C1

Les constructions relatives complexes en swahili

Sentensi Rejeshi Changamano

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de swahili sur Settemila Lingue.

En bref

En swahili, une proposition relative doit généralement reprendre la classe nominale de son antécédent au moyen d’un marqueur comme -ye-, -cho-, -yo- ou -zo-. Dans les phrases complexes, on choisit entre un marqueur intégré au verbe (kitabu nilichosoma) et une forme autonome en amba- (kitabu ambacho nilisoma). Les relatives négatives emploient soit -si- avec l’accord relatif (mtu asiyejua), soit amba- suivi d’un verbe négatif conjugué (kitabu ambacho hakikusomwa).

Vue d’ensemble

Une proposition relative est un groupe de mots qui précise un nom : dans « le livre que j’ai lu », « que j’ai lu » précise « le livre ». Ce nom précisé s’appelle l’antécédent. En swahili, le lien avec l’antécédent n’est pas exprimé par un unique mot invariable comparable au français qui, que ou dont. Il dépend de la classe nominale, c’est-à-dire de la catégorie grammaticale à laquelle appartient le nom et qui commande ses accords.

Au niveau C1, l’enjeu n’est plus seulement de produire Mtu aliyekuja ni mwalimu (« La personne qui est venue est enseignante »). Il faut pouvoir enchaîner plusieurs précisions, nier la relative, indiquer la manière ou le lieu, et choisir une structure qui reste lisible dans une phrase longue. Ces constructions abondent dans la presse, les textes administratifs, les exposés et les récits élaborés, mais plusieurs sont également courantes à l’oral.

Pour un francophone, deux habitudes demandent une attention particulière. D’abord, le choix du marqueur dépend du nom swahili, et non du pronom français employé dans la traduction. Ensuite, le marqueur relatif peut se trouver à l’intérieur du verbe. Il faut donc construire le mot verbal par blocs plutôt que chercher à remplacer mécaniquement qui ou que.

Comment cela fonctionne

1. Le marqueur relatif s’accorde avec l’antécédent

Les marqueurs les plus utiles dans les constructions complexes sont les suivants. Les numéros désignent les classes nominales traditionnelles ; il n’est pas nécessaire de les réciter si l’on sait déjà associer chaque nom à ses accords.

Classe et type courant Marqueur intégré Forme en amba- Exemple d’antécédent
1, personne au singulier -ye- ambaye mtu
2, personnes au pluriel -o- ambao watu
3 -o- ambao mti
4 -yo- ambayo miti
5 -lo- ambalo jambo
6 -yo- ambayo mambo
7 -cho- ambacho kitabu
8 -vyo- ambavyo vitabu
9 -yo- ambayo nyumba
10 -zo- ambazo nyumba
lieu précis / général / intérieur -po- / -ko- / -mo- ambapo / ambako / ambamo mahali

Le marqueur intégré prend place dans le complexe verbal. Comparez :

  • a-li-ye-kujaaliyekuja, « qui est venu(e) » ;
  • ni-li-cho-somanilichosoma, « que j’ai lu », avec un antécédent de classe 7 ;
  • wa-na-o-fanya kaziwanaofanya kazi, « qui travaillent » ;
  • a-taka-ye-kujaatakayekuja, « qui viendra ».

Dans la dernière forme, la relative au futur utilise -taka- devant le marqueur relatif, et non le simple -ta- d’une proposition indépendante. Pour un objet déjà très présent dans le discours, un marqueur d’objet peut aussi apparaître après le marqueur relatif : kitabu nilichokisoma se décompose en ni-li-cho-ki-soma. -cho- rattache la relative à kitabu et -ki- reprend ce livre comme objet du verbe.

2. La construction en amba- donne plus d’espace à la proposition

Les formes ambaye, ambao, ambalo, ambayo, ambacho, ambavyo et ambazo placent l’accord relatif dans un mot séparé. Le verbe qui suit garde alors une conjugaison ordinaire :

  • mtu ambaye alifika jana — la personne qui est arrivée hier ;
  • kitabu ambacho nilisoma — le livre que j’ai lu ;
  • mambo ambayo hatukuyajadili — les questions que nous n’avons pas abordées.

