Les propositions complétives avec *go* en irlandais
Clásail le 'Go'
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En bref
Après un verbe comme « penser », « savoir » ou « dire », l’irlandais introduit généralement l’idée rapportée par go (« que ») ou par nach (« que… ne… pas ») : Ceapaim go bhfuil sé ceart (« Je pense qu’il a raison »), Ceapaim nach bhfuil sé ceart (« Je pense qu’il a tort / qu’il n’a pas raison »). Ces particules exigent une forme dépendante du verbe et provoquent normalement l’éclipse de son initiale : déanann devient go ndéanann.
Vue d’ensemble
Une proposition complétive est un groupe de mots contenant son propre verbe et qui complète un autre verbe. Dans « Je sais qu’elle est malade », la partie en gras indique ce que je sais. En irlandais, ce type de proposition est très fréquent après les verbes de parole, d’opinion, de perception ou de connaissance : deir (« dire »), ceap (« penser »), creid (« croire »), tuig (« comprendre ») et l’expression tá a fhios ag… (« savoir »).
Le mécanisme central apparaît au niveau B1. Le français offre un bon point de départ grâce à que, mais il peut aussi induire en erreur : en français courant, on omet parfois que dans certaines tournures ou on déplace volontiers la négation vers le verbe principal. En irlandais, la particule go ou nach fait partie de la construction, et sa présence modifie souvent le début du verbe qui suit.
Ces complétives ne sont pas des propositions relatives. Dans an fear a chónaíonn anseo (« l’homme qui habite ici »), la relative précise le nom an fear. Dans Tá a fhios agam go gcónaíonn sé anseo (« Je sais qu’il habite ici »), la complétive exprime ce que je sais. Cette différence détermine le choix de la particule.
Formation et fonctionnement
Le modèle de base
La structure la plus utile est :
verbe ou expression principale + go/nach + verbe + sujet + compléments
- Ceapaim go bhfuil sí sa bhaile. — Je pense qu’elle est chez elle.
- Tá a fhios agam nach bhfuil sí sa bhaile. — Je sais qu’elle n’est pas chez elle.
Dans la proposition introduite, l’irlandais conserve son ordre verbal habituel : le verbe vient avant le sujet. On ne transpose donc pas l’ordre français « elle + est » ; on dit go bhfuil + sí.
| Valeur | Particule | Modèle | Exemple |
|---|---|---|---|
| affirmative | go | verbe principal + go + proposition | Creidim go dtuigeann sé. — Je crois qu’il comprend. |
| négative | nach | verbe principal + nach + proposition | Creidim nach dtuigeann sé. — Je crois qu’il ne comprend pas. |
Nach contient ici la négation de la proposition subordonnée. Il ne faut pas ajouter ní devant le verbe.
L’éclipse après go et nach
L’éclipse, appelée urú en irlandais, est une mutation initiale : une nouvelle consonne s’écrit devant la première consonne du mot et devient le son prononcé. Ainsi, c devient gc et d devient nd. Les lettres qui ne figurent pas dans le tableau, notamment l, m, n, r et s, ne changent normalement pas après go ou nach.
| Initiale et forme simple | Après go | Sens de l’exemple | Ce qui change |
|---|---|---|---|
| bíonn | go mbíonn | qu’il/elle est habituellement | b → mb |
| ceannaíonn | go gceannaíonn | qu’il/elle achète | c → gc |
| déanann | go ndéanann | qu’il/elle fait | d → nd |
| fanann | go bhfanann | qu’il/elle reste | f → bhf |
| glanann | go nglanann | qu’il/elle nettoie | g → ng |
| pacálann | go bpacálann | qu’il/elle emballe | p → bp |
| tagann | go dtagann | qu’il/elle vient | t → dt |
| osclaíonn | go n-osclaíonn | qu’il/elle ouvre | n- devant une voyelle |
| léann | go léann | qu’il/elle lit | pas de changement |
La même mutation suit nach : nach gceannaíonn, nach ndéanann, nach dtagann, nach n-osclaíonn. L’orthographe garde la consonne d’origine, même lorsqu’elle n’est plus prononcée : dans gc, par exemple, on prononce le g, pas le c.
