A1

Les suffixes possessifs en turc

İyelik Ekleri

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de turc sur Settemila Lingue.

En bref

En turc, le possesseur n’est pas indiqué par un mot placé devant le nom comme mon, ton ou son : il est surtout marqué par un suffixe ajouté au nom possédé. Ainsi, kitap « livre » devient kitabım « mon livre », et araba « voiture » devient arabası « sa voiture ». La forme exacte du suffixe dépend de la personne, de la dernière voyelle du nom et parfois de sa dernière consonne.

Vue d’ensemble

Un nom (un mot qui désigne une personne, un objet, un lieu ou une idée) peut recevoir en turc un suffixe qui précise à qui il est lié. Cette relation est souvent une possession réelle — telefonum « mon téléphone » — mais elle peut aussi exprimer un lien familial, une partie du corps ou toute autre relation : annem « ma mère », başım « ma tête », arkadaşımız « notre ami(e) ».

C’est une notion fondamentale du niveau A1. Elle permet de parler de sa famille, de ses affaires et de son quotidien, mais aussi de construire plus tard des groupes comme Ali’nin evi « la maison d’Ali » ou okul kapısı « la porte de l’école ».

Pour un francophone, le changement essentiel est de regarder la fin du nom. Le français choisit un déterminant avant le nom (mon livre, ma voiture, mes clés) selon le genre et le nombre de ce qui est possédé. Le turc n’a pas de genre grammatical : il choisit un suffixe selon la personne du possesseur et selon les sons du nom. Le pronom possessif placé devant le nom est souvent omis lorsque le contexte suffit.

Comment ça fonctionne

La série de base

Dans les modèles ci-dessous, la lettre majuscule I représente une voyelle variable : ı, i, u ou ü. La notation -(I)m sert donc à regrouper -ım, -im, -um et -üm ; elle n’est pas une forme que l’on écrit telle quelle.

Possesseur Pronom au génitif Après une consonne Après une voyelle Avec ev « maison » Avec araba « voiture »
je benim -(I)m -m evim arabam
tu senin -(I)n -n evin araban
il / elle onun -(s)I -sI evi arabası
nous bizim -(I)mIz -mIz evimiz arabamız
vous sizin -(I)nIz -nIz eviniz arabanız
ils / elles onların -lArI -lArI evleri arabaları

Le génitif est la forme qui marque le possesseur, autrement dit « de qui ? ». Les pronoms benim, senin, onun, bizim, sizin, onların correspondent ici à « de moi, de toi, de lui/d’elle, de nous, de vous, d’eux/d’elles ». Dans une phrase simple, on peut les employer pour insister ou lever un doute :

  • benim evim : ma maison, à moi ;
  • senin evin : ta maison, à toi ;
  • onun evi : sa maison, à lui ou à elle.

Mais le suffixe suffit généralement : Evim küçük signifie naturellement « Ma maison est petite ». Dire benim en plus met souvent le possesseur en relief, comme « ma maison à moi » selon le contexte.

Choisir la bonne voyelle

Les suffixes possessifs suivent l’harmonie vocalique, c’est-à-dire que leur voyelle s’adapte à la dernière voyelle du nom. Pour les suffixes contenant I, on applique le tableau suivant :

Dernière voyelle du nom Voyelle du suffixe Exemple à la 1re personne
e, i i ev → evim, isim → ismim
a, ı ı kapı → kapım, kitap → kitabım
ö, ü ü göz → gözüm, gün → günüm
o, u u yol → yolum, okul → okulum

Pour la 3e personne du pluriel, A varie entre a et e : arabaları, mais evleri. Il faut donc apprendre à repérer la dernière voyelle du nom, et non sa première.

Après une voyelle : pas de voyelle en double

Si le nom finit déjà par une voyelle, les 1re et 2e personnes commencent directement par une consonne :

  • araba + m → arabam « ma voiture » ;
  • araba + n → araban « ta voiture » ;
  • araba + mız → arabamız « notre voiture » ;
  • araba + nız → arabanız « votre voiture ».

À la 3e personne du singulier, on ajoute la consonne de liaison s entre le nom et la voyelle du suffixe : araba + sı → arabası. Après une consonne, ce s n’est pas nécessaire : ev + i → evi.

Les changements de consonne

Lorsqu’un suffixe commençant par une voyelle suit certains noms terminés par p, ç, t ou k, cette consonne peut s’adoucir. Les changements fréquents sont p → b, ç → c, t → d, k → ğ/g :

Nom simple Forme possessive Sens
kitap kitabım mon livre
ağaç ağacın ton arbre
kanat kanadı son aile
çocuk çocuğumuz notre enfant
renk rengi sa couleur

Ce phénomène est fréquent, mais pas absolument automatique : certains mots empruntés et plusieurs mots courts gardent leur consonne, comme topum « mon ballon ». Mieux vaut mémoriser la forme possessive avec les noms courants plutôt que transformer chaque consonne mécaniquement.

