Le discours rapporté en māori
Kōrero Tuku
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de maori sur Settemila Lingue.
En bref
En māori, on peut citer les paroles après ka mea ou ka kī, ou en transmettre le contenu avec une proposition qui conserve ses propres particules : I kī ia ka hoki ia (« Il/Elle a dit qu’il/elle rentrerait »). Pour rapporter une consigne, on emploie couramment kī … kia : I kī ia kia haere au (« Il/Elle m’a dit de partir »). Il n’existe pas de décalage automatique des temps comparable à la concordance des temps française : ce sont les particules et le contexte qui situent chaque action.
Vue d’ensemble
Le discours rapporté sert à reprendre les paroles, le message ou le point de vue de quelqu’un. Le discours direct cite les mots eux-mêmes : « Mere a dit : “Bonjour !” » Le discours indirect en donne plutôt le contenu : « Mere a dit qu’elle reviendrait. » En māori, cette distinction existe, mais elle ne repose pas sur un mot unique qui correspondrait toujours au « que » français.
Au niveau B2, l’enjeu consiste donc moins à apprendre une transformation mécanique qu’à choisir la construction adaptée. kī et mea introduisent ce qui est dit ; kia transmet notamment une demande, un ordre ou une action souhaitée ; kōrero mō indique le sujet dont on a parlé ; hei tāna attribue une affirmation ou un avis à une personne. Une proposition (un groupe de mots organisé autour d’une action ou d’un état) peut suivre le verbe de parole sans conjonction équivalente à « que ».
Pour un francophone, deux réflexes demandent une attention particulière. D’abord, il ne faut pas ajouter systématiquement un équivalent de « que ». Ensuite, après un verbe au passé, on ne transforme pas automatiquement les particules de la proposition rapportée. En revanche, comme en français, les pronoms et les repères tels que « ici », « demain » ou « chez moi » peuvent devoir changer quand le point de vue du narrateur change.
Fonctionnement
Citer directement avec mea et kī
Une citation peut être placée après mea ou kī, souvent avec ka dans un récit. Dans cet emploi narratif, ka peut présenter l’événement suivant ; il ne faut donc pas le traduire automatiquement par un futur. La ponctuation — deux-points, virgule, guillemets — relève surtout de la mise en page du texte.
| Construction en māori | Sens en français | Remarque |
|---|---|---|
| Ka mea a Mere, « Kia ora! » | Mere dit : « Bonjour ! » | mea introduit les paroles citées. |
| Ka kī a Hemi, « Āe. » | Hemi dit : « Oui. » | kī convient aussi à une affirmation. |
| I kī ia, « Ka hoki au āpōpō. » | Il/Elle a dit : « Je rentrerai demain. » | i situe l’acte de parole dans le passé. |
Devant un nom de personne, on rencontre l’article personnel a : a Mere, a Hemi. Avec un pronom, on dit ia, et non a ia, dans cette position : Ka mea ia… (« Il/Elle dit… »). Le sujet peut aussi précéder dans une phrase nominale plus large, mais les modèles ci-dessus constituent une base claire pour rapporter une réplique.
La citation conserve naturellement la personne choisie par le locuteur. Ainsi, dans Ka hoki au, au signifie « je » pour la personne citée, et non pour le narrateur.
Transmettre une affirmation sans équivalent obligatoire de « que »
Après kī, une proposition complète peut donner le contenu du message :
I kī ia ka hoki ia āpōpō.
La première partie, I kī ia, présente l’acte de parole passé. La seconde, ka hoki ia āpōpō, exprime ce qui a été annoncé. Aucun mot séparé ne correspond ici au « que » de « Il/Elle a dit qu’il/elle rentrerait demain ».
