B1

Constructions idiomatiques courantes en basque

Esamolde Arruntak

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de basque sur Settemila Lingue.

En bref

En basque, kontuz ibili (« faire attention »), gogoan izan (« garder à l’esprit »), ados jarri (« se mettre d’accord »), alde egin (« partir ») et aurre egin (« faire face ») s’apprennent comme des blocs. Pour bien les employer, il faut retenir non seulement leur sens, mais aussi le cas demandé par leur complément et leur auxiliaire : arazoari aurre egin diogu, et non une traduction mot à mot du français.

Vue d’ensemble

Ces cinq tournures appartiennent au vocabulaire quotidien : on les entend dans un avertissement, un rappel, une discussion, le récit d’un départ ou la description d’une difficulté. Elles sont idiomatiques parce que leur sens global ne se déduit pas toujours de chaque mot. Alde, par exemple, évoque un côté ou une direction, et egin signifie habituellement « faire » ; pourtant, alde egin veut dire « partir, s’en aller ».

Au niveau B1, l’enjeu n’est donc plus seulement de connaître des verbes isolés. Il faut savoir associer chaque locution à sa construction complète. Le basque marque souvent la fonction d’un nom par un cas grammatical (une terminaison ajoutée au nom), là où le français emploie une préposition. Ainsi, le « à » de « faire face à un problème » correspond au datif dans arazoari aurre egin.

Ces expressions montrent aussi pourquoi l’auxiliaire basque ne se choisit pas d’après le français. On dit alde egin du pour « il ou elle est parti(e) », même si le français emploie être. Une phrase modèle complète est donc plus utile qu’une simple équivalence de dictionnaire.

Fonctionnement

Cinq blocs à retenir

Tournure basque Équivalent naturel en français Construction essentielle
kontuz ibili faire attention, être prudent seul, ou avec un complément en -ekin
gogoan izan garder à l’esprit, se rappeler la chose retenue fonctionne comme objet
ados jarri se mettre d’accord souvent sans objet direct ; auxiliaire intransitif
alde egin partir, s’en aller, quitter les lieux point de départ souvent en -tik ; auxiliaire transitif
aurre egin faire face à, affronter complément au datif, généralement en -ri

Les traductions changent avec le contexte. Kontuz ibili peut correspondre à « fais attention », « soyez prudents » ou « prends garde ». Alde egin peut devenir « partir », « s’en aller » ou « quitter la pièce ». Il vaut mieux partir de la situation que chercher un mot français unique.

Kontuz ibili : faire attention

Kontuz exprime la prudence ou l’attention. Il peut former à lui seul un avertissement : Kontuz! (« Attention ! »). Avec ibili, on obtient une consigne ou une description plus complète : Kontuz ibili! (« Fais attention ! »).

La personne ou la chose qui appelle à la prudence apparaît souvent au sociatif (le cas qui signifie « avec »), reconnaissable à -ekin :

  • autoekin : avec les voitures, donc « aux voitures » dans cette consigne ;
  • txakurrarekin : avec le chien, donc « au chien » ;
  • umeekin : avec les enfants.

Il ne faut pas calquer automatiquement la préposition française à. Le basque conçoit ici la relation comme la prudence à avoir « avec » quelque chose : Kontuz ibili autoekin!

Ibili est un verbe intransitif (un verbe construit ici sans objet direct). Il prend donc les auxiliaires de la série de izan : kontuz ibili naiz (« j’ai fait attention »), kontuz ibili gara (« nous avons fait attention »).

Gogoan izan : garder en mémoire

Dans gogoan izan, gogoan signifie littéralement quelque chose comme « dans l’esprit, en mémoire ». La tournure entière sert à rappeler une information ou à dire qu’on la conserve mentalement : Hori gogoan dut (« Je m’en souviens / Je l’ai en tête »).

La chose gardée en mémoire se comporte comme l’objet d’une construction transitive. L’auxiliaire s’accorde donc avec la personne qui se souvient et, lorsque cela compte, avec le nombre de choses retenues :

  • Hori gogoan dut. — J’ai cela à l’esprit.
  • Gauza horiek gogoan ditut. — Je garde ces choses à l’esprit.
  • Hori gogoan izan behar dugu. — Nous devons garder cela à l’esprit.