Le pluriel vient avant le suffixe possessif

Quand plusieurs objets ou personnes sont possédés, le suffixe du pluriel -lar/-ler précède le suffixe possessif :

  • ev → evler → evlerim : mes maisons ;
  • arkadaş → arkadaşlar → arkadaşlarımız : nos ami(e)s ;
  • anahtar → anahtarlar → anahtarların : tes clés.

L’ordre est donc nom + pluriel + possession. Une forme comme evimler n’est pas correcte.

Exemples en contexte

Turc Français Remarque
Bu benim kitabım. C’est mon livre. Benim insiste ou identifie clairement le possesseur.
Telefonun nerede? Où est ton téléphone ? Le suffixe -un indique « ton ».
Onun arabası yeni. Sa voiture est neuve. Onun peut renvoyer à un homme ou à une femme.
Evimiz küçük ama rahat. Notre maison est petite mais confortable. -imiz marque « notre ».
Adınız ne? Comment vous appelez-vous ? Littéralement : « Quel est votre nom ? » ; forme polie ou plurielle.
Onların evi Ankara’da. Leur maison est à Ankara. Le bien possédé est singulier : evi.
Gözlüğüm masada. Mes lunettes sont sur la table. Gözlük est un nom singulier en turc ; k → ğ devant le suffixe.
Annem öğretmen. Ma mère est enseignante. Anne + m donne simplement annem.
İki kardeşim var. J’ai deux frères et sœurs. Après un nombre, le nom reste au singulier en turc.
Bizim iki çocuğumuz var. Nous avons deux enfants. La structure turque est littéralement « nos deux enfants existent ».
Sizin fikriniz önemli. Votre avis est important. Sizin peut être poli ou désigner plusieurs personnes.
Kedinin adı Mavi. Le chat s’appelle Mavi. Littéralement : « Le nom du chat est Mavi. »
Başım ağrıyor. J’ai mal à la tête. Le turc dit « ma tête fait mal ».
Arkadaşım bugün geliyor. Mon ami(e) arrive aujourd’hui. Le turc ne marque ici ni le genre du possesseur ni celui de l’ami(e).
Anahtarlarımı bulamıyorum. Je ne trouve pas mes clés. -lar pluriel, -ım possession, puis objet défini.

Erreurs fréquentes

Oublier le suffixe sur le nom

  • Incorrect : benim kitap
  • Correct : benim kitabım
  • Pourquoi : dans une construction possessive complète, benim marque le possesseur et -ım marque le nom possédé. Le français n’a pas ce double marquage, d’où cette omission fréquente.

Faire correspondre le suffixe avec la mauvaise personne

  • Incorrect : benim kitabın
  • Correct : benim kitabım
  • Pourquoi : benim appelle la 1re personne -(I)m. La terminaison -(I)n correspond à senin : senin kitabın « ton livre ».

Ajouter une voyelle inutile après un nom qui finit par une voyelle

  • Incorrect : arabamı pour dire seulement « ma voiture »
  • Correct : arabam
  • Pourquoi : araba prend directement -m. La forme arabamı existe, mais elle signifie « ma voiture » en tant qu’objet direct défini (ce qui subit directement l’action), par exemple dans Arabamı sattım « J’ai vendu ma voiture ».

Oublier le s de liaison à la 3e personne

  • Incorrect : arabai ou arabaı
  • Correct : arabası
  • Pourquoi : après une voyelle, la 3e personne du singulier emploie -sı/-si/-su/-sü. Après une consonne, on a seulement -ı/-i/-u/-ü : evi.

Ignorer l’adoucissement d’une consonne courante

  • Incorrect : kitapım
  • Correct : kitabım
  • Pourquoi : dans ce mot, p devient b devant le suffixe qui commence par une voyelle. La même alternance apparaît dans kitabın, kitabı, kitabımız.

Mettre le pluriel après la possession

  • Incorrect : evimler
  • Correct : evlerim
  • Pourquoi : les suffixes suivent un ordre fixe : d’abord le pluriel, ensuite le possesseur.

Remarques d’usage

Le pronom est souvent facultatif

Le turc peut exprimer le possesseur deux fois, mais ne le fait pas systématiquement. Benim telefonum burada et Telefonum burada signifient tous deux « Mon téléphone est ici ». La première version convient si l’on oppose son téléphone à celui de quelqu’un d’autre ; la seconde est plus neutre lorsque le contexte est clair.

En revanche, pour identifier précisément un possesseur nommé, les deux marques sont normales : Ayşe’nin telefonu « le téléphone d’Ayşe ». Le nom du possesseur reçoit une terminaison de génitif, et le nom possédé porte son suffixe.

Sizin peut être pluriel ou poli

Eviniz peut vouloir dire « votre maison » en s’adressant à plusieurs personnes ou à une seule personne que l’on vouvoie. Comme en français, la situation indique généralement le sens. Le turc peut ajouter sizin pour rendre le possesseur explicite : Sizin eviniz çok güzel « Votre maison est très belle ».

