique.

Mettre un verbe directement après une préposition

  • Incorrect : بَعْدَ دَخَلَ.
  • Correct : بَعْدَ الدُّخولِ « après être entré », ou بَعْدَما دَخَلَ « après qu’il est entré ».
  • Pourquoi : une préposition attend un nom ; le masdar remplit cette fonction. Une proposition verbale demande une autre structure.

Ajouter l’article au premier terme d’une annexion

  • Incorrect : القِراءةُ الكِتابِ pour « la lecture du livre ».
  • Correct : قِراءةُ الكِتابِ.
  • Pourquoi : dans une annexion, le premier nom ne prend pas ال. Le second terme rend déjà l’ensemble défini lorsqu’il est lui-même défini.

Croire que tous les masdars terminés par ة sont féminins et que les autres sont masculins

  • Incorrect : هذا كِتابةٌ جَيِّدٌ.
  • Correct : هذِهِ كِتابةٌ جَيِّدةٌ « ceci est une bonne écriture ».
  • Pourquoi : كِتابة et دِراسة sont féminins, mais تَعْليم, دُخول et اسْتِخْدام sont masculins. Il faut vérifier le genre du nom réel, pas seulement son sens verbal.

Notes d’usage

Dans la langue administrative, universitaire et journalistique, le masdar permet de condenser l’information : تَحْسينُ الخَدَماتِ « l’amélioration des services », إِعادةُ هَيْكَلَةِ المَشْروعِ « la restructuration du projet ». Une accumulation de noms verbaux donne toutefois un style dense. À l’oral, une proposition avec un verbe est souvent plus directe.

L’arabe standard et les dialectes n’emploient pas toujours les mêmes constructions ni les mêmes voyelles. Les schèmes présentés ici appartiennent à l’arabe standard moderne. Un locuteur dialectal peut prononcer différemment un masdar très courant ou préférer une proposition verbale, sans que le mot standard soit faux.

Enfin, certains masdars sont devenus des noms dénombrables. اِجْتِماع peut être le « fait de se réunir », mais aussi une réunion précise, avec le pluriel اِجْتِماعات. اِسْتِخْدامات signifie « utilisations, usages », et تَدْريبات peut désigner des exercices ou des séances d’entraînement. Le pluriel concerne alors les occurrences ou les sens concrets, non l’action abstraite prise en général.

Pour aller plus loin

Les points suivants ne sont pas à maîtriser au niveau A2, mais ils expliquent des structures que l’on rencontre dans les textes soignés.

Un masdar peut conserver des compléments du verbe

Dans قِراءةُ الطّالِبةِ الكِتابَ « le fait que l’étudiante lise le livre », الطّالِبة est l’auteur de l’action et الكِتاب en est le complément direct (ce qui subit ou reçoit l’action). Les marques casuelles rendent les rôles visibles dans une vocalisation complète. Dans l’usage moderne, on préfère souvent lever l’ambiguïté avec une préposition : قِراءةُ الطّالِبةِ لِلْكِتابِ « la lecture du livre par l’étudiante ».

Le complément absolu

Un masdar de la même racine que le verbe peut renforcer ou préciser l’action. Cette construction s’appelle المفعول المطلق, le complément absolu :

  • شَكَرْتُهُ شُكْرًا كَثيرًا : « je l’ai vivement remercié » ;
  • رَكَضَ رَكْضًا سَريعًا : « il a couru rapidement » ;
  • نَظَرَ إِلَيَّ نَظْرَةً واحِدَةً : « il m’a regardé une seule fois ».

Le masdar peut exprimer l’intensité, la manière ou le nombre de réalisations de l’action. Ce n’est pas une répétition fautive, mais un procédé grammatical et stylistique propre à l’arabe.

Variantes et noms lexicalisés

Avec les racines faibles, les hamzas et certaines consonnes, la forme visible peut s’écarter du tableau : أَعْطى → إِعْطاء « donner → don », أَقامَ → إِقامة « établir ou séjourner → établissement ou séjour ». Il existe aussi un masdar en mīm, مصدر ميمي, commençant généralement par م, dont la forme peut coïncider avec un nom de lieu ou un autre dérivé. À ce stade, mieux vaut reconnaître ces formes dans un dictionnaire que tenter de les produire par analogie.

Conseils de pratique

  1. Créez des fiches par famille. Notez par exemple دَرَسَ — يَدْرُسُ — دِراسة, puis ajoutez دَرَّسَ — يُدَرِّسُ — تَدْريس. Le contraste évite de mélanger forme I et forme II.
  2. Transformez des phrases courtes. À partir de وَصَلَ القِطارُ « le train est arrivé », formez بَعْدَ وُصولِ القِطارِ « après l’arrivée du train ». Faites le même exercice avec بَدَأَ, أَحَبَّ et مَنَعَ.
  3. Repérez les finales caractéristiques. Dans un article, surlignez mentalement تـ…ـيل, إِ…ـال, اِنْـ…ـال et اِسْتِـ…ـام. Vérifiez ensuite le verbe dans un dictionnaire ; la reconnaissance deviendra plus rapide que la mémorisation d’une liste isolée.

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Prérequis

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