Une proposition subordonnée (un groupe de mots dépendant d’une autre phrase) peut également préciser le contenu du rappel. Elle se termine souvent par -la : Gogoan izan bilera bihar dela (« Garde à l’esprit que la réunion est demain »).

Ados jarri : parvenir à un accord

Ados veut dire « d’accord ». Le choix du verbe permet de distinguer un état d’un changement :

Basque Français Valeur
Ados nago. Je suis d’accord. état actuel
Ez nago ados. Je ne suis pas d’accord. désaccord actuel
Ados jarri gara. Nous nous sommes mis d’accord. passage à l’accord
Ados jartzen ari gara. Nous sommes en train de nous mettre d’accord. processus en cours

Jarri signifie notamment « mettre, placer » ou « se mettre » selon sa construction. Dans ados jarri, il indique que les participants arrivent à un nouvel état. La tournure est intransitive et prend les auxiliaires de izan : jarri naiz, jarri da, jarri gara, jarri dira.

Pour nommer l’autre personne, on emploie volontiers le sociatif : zurekin ados jarri naiz (« je me suis mis d’accord avec toi »). Le sujet ou le point précis de l’accord peut être donné par le contexte ou par une forme appropriée, par exemple prezioan (« sur le prix »).

Alde egin : partir

Alde egin est une locution figée avec egin. Elle signifie « partir, s’en aller » et non « faire un côté ». Le lieu que l’on quitte prend fréquemment l’ablatif (le cas du point de départ), en -tik :

  • etxetik alde egin : partir de la maison ;
  • bileratik alde egin : quitter la réunion ;
  • herritik alde egin : quitter le village ou la ville.

Cette locution utilise normalement un auxiliaire transitif de la série de ukan/edun : alde egin dut (« je suis parti »), alde egin du (« il ou elle est parti(e) »), alde egin dugu (« nous sommes partis »). C’est un contraste important pour un francophone : l’auxiliaire français être ne prédit pas l’auxiliaire basque.

L’aspect se marque sur le groupe verbal comme avec d’autres verbes : alde egiten du décrit une habitude, alde egin du un départ accompli et alde egingo du un départ à venir.

Aurre egin : faire face

Aurre egin signifie « faire face, résister, affronter ». La difficulté, la personne ou la situation affrontée se met au datif (le cas de ce vers quoi l’action est orientée), généralement en -ri au singulier déterminé et en -ei au pluriel :

  • arazoari aurre egin : faire face au problème ;
  • beldurrari aurre egin : affronter la peur ;
  • zailtasunei aurre egin : faire face aux difficultés.

Le datif apparaît aussi dans l’auxiliaire. Arazoari aurre egin diogu signifie littéralement que « nous avons fait face au problème » : diogu encode à la fois le sujet « nous » et le complément datif singulier. Avec un complément pluriel, on peut rencontrer diegu : Zailtasunei aurre egin diegu (« Nous avons fait face aux difficultés »).

Cette double marque — sur le nom et dans l’auxiliaire — est très différente du français. Il faut mémoriser ensemble arazoari ... diogu, et pas uniquement aurre egin.

Temps, aspect et obligation

Une fois la construction de base connue, ces blocs se combinent avec les formes verbales ordinaires :

Modèle Exemple basque Sens en français
accompli alde egin du il ou elle est parti(e)
habituel kontuz ibiltzen da il ou elle fait habituellement attention
futur alde egingo dugu nous partirons
obligation gogoan izan behar duzu tu dois garder cela à l’esprit
progression aurre egiten ari gara nous sommes en train de faire face

Avec behar izan, c’est l’ensemble de la construction qui exprime l’obligation. Comparez alde egin behar dut (« je dois partir ») et arazoari aurre egin behar diogu (« nous devons faire face au problème ») : la forme de l’auxiliaire dépend toujours des participants grammaticaux de la locution.