Le cas essentiel de bí
Le verbe bí (« être ») possède des formes dépendantes particulières. Il vaut mieux apprendre chaque groupe comme une unité plutôt que de partir mécaniquement de tá :
| Temps ou valeur | Affirmation indépendante | Après go | Après nach |
|---|---|---|---|
| présent | tá | go bhfuil | nach bhfuil |
| passé | bhí | go raibh | nach raibh |
| futur | beidh | go mbeidh | nach mbeidh |
| conditionnel | bheadh | go mbeadh | nach mbeadh |
On dit donc Tá sí tinn (« Elle est malade »), mais Tá a fhios agam go bhfuil sí tinn (« Je sais qu’elle est malade »). La forme go bhfuil, extrêmement fréquente, doit devenir un automatisme.
Présent, futur et conditionnel
Avec les verbes réguliers, go et nach sont suivis de la forme dépendante avec éclipse. Le temps reste celui que le sens demande :
- Sílim go n-oibríonn sé anseo. — Je pense qu’il travaille ici.
- Tá súil agam go dtiocfaidh siad amárach. — J’espère qu’ils viendront demain.
- Cheap sí go gceannódh sé an teach. — Elle pensait qu’il achèterait la maison.
Le temps du verbe principal n’impose donc pas à lui seul une forme unique dans la complétive. C’est la relation temporelle voulue qui compte. Le traitement complet des changements de temps dans le discours rapporté appartient toutefois à un stade plus avancé.
Le passé : gur et nár
Au passé, de nombreux verbes réguliers emploient gur dans l’affirmation et nár dans la négation. Ces particules provoquent normalement la lénition — l’ajout d’un h qui adoucit la consonne initiale — plutôt que l’éclipse :
| Phrase indépendante | Dans une complétive | Français |
|---|---|---|
| Cheannaigh sí an leabhar. | Dúirt sí gur cheannaigh sí an leabhar. | Elle a dit qu’elle avait acheté le livre. |
| Níor cheannaigh sí é. | Dúirt sí nár cheannaigh sí é. | Elle a dit qu’elle ne l’avait pas acheté. |
| D’ól sé an caife. | Sílim gur ól sé an caife. | Je pense qu’il a bu le café. |
Certaines formes passées irrégulières suivent cependant go/nach et prennent leur forme dépendante : go raibh/nach raibh pour bí, go ndeachaigh/nach ndeachaigh pour téigh et go ndearna/nach ndearna pour déan. Comparez :
- Dúirt sé nach raibh sé ag teacht. — Il a dit qu’il ne venait pas.
- Tá a fhios agam go ndeachaigh sí abhaile. — Je sais qu’elle est rentrée chez elle.
- Creidim go ndearna siad iarracht. — Je crois qu’ils ont fait un effort.
Il n’existe donc pas une opération unique applicable à tous les passés. Pour les verbes les plus courants, mémorisez le bloc complet : go raibh, go ndeachaigh, go ndearna, gur cheannaigh, nár ól.
Les déclencheurs fréquents
La complétive peut suivre un verbe conjugué ou une expression entière :
- Ceapaim go… — Je pense que…
- Creidim go… — Je crois que…
- Deir sí go… — Elle dit que…
- Dúirt siad go/gur… — Ils ont dit que…
- Tuigim go… — Je comprends que…
- Tá a fhios agam go… — Je sais que…
- Tá súil agam go… — J’espère que…
Dans Tá a fhios agam, la personne qui sait est exprimée par la préposition conjuguée agam (« à moi »). Pour « tu sais », on emploie Tá a fhios agat ; pour « elle sait », Tá a fhios aici. La complétive qui suit reste construite de la même manière.