Les particules de la seconde proposition gardent leur valeur propre :
| Phrase en māori | Traduction française | Valeur de la proposition rapportée |
|---|---|---|
| I kī ia ka haere ia. | Il/Elle a dit qu’il/elle partirait. | ka présente le départ comme à venir ou à suivre. |
| I kī ia kei te mahi ia. | Il/Elle a dit qu’il/elle travaillait. | kei te présente une action en cours. |
| I kī ia kua oti te mahi. | Il/Elle a dit que le travail était terminé. | kua présente un résultat déjà atteint. |
| I kī ia i tae mai a Rangi. | Il/Elle a dit que Rangi était arrivé. | i situe l’arrivée dans le passé. |
| I kī ia kāore ia e haere. | Il/Elle a dit qu’il/elle ne partirait pas. | kāore … e porte la négation dans le contenu rapporté. |
Les temps français des traductions varient parce que le français impose souvent une concordance des temps. Ce ne sont pas des conversions terme à terme de ka, kei te, kua ou i. Pour comprendre le māori, il vaut mieux demander : « À quel moment et sous quel aspect l’action est-elle présentée ? » plutôt que : « Quel temps français dois-je reculer ? » L’aspect indique ici si l’action est en cours, achevée ou envisagée.
Rapporter une consigne avec kia
Lorsqu’une personne demande, ordonne, conseille ou souhaite qu’une action soit accomplie, kia introduit couramment cette action. Le verbe qui suit ne reçoit pas de terminaison d’infinitif comme en français.
| Modèle en māori | Sens en français | Fonction |
|---|---|---|
| I kī ia kia haere au. | Il/Elle m’a dit de partir. | au est la personne qui doit partir. |
| I kī ia ki a au kia haere. | Il/Elle m’a dit de partir. | ki a au nomme explicitement le destinataire. |
| I kī te kaiako ki ngā ākonga kia noho. | Le professeur a dit aux élèves de s’asseoir. | ki ngā ākonga indique à qui la consigne est adressée. |
Dans ce modèle, il faut distinguer deux rôles : le destinataire (la personne à qui l’on parle) apparaît après ki, tandis que l’agent de l’action demandée (la personne qui doit agir) peut être exprimé dans la proposition en kia. Souvent, le contexte permet de ne pas répéter cet agent : I kī ia ki a au kia haere se comprend naturellement comme une consigne adressée à « moi ».
kia a d’autres emplois, notamment le souhait et le but. Ce n’est donc pas, à lui seul, une marque de discours indirect. C’est l’ensemble verbe de parole + destinataire éventuel + kia + action qui produit ici le sens de consigne rapportée.
Dire à qui l’on parle et de quoi l’on parle
ki introduit fréquemment l’interlocuteur ; mō introduit le thème. Ces deux compléments ne répondent pas à la même question : ki a wai? (« à qui ? ») et mō te aha? (« à propos de quoi ? »).
- I kōrero a Mere ki a Hemi. — Mere a parlé à Hemi.
- I kōrero a Mere mō te hui. — Mere a parlé de la réunion.
- I kōrero a Mere ki a Hemi mō te hui. — Mere a parlé à Hemi de la réunion.
kōrero mō rapporte le sujet général d’une conversation, pas nécessairement une phrase précise. Si l’on veut transmettre une affirmation déterminée, kī suivi de son contenu est généralement plus explicite.
Attribuer un avis avec hei tā…
Hei tāna présente une information comme venant de la personne déjà identifiée : selon lui, selon elle, d’après ses paroles. Cette formule permet de rapporter un point de vue sans reconstruire une phrase du type « il a dit que… ».
- Hei tāna, ka pai te mahi. — Selon lui/elle, le travail se passera bien.
- Hei tā Mere, ka tīmata te hui ā te iwa. — Selon Mere, la réunion commencera à neuf heures.
- Hei tāku, me tatari tātou. — À mon avis, nous devrions attendre.
Une autre formule courante est e ai ki… : E ai ki te rīpoata, kua piki te utu (« D’après le rapport, le prix a augmenté »). Elle est particulièrement utile pour attribuer une information à une source, notamment dans un exposé, un article ou un compte rendu.
Adapter le point de vue, pas les particules automatiquement
Passer du direct à l’indirect oblige parfois à identifier les personnes avec soin.
- Citation : I kī a Mere, « Ka waea atu au ki a koe. » — Mere a dit : « Je t’appellerai. »
- Rapport par Hemi : I kī a Mere ka waea atu ia ki a au. — Mere a dit qu’elle m’appellerait.
- Rapport à une autre personne : I kī a Mere ka waea atu ia ki a koe. — Mere a dit qu’elle t’appellerait.