Cette construction est particulièrement pratique lorsque la relative contient une négation, plusieurs temps verbaux, une autre subordonnée ou un complément long. Elle est fréquente dans l’écrit soigné, sans être réservée au registre soutenu. Elle ne dispense jamais de l’accord : ambacho convient à kitabu, mais ambavyo à vitabu.

Avec une préposition ou une relation exprimée après le verbe, le swahili emploie souvent une reprise pronominale : mtu ambaye nilizungumza naye (« la personne avec qui j’ai parlé »). naye signifie ici « avec lui/elle ». C’est une différence importante avec le français, qui place volontiers la préposition devant qui ou lequel.

3. La relative négative en -si-

Pour exprimer une propriété négative sans insister sur un moment précis, on place -si- entre le préfixe sujet et le marqueur relatif. Le verbe se termine normalement par -a :

Antécédent Décomposition Forme Sens
mtu a-si-ye-jua asiyejua qui ne sait pas
watu wa-si-o-jua wasiojua qui ne savent pas
jambo li-si-lo-eleweka lisiloeleweka qui n’est pas compréhensible
mambo ya-si-yo-eleweka yasiyoeleweka qui ne sont pas compréhensibles
kitabu ki-si-cho-somwa kisichosomwa qui n’est pas lu(e)
vitabu vi-si-vyo-somwa visivyosomwa qui ne sont pas lues
nyumba (cl. 9) i-si-yo-faa isiyofaa qui ne convient pas
nyumba (cl. 10) zi-si-zo-faa zisizofaa qui ne conviennent pas

Cette forme est souvent générale ou descriptive. Pour une négation temporellement précise, amba- permet d’employer le temps négatif ordinaire : kitabu ambacho hakikusomwa signifie que le livre n’a pas été lu, tandis que kitabu kisichosomwa peut désigner un livre que l’on ne lit pas ou qui reste non lu. Le contexte peut toutefois réduire cette différence ; il ne faut pas attribuer automatiquement une seule traduction française à chaque structure.

Avec kuwa (« être »), on rencontre souvent asiyekuwa, wasiokuwa, kisichokuwa, etc. : watu wasiokuwa na vitambulisho désigne « les personnes qui n’ont pas de pièce d’identité », littéralement celles « qui ne sont pas avec » ces documents.

4. Relatives de manière et de lieu

La relative peut préciser non un objet, mais la manière dont une action se déroule. La tournure la plus caractéristique associe jinsi (« la manière dont ») au marqueur -vyo- :

  • jinsi anavyosema — la manière dont il ou elle parle ;
  • jinsi walivyotatua tatizo — la manière dont ils ont résolu le problème ;
  • jinsi utakavyofanya — la manière dont tu procéderas.

Ici, -vyo- a une valeur adverbiale de manière. Il ne faut donc pas le remplacer par -yo- simplement parce que jinsi est souvent rangé dans la classe 9. La paire jinsi … -vyo- se mémorise utilement comme un tout.

Pour le lieu, -po-, -ko- et -mo- apportent des nuances spatiales. -po- renvoie volontiers à un endroit déterminé, -ko- à un lieu envisagé plus généralement ou comme direction, et -mo- à l’intérieur. Ainsi, mahali ninapokaa signifie « l’endroit où j’habite » et chumba anamoishi « la pièce dans laquelle il ou elle vit ». Dans l’usage réel, les frontières entre ces valeurs ne sont pas toujours aussi nettes que dans un tableau scolaire.

5. Imbriquer sans perdre l’antécédent

Une relative imbriquée contient elle-même une autre proposition, ou bien plusieurs relatives précisent successivement le même nom. Chaque accord aide le lecteur à retrouver l’antécédent :

  • Ripoti ambayo ulisema kwamba ungeituma imefika. — Le rapport que tu avais dit que tu enverrais est arrivé.
  • Mtu niliyemwona ambaye hakuwa hapa jana ni daktari. — La personne que j’ai vue, et qui n’était pas ici hier, est médecin.

Dans une phrase longue, amba- sert souvent de borne visible. Il ne faut cependant pas empiler les marques sans nécessité. La phrase donnée dans le programme, Mtu ambaye niliyemwona asiyekuwa hapa ni daktari, réunit plusieurs rattachements autour de mtu. Elle se comprend, mais elle est très dense. Une ponctuation ou une reformulation comme Mtu niliyemwona, ambaye hakuwa hapa, ni daktari rend les deux informations plus faciles à suivre.