Onun ne distingue pas « son » masculin et « sa » féminin

Le pronom o signifie « il », « elle » ou parfois « cela » selon le contexte. Par conséquent, onun arabası peut être « sa voiture à lui » ou « sa voiture à elle ». Contrairement au français, ni le genre du possesseur ni celui du nom possédé ne modifie le choix du suffixe.

La possession sert aussi aux relations et aux sensations

Le français emploie souvent avoir là où le turc combine un nom possessif avec var « il y a » ou avec un verbe :

  • Param var : j’ai de l’argent ;
  • Vaktim yok : je n’ai pas le temps ;
  • Karnım acıktı : j’ai faim, littéralement « mon ventre a eu faim » ;
  • Başım ağrıyor : j’ai mal à la tête.

Il est donc utile de ne pas réduire ces suffixes à la propriété d’un objet.

Au-delà des bases

Les points suivants ne sont pas à maîtriser dès le niveau A1, mais ils expliquent des formes très courantes que l’on rencontre rapidement.

Un possesseur nominal prend le génitif

Avec un nom ou un groupe nominal, la construction complète est possesseur au génitif + nom avec suffixe possessif :

  • Ali’nin arabası : la voiture d’Ali ;
  • çocuğun oyuncağı : le jouet de l’enfant ;
  • arkadaşımın evi : la maison de mon ami(e).

Dans le dernier exemple, les suffixes s’emboîtent : arkadaş-ım-ın correspond à « mon ami(e) » puis « de mon ami(e) ». Ce modèle prépare l’étude des groupes nominaux possessifs et des noms composés.

D’autres suffixes peuvent venir après la possession

Le turc empile les suffixes dans un ordre régulier. Un cas grammatical (une terminaison qui indique la fonction du nom dans la phrase) vient après le suffixe possessif :

  • evim : ma maison ;
  • evimde : dans ma maison ;
  • evimden : depuis / hors de ma maison ;
  • evimi : ma maison comme objet défini.

Après la possession de 3e personne, un n de liaison apparaît devant plusieurs terminaisons de cas : arabası « sa voiture », arabasında « dans sa voiture », arabasını « sa voiture » comme objet défini. Attention : evini peut signifier « ta maison » comme objet (ev-in-i) ou « sa maison » comme objet (ev-i-n-i) ; seul le contexte tranche.

Evleri est naturellement ambigu

La forme evleri peut avoir plusieurs analyses selon le contexte : « leur maison », « leurs maisons » ou « ses maisons ». On peut préciser le possesseur avec onun ou onların, et le reste de la phrase aide à comprendre :

  • Onun evleri büyük : ses maisons sont grandes ;
  • Onların evi büyük : leur maison est grande ;
  • Onların evleri büyük : leurs maisons sont grandes.

Cette ambiguïté ne gêne généralement pas la conversation, car les personnes et les objets concernés sont déjà connus.

Le suffixe qui ressemble à une possession dans les noms composés

Dans okul kapısı « porte d’école » ou Türk kahvesi « café turc », le second nom porte une terminaison identique à celle de la 3e personne : kapı-sı, kahve-si. Il ne s’agit pourtant pas nécessairement d’un propriétaire précis. La construction classe plutôt le type de porte ou de café. Ce fonctionnement relève des noms composés, une étape ultérieure.

Deux particularités utiles

Le mot su « eau » emploie un y dans plusieurs formes : suyum « mon eau », suyun « ton eau », suyu « son eau », suyumuz « notre eau ». C’est une particularité fréquente qu’il vaut mieux apprendre comme un modèle à part.

Enfin, la possession peut être exprimée comme attribut, sans répéter le nom possédé : Bu kitap benim signifie « Ce livre est à moi ». Comparez Bu benim kitabım « C’est mon livre », où kitap porte bien le suffixe -ım.

Conseils pour s’entraîner

  1. Travaillez par familles de voyelles. Prenez quatre noms comme ev, kitap, göz, okul et formez « mon, ton, son, notre, votre ». Vous automatiserez en même temps les quatre variantes de l’harmonie vocalique.
  2. Ajoutez les difficultés une par une. Commencez par des noms stables (evim, evin, evi), puis passez aux noms finissant par une voyelle (arabam, arabası) et enfin aux changements de consonne (kitabım, çocuğumuz).
  3. Décrivez votre environnement. Faites chaque jour cinq phrases vraies : Telefonum masada, Anahtarlarım çantamda, Arkadaşım işte. Les liens personnels et les objets familiers rendent les suffixes plus faciles à retenir.

Notions associées

  • Prérequis : L’harmonie vocalique de base — elle permet de choisir entre ı, i, u et ü dans les suffixes.
  • Pour pratiquer : La famille et les métiers — le vocabulaire familial emploie constamment des formes comme annem, abim et kardeşim.
  • Étape suivante : Les noms composés — ils développent le modèle génitif + possession et des structures comme okul bahçesi.

Prérequis

L’harmonie vocalique de base en turcA1

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