Les formes verbales II et III en arabe
الأفعال: الثاني والثالث
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de arabe sur Settemila Lingue.
En bref
La forme II فَعَّلَ double la deuxième consonne de la racine et sert souvent à exprimer une action causée, répétée ou renforcée : دَرَسَ « étudier » devient دَرَّسَ « enseigner ». La forme III فاعَلَ allonge la première voyelle et présente souvent une action dirigée vers une autre personne : كَتَبَ « écrire » devient كاتَبَ « correspondre avec ». Ces sens sont des tendances utiles, pas des formules de traduction automatiques.
Vue d’ensemble
En arabe, une grande partie du vocabulaire s’organise autour de racines, le plus souvent composées de trois consonnes. Ces consonnes sont placées dans des schèmes (des modèles de formation) qui produisent des mots apparentés. À partir de د ر س, lié à l’étude, on obtient ainsi دَرَسَ « il a étudié », دَرَّسَ « il a enseigné », دارِس « étudiant » et مَدْرَسَة « école ».
Les formes II et III sont des schèmes verbaux dérivés. Le chiffre ne désigne ni une personne grammaticale ni un temps : forme II ne veut pas dire « deuxième personne », et forme III ne veut pas dire « futur ». Il s’agit de deux manières de construire un nouveau verbe à partir d’une racine. Ce nouveau verbe se conjugue ensuite au passé, au présent ou à l’impératif comme les autres verbes.
Au niveau A2, l’objectif prioritaire est de reconnaître les deux silhouettes فَعَّلَ et فاعَلَ, de les prononcer distinctement et d’associer chaque verbe à son sens réel. Pour un francophone, le système demande un changement d’habitude : là où le français emploie souvent deux verbes sans ressemblance visible — « étudier » et « enseigner », par exemple —, l’arabe laisse apparaître leur parenté dans la structure même du mot.
Fonctionnement
Les lettres-modèles ف ع ل
Les grammaires arabes représentent les trois consonnes d’une racine par ف, ع et ل. Pour la racine ك ت ب, ف correspond donc à ك, ع à ت, et ل à ب. Ce procédé permet de montrer un modèle sans le limiter à un verbe particulier.
| Forme | Schème au passé | Avec ك ت ب | Indice principal |
|---|---|---|---|
| I | فَعَلَ | كَتَبَ | aucune consonne ajoutée dans ce modèle |
| II | فَعَّلَ | كَتَّبَ | deuxième consonne doublée |
| III | فاعَلَ | كاتَبَ | ا après la première consonne |
La forme I sert ici de point de comparaison. Elle n’est pas forcément plus fréquente, plus régulière ou plus « normale » que les autres. De plus, toutes les racines ne fournissent pas un verbe usuel dans chacune des formes possibles.
La forme II : فَعَّلَ
La forme II double la deuxième consonne de la racine. Le signe شَدَّة placé au-dessus d’une consonne indique ce doublement : dans دَرَّسَ, le رّ doit être tenu plus longtemps que le ر de دَرَسَ. Ce contraste est important, même si le français n’emploie généralement pas la durée d’une consonne pour distinguer deux verbes.
Ses valeurs les plus fréquentes sont les suivantes :
- Rendre une action causative, c’est-à-dire faire en sorte qu’une autre personne accomplisse ou acquière quelque chose : عَلِمَ « savoir » → عَلَّمَ « enseigner, informer ».
- Rendre un verbe transitif, donc lui permettre de prendre un complément d’objet direct (la personne ou la chose directement touchée par l’action) : فَرِحَ « être heureux » → فَرَّحَ « réjouir ».
- Renforcer, répéter ou répartir l’action : قَطَعَ « couper » → قَطَّعَ « découper, couper en morceaux ».
- Créer un verbe à partir d’un nom ou d’une qualité : نَظيف « propre » appartient à la même famille que نَظَّفَ « nettoyer, rendre propre ».
Le français ne traduit pas nécessairement cette nuance par « faire + infinitif » (la forme non conjuguée du verbe, comme « étudier »). عَلَّمَ الطِّفْلَ القِراءَةَ se rend naturellement par « il a appris la lecture à l’enfant » ou « il a enseigné la lecture à l’enfant », et non par une imitation rigide de la structure arabe.