Exemples en contexte
| Irlandais | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Ceapaim go bhfuil sé ceart. | Je pense qu’il a raison. | tá devient go bhfuil. |
| Dúirt sé nach raibh sé ag teacht. | Il a dit qu’il ne venait pas. | Passé négatif de bí. |
| Tá a fhios agam go bhfuil sí tinn. | Je sais qu’elle est malade. | Expression courante pour « savoir ». |
| Creidim go dtuigeann tú an fhadhb. | Je crois que tu comprends le problème. | Éclipse de t : dtuigeann. |
| Síleann Máire nach n-oibríonn an siopa ar an Domhnach. | Máire pense que le magasin n’ouvre pas le dimanche. | n- devant la voyelle de oibríonn. |
| Deir siad go gceannaíonn siad bia anseo. | Ils disent qu’ils achètent leur nourriture ici. | Éclipse de c : gc. |
| Tá súil agam go dtiocfaidh tú linn. | J’espère que tu viendras avec nous. | Futur dépendant après go. |
| Cheap mé go mbeadh an traein déanach. | Je pensais que le train serait en retard. | Conditionnel dépendant de bí. |
| Dúirt Aoife gur fhág sí a mála sa charr. | Aoife a dit qu’elle avait laissé son sac dans la voiture. | Passé régulier avec gur et lénition. |
| Dúirt Cian nár cheannaigh sé ticéad. | Cian a dit qu’il n’avait pas acheté de billet. | Passé négatif avec nár. |
| Tá a fhios againn go ndearna siad a ndícheall. | Nous savons qu’ils ont fait de leur mieux. | Forme passée dépendante de déan. |
| Ní cheapaim go mbeidh sé furasta. | Je ne pense pas que ce sera facile. | La négation porte sur « penser ». |
| Ceapaim nach mbeidh sé furasta. | Je pense que ce ne sera pas facile. | La négation porte sur « être facile ». |
| Tuigim go mbíonn tú gnóthach ar maidin. | Je comprends que tu es souvent occupé le matin. | bíonn exprime une situation habituelle. |
| Dúirt sí go ndeachaigh a deartháir abhaile. | Elle a dit que son frère était rentré chez lui. | Passé dépendant irrégulier de téigh. |
Erreurs fréquentes
Garder tá après go
- Incorrect : Ceapaim go tá sé ceart.
- Correct : Ceapaim go bhfuil sé ceart.
- Pourquoi : après une particule, bí prend une forme dépendante. Au présent, le couple à retenir est go bhfuil / nach bhfuil.
Oublier l’éclipse
- Incorrect : Creidim go déanann sí é.
- Correct : Creidim go ndéanann sí é.
- Pourquoi : go éclipse normalement l’initiale : d devient nd. L’écriture de la mutation est obligatoire, même si elle paraît inhabituelle à un francophone.
Ajouter ní après nach
- Incorrect : Sílim nach ní thuigeann sé.
- Correct : Sílim nach dtuigeann sé.
- Pourquoi : nach signifie déjà « que… ne… pas » et commande ici l’éclipse. Une seconde particule négative est inutile.
Employer go pour une relative
- Incorrect : an bhean go bhfuil ina cónaí anseo
- Correct : an bhean atá ina cónaí anseo
- Pourquoi : « la femme qui habite ici » précise un nom ; c’est une relative, non le contenu d’une pensée ou d’un savoir. Elle demande la particule relative et, avec bí, la forme atá.
Employer gur devant tout verbe au passé
- Incorrect : Dúirt sé gur raibh sé tuirseach.
- Correct : Dúirt sé go raibh sé tuirseach.
- Pourquoi : le passé de bí possède la forme dépendante figée raibh après go/nach. Gur/nár est le bon modèle pour beaucoup de passés réguliers, mais pas pour toutes les formes irrégulières.
Calquer la place française de la négation
- À distinguer : Ní cheapaim go bhfuil sé ann et Ceapaim nach bhfuil sé ann.
- Sens : la première phrase nie le fait de penser (« Je ne pense pas qu’il soit là ») ; la seconde affirme une opinion négative (« Je pense qu’il n’est pas là »).
- Pourquoi : le français courant rapproche souvent ces deux formulations. En irlandais, choisir ní dans la principale ou nach dans la complétive permet de marquer clairement la portée de la négation.
Notes d’usage
À l’oral comme à l’écrit, go bhfuil et nach bhfuil sont omniprésents. Il est plus efficace de les reconnaître comme des blocs que d’essayer chaque fois de reconstituer la mutation de tá. La même méthode convient aux séries go raibh, go mbeidh et go mbeadh.
Le français emploie souvent le subjonctif après « je ne pense pas que » ou « je doute que ». Cette habitude ne doit pas conduire à chercher automatiquement un subjonctif irlandais après nach. La particule choisit une forme dépendante, mais le temps et le mode dépendent du sens et du verbe : nach bhfuil (« qu’il n’est pas »), nach mbeidh (« qu’il ne sera pas »), nach mbeadh (« qu’il ne serait pas »).