Dans la citation, au désigne Mere. Dans le rapport, Mere devient ia ; le destinataire devient au ou koe selon la personne qui raconte. Les mots de temps et de lieu peuvent, eux aussi, être adaptés si la situation a changé. Il ne s’agit toutefois pas d’une règle grammaticale fixe : si le même lieu ou le même jour reste pertinent, le repère peut rester identique.
Exemples en contexte
| Māori | Français | Point à observer |
|---|---|---|
| Ka mea a Mere, « Kia ora! » | Mere dit : « Bonjour ! » | Citation directe avec mea. |
| Ka kī a Wiremu, « Kāore au e haere. » | Wiremu dit : « Je ne pars pas. » | La négation appartient à la citation. |
| I kī ia ka hoki ia ā te ahiahi. | Il/Elle a dit qu’il/elle rentrerait dans l’après-midi. | Affirmation rapportée avec ka. |
| I kī a Hana kei te māuiui tana tamaiti. | Hana a dit que son enfant était malade. | kei te décrit l’état présenté comme actuel à ce moment-là. |
| I kī te kaiwhakahaere kua oti te mahi. | Le responsable a dit que le travail était terminé. | kua met l’accent sur le résultat. |
| I kī ia kāore te toa e tuwhera i tēnei rā. | Il/Elle a dit que le magasin ne serait pas ouvert aujourd’hui. | Contenu négatif après kī. |
| I kī ia kia haere au. | Il/Elle m’a dit de partir. | kia transmet une consigne. |
| I kī te rata ki a ia kia whakatā. | Le médecin lui a dit de se reposer. | Le destinataire suit ki a. |
| I kōrero ia mō te hui. | Il/Elle a parlé de la réunion. | mō indique le thème, non les mots exacts. |
| I kōrero a Rāwiri ki a mātou mō tana haerenga. | Rāwiri nous a parlé de son voyage. | Interlocuteur avec ki, thème avec mō. |
| Hei tāna, ka pai te mahi. | Selon lui/elle, le travail se passera bien. | Attribution d’un avis. |
| Hei tā Mere, me hoki wawe tātou. | Selon Mere, nous devrions rentrer tôt. | me exprime ici ce qu’il conviendrait de faire. |
| E ai ki te rīpoata, kua piki te utu. | D’après le rapport, le prix a augmenté. | Attribution à une source écrite. |
| I pātai ia mēnā ka tae mai a Hemi. | Il/Elle a demandé si Hemi viendrait. | Question indirecte : prolongement du présent point. |
Erreurs fréquentes
Chercher un « que » après chaque verbe de parole
- À éviter : inventer un mot de liaison dans I kī ia … ka hoki ia uniquement parce que le français exige « que ».
- Forme naturelle : I kī ia ka hoki ia.
- Pourquoi : la proposition en ka peut suivre directement kī. La structure māorie ne se construit pas en remplaçant chaque mot français.
Reculer automatiquement le temps comme en français
- Incorrect : remplacer ka par i seulement parce que kī est au passé.
- Correct : I kī ia ka haere ia āpōpō.
- Pourquoi : i situe l’acte de dire ; ka peut maintenir le départ comme ultérieur. Chaque proposition reçoit les particules qui correspondent à son propre sens.
Oublier de changer les personnes
- Incorrect dans un rapport sur Mere : I kī a Mere ka hoki au, si le narrateur ne parle pas de lui-même.
- Correct : I kī a Mere ka hoki ia.
- Pourquoi : dans la citation, Mere peut dire au ; vue de l’extérieur, elle devient ia. au resterait possible seulement si le narrateur est lui-même la personne qui rentrera.
Confondre destinataire et thème
- Incorrect pour « parler à Hemi » : I kōrero ia mō Hemi, si Hemi est l’interlocuteur.
- Correct : I kōrero ia ki a Hemi.
- Pourquoi : ki a Hemi signifie « à Hemi ». mō Hemi signifie « au sujet de Hemi ».
Employer kia pour toute information rapportée
- Incorrect pour une simple annonce : I kī ia kia hoki ia āpōpō si l’on veut seulement dire « Il/Elle a dit qu’il/elle rentrerait demain ».
- Correct : I kī ia ka hoki ia āpōpō.
- Pourquoi : dans ce contexte, kia ferait plutôt entendre une action voulue, demandée ou visée. Une affirmation sur un événement à venir emploie ici ka.