Exemples en contexte

Basque Traduction française Remarque
Kontuz ibili autoekin! Fais attention aux voitures ! avertissement avec -ekin
Kontuz ibili, zorua bustita dago. Attention, le sol est mouillé. consigne générale
Umeekin kontuz ibili behar dugu. Nous devons être prudents avec les enfants. obligation
Gogoan izan behar dugu. Nous devons le garder à l’esprit. exemple central, objet compris par le contexte
Gogoan izan bilera bihar dela. Garde à l’esprit que la réunion est demain. contenu exprimé par une subordonnée en -la
Gauza horiek gogoan ditut. Je garde ces choses à l’esprit. objet pluriel, d’où ditut
Azkenean ados jarri gara. Finalement, nous nous sommes mis d’accord. accord obtenu
Oraindik ez gara prezioan ados jarri. Nous ne nous sommes pas encore mis d’accord sur le prix. négociation inachevée
Zurekin ados nago, baina ez puntu horretan. Je suis d’accord avec toi, mais pas sur ce point. état avec egon, non changement
Goiz alde egin behar dut. Je dois partir tôt. obligation personnelle
Bileratik alde egin du. Il ou elle a quitté la réunion. origine en -tik
Ez egin alde oraindik! Ne pars pas encore ! ordre négatif
Arazoari aurre egin behar diogu. Nous devons faire face au problème. datif singulier + diogu
Beldurrari aurre egin dio. Il ou elle a affronté sa peur. complément au datif
Zailtasunei elkarrekin aurre egingo diegu. Nous ferons face ensemble aux difficultés. datif pluriel + futur

Erreurs courantes

Employer l’absolutif avec aurre egin

  • Incorrect : Arazoa aurre egin behar dugu.
  • Correct : Arazoari aurre egin behar diogu.
  • Pourquoi : Le problème affronté se met au datif : arazoa devient arazoari. L’auxiliaire doit lui aussi inclure ce complément, d’où diogu et non dugu.

Confondre « être d’accord » et « se mettre d’accord »

  • Inadapté au sens voulu : Azkenean ados egon gara pour raconter le moment où un accord a été trouvé.
  • Correct : Azkenean ados jarri gara.
  • Pourquoi : Ados egon décrit un état ; ados jarri met l’accent sur le passage du désaccord à l’accord. La première phrase peut être grammaticale, mais elle ne raconte pas le même événement.

Choisir l’auxiliaire d’après le français

  • Incorrect : Alde egin da.
  • Correct : Alde egin du.
  • Pourquoi : Même si le français dit « il est parti », alde egin se construit normalement avec l’auxiliaire transitif. Apprenez la forme complète alde egin du.

Oublier le cas après kontuz ibili

  • Incorrect : Kontuz ibili autoak.
  • Correct : Kontuz ibili autoekin.
  • Pourquoi : Le complément prend couramment le sociatif en -ekin. La traduction française « faire attention aux voitures » ne doit pas dicter la forme basque.

Traiter gogoan comme un simple adjectif

  • Incorrect : Gu gogoan gara hori.
  • Correct : Hori gogoan dugu.
  • Pourquoi : Pour dire « nous avons cela à l’esprit », la chose retenue fonctionne comme objet et la construction prend une forme transitive, ici dugu.

Traduire chaque mot séparément

  • Incorrect : interpréter alde egin comme « faire le côté » ou aurre egin comme deux mots indépendants.
  • Correct : mémoriser alde egin = « partir » et aurre egin = « faire face ».
  • Pourquoi : Le sens d’une locution appartient au groupe entier. L’analyse mot à mot aide parfois à créer une image mentale, mais elle ne fournit pas une traduction fiable.

Notes d’usage

Kontuz! est naturel comme cri bref, sur un panneau ou dans une situation urgente. Kontuz ibili! est une consigne plus développée. Selon le contexte et la personne visée, le français traduira par « fais attention » ou « faites attention », alors que la forme basque sans auxiliaire explicite peut rester la même.