Voici les principales formes à reconnaître. Le nom verbal désigne l’action comme un nom, un peu comme « enseignement » par rapport à « enseigner ». Le participe est une forme apparentée au verbe qui peut nommer l’auteur ou le résultat de l’action. L’impératif est la forme utilisée pour donner un ordre ou une consigne.
| Élément | Schème II | Exemple avec ع ل م | Valeur |
|---|---|---|---|
| passé, « il… » | فَعَّلَ | عَلَّمَ | il a enseigné |
| présent, « il… » | يُفَعِّلُ | يُعَلِّمُ | il enseigne |
| impératif masculin singulier | فَعِّلْ | عَلِّمْ | enseigne ! |
| nom verbal courant | تَفْعيل | تَعْليم | enseignement, éducation |
| participe actif | مُفَعِّل | مُعَلِّم | enseignant |
| participe passif | مُفَعَّل | مُعَلَّم | enseigné, instruit |
Au présent, le doublement reste présent : دَرَّسَ / يُدَرِّسُ, نَظَّفَ / يُنَظِّفُ. Les préfixes personnels habituels s’ajoutent au schème : أُدَرِّسُ « j’enseigne », تُدَرِّسُ « elle enseigne » ou « tu enseignes », نُدَرِّسُ « nous enseignons ».
La forme III : فاعَلَ
La forme III place un ا, donc une voyelle longue, après la première consonne de la racine : كاتَبَ, ساعَدَ, ناقَشَ. Il faut bien faire entendre cette longueur. كَتَبَ commence par une voyelle brève, tandis que كاتَبَ commence par une voyelle longue.
Cette forme présente souvent une action orientée vers un autre participant :
- agir envers quelqu’un : ساعَدَ « aider », عامَلَ « traiter quelqu’un d’une certaine manière » ;
- entrer en relation ou en échange avec quelqu’un : كاتَبَ « correspondre avec », ناقَشَ « discuter avec, examiner » ;
- affronter ou rencontrer quelqu’un : قاتَلَ « combattre », قابَلَ « rencontrer » ;
- exprimer un sens devenu autonome, qu’il faut simplement apprendre : سافَرَ « voyager », حاوَلَ « essayer ».
L’idée d’un partenaire explique beaucoup de verbes de forme III, mais elle ne garantit pas que les deux participants accomplissent exactement la même action. ساعَدَتْ ليلى أَخاها signifie que Leïla a aidé son frère ; la phrase ne dit pas que son frère l’a aidée en retour. La réciprocité explicite est souvent associée à la forme VI, étudiée plus tard.
| Élément | Schème III | Exemple avec س ع د | Valeur |
|---|---|---|---|
| passé, « il… » | فاعَلَ | ساعَدَ | il a aidé |
| présent, « il… » | يُفاعِلُ | يُساعِدُ | il aide |
| impératif masculin singulier | فاعِلْ | ساعِدْ | aide ! |
| nom verbal fréquent | مُفاعَلَة | مُساعَدَة | aide, assistance |
| participe actif | مُفاعِل | مُساعِد | assistant ; personne qui aide |
| participe passif | مُفاعَل | مُساعَد | aidé |
Le nom verbal de la forme III est souvent en مُفاعَلَة, mais on rencontre aussi d’autres modèles. Il vaut donc mieux mémoriser le nom verbal avec le verbe plutôt que de le fabriquer au hasard.
Une méthode simple pour les reconnaître
Dans un texte vocalisé, cherchez d’abord la شَدَّة sur la deuxième consonne pour la forme II et le ا après la première consonne pour la forme III. Dans un texte ordinaire, les voyelles brèves disparaissent souvent, mais le ا de la forme III reste écrit ; la شَدَّة, elle, peut être omise. Le contexte et le vocabulaire connu deviennent alors indispensables.
Pour débuter, procédez dans cet ordre : identifiez la racine probable, observez le schème, puis vérifiez le sens du verbe entier. Le schème propose une piste sémantique ; il ne remplace pas le dictionnaire.