Ajouter a devant un pronom sujet
- Incorrect : Ka kī a ia, « Āe. »
- Correct : Ka kī ia, « Āe. »
- Pourquoi : a accompagne ici un nom de personne, comme a Mere ; on ne le place pas devant le pronom sujet ia dans ce modèle.
Notes d’usage
mea et kī se recoupent lorsqu’ils introduisent des paroles. kī est un choix très utile pour rapporter ce que quelqu’un affirme ou dit, tandis que mea apparaît volontiers comme verbe introducteur d’une réplique. Dans la pratique, le contexte et les habitudes du locuteur comptent davantage qu’une opposition rigide à la française entre « dire », « déclarer » et « raconter ».
À l’oral, l’intonation et les pauses aident à reconnaître une citation. À l’écrit, les conventions typographiques peuvent varier selon l’éditeur : guillemets, tiret de dialogue, virgule ou deux-points. Ces signes ne changent pas la grammaire de mea ou kī.
Le pronom ia ne distingue pas « il » et « elle ». Une traduction française doit choisir en fonction du contexte, mais le māori n’est pas ambigu pour autant si les personnes ont déjà été identifiées. Quand deux personnes pourraient être confondues, répéter le nom permet de clarifier : I kī a Mere ka hoki a Hana.
Enfin, hei tāna ne signifie pas forcément que l’on cite mot pour mot. Cette formule attribue la responsabilité d’un avis ou d’une information. Elle convient donc bien quand on résume une position : « selon elle », « d’après lui ».
Pour aller plus loin
Le discours rapporté rejoint rapidement les questions indirectes et les propositions enchâssées, c’est-à-dire des propositions placées à l’intérieur d’une phrase plus grande. Comparez :
- I pātai ia, « Ka haere koe? » — Il/Elle a demandé : « Est-ce que tu partiras ? »
- I pātai ia mēnā ka haere au. — Il/Elle a demandé si je partirais.
Dans la seconde phrase, mēnā introduit une interrogation à laquelle on peut répondre par oui ou non. Les mots interrogatifs peuvent aussi rester dans la question rapportée selon la structure choisie, mais ce domaine mérite une étude distincte.
On peut également superposer plusieurs points de vue :
Hei tā Mere, i kī a Hemi ka tae mai ia āpōpō.
Cette phrase signifie « Selon Mere, Hemi a dit qu’il/elle arriverait demain ». Hei tā Mere donne la source du rapport ; i kī a Hemi identifie l’auteur des paroles ; ka tae mai ia en transmet le contenu. Pour éviter l’ambiguïté de ia, on peut répéter le nom de la personne attendue.
Dans un récit, la combinaison des particules est particulièrement importante. Ka kī ia… peut faire avancer la narration, alors que I kī ia… situe explicitement le fait de parler dans le passé. Il serait trompeur de conclure que ka kī signifie toujours « dira » : la valeur narrative de ka dépend de l’enchaînement du texte.
Une dernière nuance concerne la fidélité au message. La citation directe prétend reproduire les mots du locuteur ; kī + proposition, hei tā… et e ai ki… peuvent résumer. Dans un texte argumentatif, alterner ces formes permet de distinguer une citation, une information attribuée et une simple description du sujet abordé.
Conseils pour s’entraîner
- Transformez des citations en rapports. Partez de Ka kī a Mere, « Kei te mahi au », puis écrivez I kī a Mere kei te mahi ia. Vérifiez d’abord les personnes, puis les particules ; ne passez pas par une transformation mot à mot du français.
- Classez les messages par intention. Pour chaque phrase, demandez-vous s’il s’agit d’une affirmation, d’une consigne, d’un thème ou d’un point de vue. Choisissez ensuite kī + proposition, kī … kia, kōrero mō ou hei tā….
- Écoutez les particules. Dans un dialogue ou un récit, relevez i kī, ka mea, kia, kei te, kua et kāore … e. Reconstituez la chronologie à partir de ces indices plutôt qu’à partir des temps de la traduction française.
Notions liées
- Prérequis : Les propositions subordonnées — pour comprendre comment une proposition dépend d’un verbe de parole et comment kia relie deux idées.
- Pour approfondir : Les questions enchâssées et le discours indirect — pour rapporter une question avec mēnā et intégrer des informations plus complexes dans une phrase.
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