Gogoan izan convient aussi bien à une conversation qu’à un rappel écrit. Dans une consigne, il correspond souvent à « n’oubliez pas » même si son image est positive : garder une information présente à l’esprit. Kontuan hartu, qui signifie plutôt « prendre en compte », n’est pas toujours interchangeable : retenir un fait et en tenir compte dans une décision sont deux idées proches, mais distinctes.

Ados peut s’employer seul : Ados! (« D’accord ! »). Ados nago exprime une position personnelle ; ados jarri gara évoque généralement une discussion ou une négociation ayant abouti. Pour dire avec qui l’on est d’accord, zurekin, harekin ou un autre groupe en -ekin est très fréquent.

Alde egin est neutre en soi. Le ton vient de la situation : il peut s’agir de rentrer calmement, de quitter une réunion ou de partir brusquement. Le français choisira parfois « s’en aller », parfois « quitter les lieux ». Une indication en -tik précise le lieu d’origine, tandis qu’une indication temporelle comme goiz (« tôt ») précise le moment.

Aurre egin s’emploie beaucoup avec des réalités abstraites : une crise, une peur, une pression ou des difficultés. Il ne suppose donc pas nécessairement une confrontation physique. La tournure peut valoriser la détermination, mais elle peut aussi décrire sobrement la nécessité de gérer une situation.

Pour aller plus loin

Négation et ordre des éléments

Dans une phrase négative, ez se place devant l’auxiliaire, lequel précède souvent le reste du groupe verbal : Ez du alde egin (« Il ou elle n’est pas parti(e) »), Ez dugu hori gogoan izan (« Nous n’avons pas gardé cela à l’esprit »). Ce changement d’ordre appartient au fonctionnement général de la négation basque ; la locution elle-même reste reconnaissable.

Avec ados jarri, la négation peut porter sur le résultat : Ez gara ados jarri (« Nous ne nous sommes pas mis d’accord »). Avec ados egon, elle décrit au contraire un état de désaccord : Ez gaude ados (« Nous ne sommes pas d’accord »).

Accord de l’auxiliaire et nombre du complément

Les locutions transitives ou datives rappellent une caractéristique majeure du basque : l’auxiliaire peut renseigner sur plusieurs participants. Comparez :

  • Hori gogoan dut : une chose gardée à l’esprit ;
  • Gauza horiek gogoan ditut : plusieurs choses, donc une forme plurielle de l’objet ;
  • Arazoari aurre egin diogu : un complément datif singulier ;
  • Zailtasunei aurre egin diegu : un complément datif pluriel.

À un niveau plus avancé, ces alternances doivent devenir automatiques. Au début, retenez une phrase modèle au singulier et une autre au pluriel plutôt que d’essayer de reconstruire l’auxiliaire sous pression.

Productivité des locutions avec egin

Le basque possède de nombreuses associations d’un nom ou d’un adverbe avec egin : lan egin (« travailler »), lo egin (« dormir »), barre egin (« rire »), negar egin (« pleurer »). Cela ne signifie pas que toutes suivent exactement le même schéma. Alde egin et aurre egin illustrent au contraire deux constructions différentes : la seconde ajoute normalement un complément datif et exige un auxiliaire qui le reflète.

Cette famille est productive et très utile, mais elle doit être apprise locution par locution. Pour chacune, relevez trois informations : le sens global, le cas du complément et une forme conjuguée naturelle.

Conseils de pratique

  1. Faites des cartes avec une phrase entière. Au recto, écrivez « Nous devons faire face au problème » ; au verso, Arazoari aurre egin behar diogu. Vous travaillerez ainsi -ri, la locution et diogu en même temps.
  2. Classez les exemples par situation. Associez kontuz ibili à un danger concret, gogoan izan à un rappel, ados jarri à une négociation, alde egin à un départ et aurre egin à une difficulté réelle.
  3. Transformez une même phrase. Passez de l’accompli au futur ou à l’obligation : alde egin du → alde egingo du → alde egin behar du. Faites ensuite la même chose avec aurre egin, sans perdre le datif.

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