Exemples en contexte

Swahili Français Remarque
Mtu ambaye niliyemwona asiyekuwa hapa ni daktari. La personne que j’ai vue, qui n’était pas ici, est médecin. Plusieurs relatives rattachées à mtu.
Kitabu ambacho hakikusomwa ni muhimu. Le livre qui n’a pas été lu est important. Amba- permet une négation passée complète.
Jinsi anavyosema ni nzuri. Sa manière de parler est bonne. Relation de manière en jinsi … -vyo-.
Mahali ninapokaa ni pazuri. L’endroit où j’habite est agréable. Relative locative en -po-.
Watu wasiokuwa na vitambulisho hawataruhusiwa kuingia. Les personnes sans pièce d’identité ne seront pas autorisées à entrer. Relative négative, classe 2.
Jambo lisiloeleweka linapaswa kufafanuliwa. Une question qui n’est pas claire doit être expliquée. Accord de classe 5 : li-si-lo-.
Vitabu ambavyo ulisema kwamba ungevinunua vimewasili. Les livres que tu avais dit que tu achèterais sont arrivés. Une proposition en kwamba se trouve dans la relative.
Mwanafunzi ambaye mwalimu alisema amefaulu atapokea tuzo. L’élève dont le professeur a dit qu’il avait réussi recevra un prix. Le contexte identifie le sujet sous-entendu de amefaulu.
Hoja ambazo hazikujadiliwa zitawekwa kwenye ajenda ijayo. Les points qui n’ont pas été discutés seront inscrits au prochain ordre du jour. Négation passée et accord de classe 10.
Mtu ambaye nilizungumza naye ndiye mkurugenzi. La personne avec qui j’ai parlé est la directrice ou le directeur. La relation « avec » est reprise par naye.
Jinsi walivyotatua mgogoro ilitushangaza. La manière dont ils ont réglé le conflit nous a surpris. Relative de manière au passé.
Chumba anamoishi kina madirisha mawili. La pièce dans laquelle il ou elle vit a deux fenêtres. -mo- présente l’intérieur du lieu.
Atakayekamilisha kazi mapema anaweza kuondoka. Quiconque terminera le travail tôt pourra partir. Relative sans antécédent exprimé.
Sababu iliyomfanya aondoke bado haijulikani. La raison qui l’a poussé à partir reste inconnue. La relative contient le complément aondoke.

Erreurs courantes

Choisir le marqueur d’après le français

  • Incorrect : vitabu ambayo nilinunua
  • Correct : vitabu ambavyo nilinunua
  • Pourquoi : Vitabu appartient à la classe 8 et commande -vyo. Le fait que le français traduise par l’invariable « que » ne change pas l’accord swahili.

Oublier l’ordre dans une relative négative

  • Incorrect : mtu ayesijua sheria
  • Correct : mtu asiyejua sheria
  • Pourquoi : dans cette construction, l’ordre est préfixe sujet + -si- + marqueur relatif + radical : a-si-ye-jua.

Employer la négation générale pour un passé précis

  • Mal choisi : kitabu kisichosomwa jana
  • Mieux : kitabu ambacho hakikusomwa jana
  • Pourquoi : jana situe clairement l’absence de lecture dans le passé. La construction en amba- accueille sans difficulté hakikusomwa, la forme négative passée.

Faire suivre amba- d’un deuxième marqueur sans raison

  • Lourd : kitabu ambacho nilichosoma jana
  • Plus direct : kitabu ambacho nilisoma jana ou kitabu nilichosoma jana
  • Pourquoi : les deux stratégies peuvent rattacher la proposition à kitabu. Dans une phrase simple, les cumuler alourdit souvent l’expression ; choisissez une architecture claire.

Calquer « avec qui » mot à mot

  • Incorrect : mtu na ambaye nilizungumza
  • Correct : mtu ambaye nilizungumza naye
  • Pourquoi : la préposition et sa reprise apparaissent ici après le verbe sous la forme naye, plutôt que devant ambaye.