Exemples en contexte
| Arabe | Traduction française | Point observé |
|---|---|---|
| دَرَسَتْ مَرْيَمُ العَرَبِيَّةَ في الجامِعَةِ. | Maryam a étudié l’arabe à l’université. | Forme I de د ر س. |
| دَرَّسَ الأُسْتاذُ العَرَبِيَّةَ لِسَنَتَيْنِ. | Le professeur a enseigné l’arabe pendant deux ans. | Forme II : دَرَّسَ. |
| تُعَلِّمُني صَديقَتي كَلِماتٍ جَديدَةً. | Mon amie m’apprend de nouveaux mots. | Forme II au présent. |
| نَظَّفْنا المَطْبَخَ بَعْدَ العَشاءِ. | Nous avons nettoyé la cuisine après le dîner. | Idée de rendre propre. |
| قَطَّعَ سامي الخُبْزَ قِطَعًا صَغيرَةً. | Sami a découpé le pain en petits morceaux. | Action répartie en plusieurs coupes. |
| صَوَّرَتْ هُدى المَدينةَ القَديمَةَ. | Houda a photographié la vieille ville. | Verbe de forme II à apprendre comme unité. |
| كَتَبَتْ نُورٌ رِسالَةً طَويلَةً. | Nour a écrit une longue lettre. | Forme I de ك ت ب. |
| كاتَبَتْ نُورٌ صَديقَتَها في المَغْرِبِ. | Nour a correspondu avec son amie au Maroc. | Forme III dirigée vers une personne. |
| ساعَدَني جارِي في نَقْلِ الطّاوِلَةِ. | Mon voisin m’a aidé à déplacer la table. | Le suffixe ـني signifie ici « m’ ». |
| ناقَشْنا الخُطَّةَ في الاجْتِماعِ. | Nous avons discuté du plan pendant la réunion. | Forme III avec un objet direct en arabe. |
| قابَلْتُ الطَّبيبَ صَباحًا. | J’ai rencontré le médecin ce matin. | Sens lexical courant de la forme III. |
| سافَروا إلى الأُرْدُنِ في الرَّبيعِ. | Ils ont voyagé en Jordanie au printemps. | Forme III sans valeur réciproque nécessaire. |
| يُحاوِلُ الطِّفْلُ أَنْ يَفْتَحَ البابَ. | L’enfant essaie d’ouvrir la porte. | حاوَلَ se construit ici avec أَنْ et un verbe. |
| عامَلَتِ المُديرَةُ الجَميعَ باحْتِرامٍ. | La directrice a traité tout le monde avec respect. | Action orientée vers autrui. |
Erreurs fréquentes
1. Confondre schème et temps verbal
- Incorrect : croire que كاتَبَ est un temps particulier de كَتَبَ.
- Correct : ce sont deux verbes apparentés : كَتَبَ / يَكْتُبُ « écrire » et كاتَبَ / يُكاتِبُ « correspondre avec ».
- Pourquoi : le schème crée un lexème, c’est-à-dire un mot de vocabulaire distinct ; la conjugaison indique ensuite le temps et la personne.
2. Ne pas prononcer la consonne double
- Incorrect : prononcer دَرَّسَ comme دَرَسَ.
- Correct : marquer un bref arrêt sur رّ dans دَرَّسَ.
- Pourquoi : la consonne longue distingue ici « enseigner » de « étudier ». La شَدَّة n’est pas un simple détail orthographique.
3. Raccourcir la voyelle de la forme III
- Incorrect : lire كاتَبَ comme كَتَبَ.
- Correct : allonger le ا de كاتَبَ.
- Pourquoi : cette voyelle longue est l’indice central de la forme III et peut opposer deux mots différents.
4. Traduire toute forme II par « faire faire »
- Incorrect : rendre نَظَّفَ الغُرْفَةَ par « il a fait nettoyer la chambre » sans contexte justificatif.
- Correct : traduire le plus souvent par « il a nettoyé la chambre ».
- Pourquoi : le schème aide à comprendre la formation du verbe, mais le français demande le verbe idiomatique correspondant.
5. Attribuer une réciprocité automatique à la forme III
- Incorrect : comprendre ساعَدَني comme « nous nous sommes aidés ».
- Correct : ساعَدَني signifie « il m’a aidé ».
- Pourquoi : la forme III suppose souvent une relation avec autrui, mais pas forcément une action mutuelle. Le contexte précise les rôles.
6. Calquer les compléments du français
- Incorrect : ajouter systématiquement l’équivalent arabe de « avec » après قابَلَ ou ساعَدَ.
- Correct : apprendre قابَلَ صَديقَهُ « il a rencontré son ami » et ساعَدَ صَديقَهُ « il a aidé son ami ».
