Le geniş zaman en turc : l’aoriste
Geniş Zaman
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de turc sur Settemila Lingue.
En bref
Le geniş zaman présente une action comme habituelle, générale, prévisible ou volontaire : Her gün kahve içerim signifie « Je bois du café tous les jours ». À l’affirmatif, il se construit surtout avec -r, -ar/-er ou -ır/-ir/-ur/-ür ; sa négation a une forme particulière en -maz/-mez, mais sans z à la première personne : gelmem (« je ne viens pas / je ne viendrai pas »).
Vue d’ensemble
Le geniş zaman, littéralement le « temps large », est souvent appelé aoriste en grammaire turque. Il ne correspond pas à un seul temps français. Selon le contexte, il peut se traduire par un présent d’habitude, un présent de vérité générale, ou même par un futur lorsque la personne exprime une intention, une promesse ou une prévision.
Cette forme apparaît dès le niveau A2, car elle permet de parler de son quotidien, de ses goûts et de faits stables : Sabahları erken kalkarım (« Le matin, je me lève tôt »), Su yüz derecede kaynar (« L’eau bout à cent degrés »). Elle sert aussi dans des échanges très courants : Ben yaparım (« Je m’en charge »), Olur (« D’accord / ça marche ») ou Yardım eder misiniz? (« Pourriez-vous m’aider ? »).
Pour un francophone, la difficulté principale est de ne pas traduire automatiquement tout présent français par le même temps turc. Le français dit aussi bien « je lis maintenant » que « je lis souvent » au présent. Le turc distingue normalement l’action en cours avec le présent progressif, okuyorum, et l’habitude ou la disposition générale avec l’aoriste, okurum.
Formation et fonctionnement
Trouver le radical
On part du radical, c’est-à-dire la partie du verbe qui reste après avoir retiré -mak ou -mek de l’infinitif :
- bakmak → bak- (« regarder ») ;
- gelmek → gel- (« venir ») ;
- okumak → oku- (« lire ») ;
- düşünmek → düşün- (« penser »).
On ajoute ensuite la marque de l’aoriste, puis la terminaison personnelle. Le choix des voyelles suit l’harmonie vocalique : la voyelle du suffixe s’adapte aux dernières voyelles du radical.
Les trois modèles affirmatifs
| Type de radical | Marque de l’aoriste | Exemples |
|---|---|---|
| Radical terminé par une voyelle | -r | oku-r (« il/elle lit »), başla-r (« il/elle commence ») |
| Radical consonantique de plusieurs syllabes | -ır/-ir/-ur/-ür | çalış-ır (« il/elle travaille »), düşün-ür (« il/elle pense ») |
| Radical consonantique d’une syllabe | en général -ar/-er | bak-ar (« il/elle regarde »), sev-er (« il/elle aime ») |
Pour -ar/-er, on choisit a après a, ı, o, u et e après e, i, ö, ü. Pour -ır/-ir/-ur/-ür, le choix se fait ainsi :
| Dernière voyelle du radical | Suffixe | Exemple |
|---|---|---|
| a, ı | -ır | çalışır |
| e, i | -ir | getirir |
| o, u | -ur | oturur |
| ö, ü | -ür | düşünür |
Le modèle à une syllabe comporte une série importante d’exceptions en -ır/-ir/-ur/-ür. Les plus utiles sont : alır (« prend »), bilir (« sait »), bulur (« trouve »), durur (« s’arrête / reste »), gelir (« vient »), görür (« voit »), kalır (« reste »), olur (« devient / se produit »), ölür (« meurt »), sanır (« croit »), varır (« arrive »), verir (« donne ») et vurur (« frappe »). Il est plus efficace de mémoriser chacune de ces formes avec le verbe que de chercher à la deviner.
Quelques verbes fréquents présentent aussi un changement de radical : demek donne der (« dit »), yemek donne yer (« mange »), gitmek donne gider (« va ») et etmek donne eder (« fait »). İstemek forme ister (« veut »), forme elle aussi à retenir.