Confondre manière et accord nominal ordinaire

  • Incorrect : jinsi anayosema
  • Correct : jinsi anavyosema
  • Pourquoi : pour « la manière dont », le swahili emploie normalement la tournure adverbiale jinsi … -vyo-.

Notes d’usage

La forme relative intégrée est très naturelle et souvent plus concise : watu wanaofanya kazi hapa. La construction en amba- devient particulièrement utile quand la proposition est longue : watu ambao tulidhani kwamba wangefanya kazi hapa. À l’écrit, alterner intelligemment les deux structures évite à la fois l’opacité d’un verbe trop chargé et la répétition monotone de ambaye/ambayo.

Les formes négatives en -si- apparaissent fréquemment dans les règlements, annonces et définitions : maombi yasiyokamilika hayatakubaliwa (« les demandes incomplètes ne seront pas acceptées »). Elles ne sont pourtant pas exclusivement administratives : Sitaki chakula kisicho na chumvi (« Je ne veux pas de nourriture sans sel ») est tout à fait quotidien.

À l’oral, l’intonation aide à séparer deux relatives successives. À l’écrit, une virgule peut signaler qu’une précision est ajoutée en commentaire. Elle ne remplace toutefois pas l’accord grammatical. Comme en français, la ponctuation peut aussi changer le relief informatif : une relative qui identifie précisément la personne n’a pas le même rôle qu’une remarque ajoutée sur une personne déjà identifiée.

Au-delà des bases : emplois avancés

Les relatives sans antécédent exprimé

Le nom peut rester implicite lorsque le marqueur suffit à identifier la catégorie visée. Atakayekuja signifie « celui ou celle qui viendra », wasioelewa « ceux qui ne comprennent pas », et kilichotokea « ce qui s’est passé ». En français, on ajoute souvent celui, ceux ou ce qui ; le swahili peut intégrer cette information dans l’accord verbal.

La même économie est possible avec le lieu : ninapopenda peut signifier « là où j’aime », selon le contexte. Dans un texte complexe, exprimer mahali reste parfois préférable pour éviter une lecture hésitante.

La forme relative suffixée

Le swahili soigné ou littéraire emploie aussi des formes où le marqueur suit le radical, comme asemaye (« celui qui parle »), aendaye (« celui qui va ») ou wapendao (« ceux qui aiment »). Elles ont souvent une valeur générale, proverbiale ou intemporelle. On les rencontre dans les maximes, les titres et certains styles oratoires : Atafutaye hachoki (« Qui cherche ne se lasse pas »).

Ces formes ne se combinent pas librement avec tous les temps comme les relatives ordinaires. Pour raconter un événement daté ou construire une négation complexe, les modèles avec marqueur interne ou amba- sont généralement plus transparents.

Portée et ambiguïté

Plus une phrase contient de verbes, plus il faut vérifier à quel nom chaque accord renvoie. Dans Mwanafunzi ambaye mwalimu alisema amefaulu, le sujet de amefaulu n’est pas répété ; le contexte conduit à l’identifier comme mwanafunzi. Si deux interprétations sont possibles, mieux vaut réintroduire un nom ou scinder la phrase : la complexité grammaticale n’est pas un objectif en soi.

Enfin, -po-, -ko- et -mo- peuvent dépasser la simple localisation matérielle. Dans des textes argumentatifs, ils organisent parfois une situation ou un cadre abstrait. Avant de produire ces nuances, observez plusieurs exemples authentiques : la traduction française par « où » efface souvent la distinction swahili.

Conseils de pratique

  1. Décomposez les verbes par blocs. Prenez quatre noms de classes différentes et construisez une affirmative puis une négative : mtu anayejua / mtu asiyejua, jambo linaloeleweka / jambo lisiloeleweka. Prononcez chaque bloc avant de réunir le mot.
  2. Réécrivez dans les deux architectures. Transformez kitabu nilichosoma en kitabu ambacho nilisoma, puis ajoutez une négation, un complément de temps ou une proposition en kwamba. Vous verrez quand amba- améliore réellement la lisibilité.
  3. Repérez les chaînes d’accord. Dans un article en swahili, soulignez l’antécédent et entourez son marqueur relatif. Pour jinsi, mahali et les prépositions reprises par naye/nayo, notez séparément la relation exprimée afin de ne pas tout réduire à « qui/que ».

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Prérequis

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