- Pourquoi : un verbe arabe peut prendre directement son objet là où la traduction française suggère une autre construction. Mémorisez une courte phrase avec chaque nouveau verbe.
Notes d’usage
Les formes II et III appartiennent pleinement à l’arabe standard moderne. On les rencontre dans la conversation soignée, la presse, les études et les textes administratifs. Elles existent aussi dans de nombreux dialectes, mais leurs voyelles et leur conjugaison varient selon les régions. À ce stade, il est plus efficace de stabiliser d’abord les modèles de l’arabe standard, puis de relever séparément les réalisations dialectales dont vous avez besoin.
Dans les textes non vocalisés, درس peut demander un vrai travail d’interprétation : selon le contexte et les signes éventuellement présents, cette suite de lettres peut appartenir à plusieurs mots de la famille. En revanche, le ا de كاتب reste visible, même si ce mot peut lui-même être un verbe ou un nom selon la vocalisation et la phrase. La syntaxe — la manière dont les mots s’organisent dans la phrase — aide donc autant que la forme graphique.
Tous les verbes théoriquement constructibles ne sont pas employés. Il ne faut pas inventer une forme II ou III parce qu’elle semble logique. De même, la présence d’un schème connu ne suffit pas à prévoir une traduction précise : حاوَلَ signifie « essayer » et سافَرَ « voyager ». Apprenez le schème pour reconnaître et conjuguer ; apprenez le verbe en contexte pour comprendre et produire.
Pour aller plus loin
Les points suivants ne sont pas à maîtriser immédiatement au niveau A2, mais ils rendent le système beaucoup plus cohérent à mesure que le vocabulaire s’élargit.
D’abord, les familles dérivationnelles comprennent aussi les noms verbaux et les participes. À partir de عَلَّمَ, on rencontre تَعْليم « enseignement » et مُعَلِّم « enseignant ». Autour de ساعَدَ se trouvent مُساعَدَة « aide » et مُساعِد « assistant ». Repérer ces liens permet souvent de deviner le domaine général d’un mot, même sans connaître encore son sens exact.
Ensuite, les racines faibles — celles qui contiennent notamment و ou ي — et les racines dont deux consonnes sont identiques peuvent modifier l’apparence attendue du schème. Les règles de base restent utiles, mais la surface du mot peut changer. Il est prudent de vérifier les formes principales dans un dictionnaire : passé, présent et nom verbal.
Enfin, une forme dérivée n’exige pas toujours qu’un verbe de forme I soit courant dans l’usage moderne. Le système décrit des relations de structure et de sens, pas une série complète de cases obligatoirement remplies. Cette distinction évite de chercher à tout prix un « verbe de départ » pour chaque forme II ou III.
Les formes suivantes approfondissent ces relations. La forme V تَفَعَّلَ entretient souvent un lien avec la forme II : عَلَّمَ « enseigner » et تَعَلَّمَ « apprendre ». Plus tard, la forme VI تَفاعَلَ permettra notamment d’exprimer plus clairement certaines actions mutuelles. Ces correspondances sont fréquentes, mais elles restent soumises au sens lexical de chaque verbe.
Conseils de pratique
- Constituez des familles courtes. Sur une fiche, écrivez par exemple دَرَسَ — دَرَّسَ — تَعْليم avec une phrase pour chaque mot. Trois formes bien contextualisées valent mieux qu’une longue liste sans exemples.
- Travaillez l’opposition à voix haute. Alternez دَرَسَ / دَرَّسَ puis كَتَبَ / كاتَبَ. Exagérez d’abord légèrement la consonne double et la voyelle longue, puis revenez à un débit naturel.
- Classez les verbes rencontrés, sans forcer leur sens. Notez « forme II » ou « forme III », puis ajoutez la construction complète : ساعَدَ شَخْصًا « aider quelqu’un », حاوَلَ أَنْ يَفْعَلَ « essayer de faire ». Vous apprendrez ainsi simultanément le schème, le sens et les compléments.
Notions liées
- Prérequis : Le système de la racine et du schème — pour comprendre comment une même racine entre dans plusieurs modèles.
- Étape suivante : Les formes verbales IV et V — pour poursuivre l’étude des formes dérivées et relier notamment عَلَّمَ à تَعَلَّمَ.
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