Dans la langue parlée, la prononciation et certaines formes varient selon les régions. Les graphies standards go bhfuil, go dtiocfaidh, go ndearna sont néanmoins de solides repères pour l’apprentissage et l’écrit. Écoutez particulièrement la consonne éclipsante : l’orthographe montre deux consonnes, mais une seule initiale domine généralement à l’oral.
Enfin, go ne correspond pas toujours au français « que » dans tous ses emplois. On le rencontre aussi à l’intérieur de conjonctions comme toisc go (« parce que ») ou cé go (« bien que »). La mutation qui suit peut être familière, mais la relation logique n’est plus simplement celle d’une complétive après « penser » ou « savoir ».
Pour aller plus loin
La copule is
La copule est le petit verbe qui sert notamment à identifier ou à classer : Is dochtúir í (« Elle est médecin »). Dans une complétive affirmative, on rencontre gur : Sílim gur dochtúir í (« Je pense qu’elle est médecin »). La négation emploie nach : Sílim nach dochtúir í (« Je pense qu’elle n’est pas médecin »). Pour des valeurs passées ou conditionnelles, on rencontre notamment gurbh, comme dans Dúirt sé gurbh fhearr leis fanacht (« Il a dit qu’il préférait rester »).
Ce système ne doit pas être confondu avec go bhfuil, qui appartient au verbe bí. Comparez Tá a fhios agam go bhfuil sí san ospidéal (« Je sais qu’elle est à l’hôpital »), une situation, et Tá a fhios agam gur dochtúir í (« Je sais qu’elle est médecin »), une identification.
Complétives, questions rapportées et ordres
Une affirmation rapportée prend go/nach, mais une question rapportée suit un autre modèle : D’fhiafraigh sé an raibh mé réidh (« Il a demandé si j’étais prêt »). De même, un ordre rapporté peut faire intervenir go ou gan avec le subjonctif ou le nom verbal selon la construction. Ces ressemblances expliquent pourquoi le discours indirect mérite une étude séparée au niveau B2.
La concordance des temps
Après un verbe au passé, l’irlandais peut modifier le repérage temporel de la proposition rapportée :
- Deir sí go mbeidh sí ann. — Elle dit qu’elle sera là.
- Dúirt sí go mbeadh sí ann. — Elle a dit qu’elle serait là.
Le passage de beidh à mbeadh correspond ici au changement de point de vue temporel. Toutefois, les correspondances ne se superposent pas toujours mot pour mot aux temps français. Avant de produire de longues phrases rapportées, consolidez d’abord les oppositions courtes go bhfuil / go raibh / go mbeidh / go mbeadh.
Plusieurs niveaux de subordination
Une complétive peut en contenir une autre : Dúirt sí go gceapann sí go mbeidh siad ann (« Elle a dit qu’elle pense qu’ils seront là »). Chaque particule introduit sa propre proposition, et chaque verbe conserve l’ordre verbe–sujet. Ces phrases sont grammaticales, mais à l’oral une formulation en deux phrases sera parfois plus claire.
Conseils pratiques
- Apprenez des couples opposés. Répétez go bhfuil / nach bhfuil, go raibh / nach raibh, go mbeidh / nach mbeidh. La négation et le temps deviennent ainsi plus faciles à choisir.
- Transformez des phrases simples. Partez de Déanann sí arán (« Elle fait du pain »), puis ajoutez Ceapaim… : Ceapaim go ndéanann sí arán. Faites ensuite la version négative : Ceapaim nach ndéanann sí arán.
- Repérez trois éléments à l’écoute. Pour chaque exemple entendu, notez le verbe principal, la particule (go, nach, gur, nár) et la première consonne du verbe dépendant. Cette écoute ciblée aide à associer mutation, temps et sens.
Concepts associés
- Prérequis : Les propositions relatives de base — pour distinguer une proposition qui précise un nom d’une proposition qui complète un verbe.
- Étape suivante : Le but et le résultat — pour employer notamment les propositions de résultat en go.
- Approfondissement : Le discours rapporté — pour les questions rapportées, les ordres et la concordance des temps.
- Approfondissement : Les propositions de cause, de but et de concession — pour toisc go, cé go et d’autres liens logiques complexes.
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