Les terminaisons personnelles
Le turc n’a généralement pas besoin d’un pronom sujet séparé, car la terminaison indique déjà la personne. Voici le paradigme complet de gelmek :
| Personne | Forme | Sens de base |
|---|---|---|
| ben | gelirim | je viens habituellement |
| sen | gelirsin | tu viens habituellement |
| o | gelir | il/elle vient habituellement |
| biz | geliriz | nous venons habituellement |
| siz | gelirsiniz | vous venez habituellement |
| onlar | gelirler | ils/elles viennent habituellement |
Le même jeu de terminaisons se retrouve avec les autres modèles : bakarım, bakarsın, bakar, bakarız, bakarsınız, bakarlar ; okurum, okursun, okur, okuruz, okursunuz, okurlar.
Les pronoms ben, sen, o, biz, siz, onlar servent surtout à marquer un contraste ou une insistance : Ben kahve içerim, o çay içer (« Moi, je bois du café ; lui/elle, du thé »).
La négation particulière
À la plupart des personnes, la négation de l’aoriste se construit avec -maz/-mez. Cependant, le z disparaît aux premières personnes du singulier et du pluriel.
| Personne | bakmak à la forme négative | Traduction possible |
|---|---|---|
| ben | bakmam | je ne regarde pas |
| sen | bakmazsın | tu ne regardes pas |
| o | bakmaz | il/elle ne regarde pas |
| biz | bakmayız | nous ne regardons pas |
| siz | bakmazsınız | vous ne regardez pas |
| onlar | bakmazlar | ils/elles ne regardent pas |
Dans bakmayız, le y sert seulement de consonne de liaison entre deux voyelles. Comparez aussi gelmem (« je ne viens pas »), gelmezsin (« tu ne viens pas ») et gelmeyiz (« nous ne venons pas »).
Cette négation peut exprimer une absence d’habitude, mais aussi un refus ferme. Et yemem peut signifier « Je ne mange pas de viande » ; Bunu yapmam! signifie souvent « Je ne ferai pas ça ! » plutôt qu’une simple description d’habitude.
Poser une question
La particule interrogative mı/mi/mu/mü s’écrit séparément. Sa voyelle s’harmonise avec la forme précédente, et la terminaison personnelle se place généralement sur cette particule :
| Personne | Question affirmative | Question négative |
|---|---|---|
| ben | gelir miyim? | gelmez miyim? |
| sen | gelir misin? | gelmez misin? |
| o | gelir mi? | gelmez mi? |
| biz | gelir miyiz? | gelmez miyiz? |
| siz | gelir misiniz? | gelmez misiniz? |
| onlar | gelirler mi? | gelmezler mi? |
Dans une question négative à la première personne, le z réapparaît : gelmez miyim? et non gelmem miyim? La terminaison personnelle étant portée par mi, la forme qui précède reste en -mez/-maz.
Exemples en contexte
| Turc | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Her gün kahve içerim. | Je bois du café tous les jours. | Habitude personnelle |
| Hafta sonları geç kalkarız. | Le week-end, nous nous levons tard. | Habitude régulière |
| Türkler çay sever. | Les Turcs aiment le thé. | Généralisation culturelle |
| Su yüz derecede kaynar. | L’eau bout à cent degrés. | Vérité générale |
| Dünya Güneş’in etrafında döner. | La Terre tourne autour du Soleil. | Fait stable |
| Kışın burada çok kar yağar. | En hiver, il neige beaucoup ici. | Phénomène habituel |
| Kardeşim et yemez. | Mon frère / Ma sœur ne mange pas de viande. | Habitude négative |
| Akşamları televizyon izlemem. | Je ne regarde pas la télévision le soir. | Première personne négative |
| Ben taşırım, merak etme. | Je le porterai, ne t’inquiète pas. | Offre spontanée |
| Yarın seni ararım. | Je t’appellerai demain. | Intention ou promesse |
| Bu anahtar kapıyı açar mı? | Est-ce que cette clé ouvre la porte ? | Propriété ou capacité attendue |
| Yardım eder misiniz? | Pourriez-vous m’aider ? | Demande polie avec siz |
| Bir kahve alır mısın? | Tu prendrais un café ? | Offre familière |
| Bu akşam yağmur yağar. | Il pleuvra probablement ce soir. | Prévision personnelle |
| Böyle konuşursan seni anlamazlar. | Si tu parles ainsi, ils ne te comprendront pas. | Conséquence prévisible |
Erreurs fréquentes
Employer le présent progressif pour toutes les habitudes
- Incorrect : Her gün saat yedide kalkıyorum si l’on veut présenter une routine générale et stable.
- Préférable : Her gün saat yedide kalkarım.
- Pourquoi : le progressif en -iyor met volontiers l’accent sur ce qui se passe maintenant ou durant une période actuelle. L’aoriste convient mieux à une habitude considérée comme générale. Le progressif reste toutefois possible si l’on insiste sur une routine temporaire : Bu hafta her gün erken kalkıyorum (« Cette semaine, je me lève tôt tous les jours »).
Choisir automatiquement -ar/-er après toute consonne
- Incorrect : düşüner, çalışar.
- Correct : düşünür, çalışır.
- Pourquoi : un radical consonantique de plusieurs syllabes prend normalement -ır/-ir/-ur/-ür. Le modèle -ar/-er concerne surtout les radicaux d’une syllabe.
Oublier les exceptions monosyllabiques
- Incorrect : geler, bular, verer.
- Correct : gelir, bulur, verir.
- Pourquoi : plusieurs verbes très fréquents d’une syllabe appartiennent exceptionnellement au modèle à quatre voyelles. Il faut apprendre leur forme d’aoriste comme une forme de vocabulaire.
Garder -mez/-maz à la forme négative de la première personne
- Incorrect : Ben gelmezim ; Biz bakmazız.
- Correct : Ben gelmem ; Biz bakmayız.
- Pourquoi : aux premières personnes, le z de la négation disparaît. Au pluriel, un y de liaison apparaît avant -ız/-iz/-uz/-üz.
Attacher la particule interrogative au verbe
- Incorrect : Gelirmisin?
- Correct : Gelir misin?
- Pourquoi : mı/mi/mu/mü s’écrit comme un mot séparé, même lorsque la terminaison personnelle s’y attache.
Traduire une négation sans tenir compte du ton
- Interprétation trop étroite : Gelmem = seulement « Je ne viens pas d’habitude ».
- Selon le contexte : Gelmem! = « Je ne viendrai pas ! »
- Pourquoi : à la première personne, l’aoriste négatif exprime très souvent le refus ou l’absence de volonté. L’intonation et la situation déterminent la traduction française.
Notes d’usage
Habitude durable ou situation en cours ?
Le contraste avec -iyor dépend du point de vue, pas seulement du calendrier. Ankara’da yaşıyorum décrit la situation actuelle : « J’habite à Ankara ». Ankara’da yaşarım sonne plutôt comme « Je peux vivre à Ankara / cela me convient de vivre à Ankara » ou comme une affirmation générale dépendant d’un contexte. De même, Kitap okuyorum signifie « Je suis en train de lire » ou « je lis ces temps-ci », tandis que Çok kitap okurum signifie « Je lis beaucoup, en général ».
En français, le présent laisse souvent cette différence implicite. Pour choisir la forme turque, demandez-vous donc si vous décrivez ce qui se déroule ou vaut en ce moment (-iyor) ou ce qui se répète, caractérise ou paraît normalement vrai (aoriste).
Une forme de présent qui peut parler de l’avenir
L’aoriste ne situe pas toujours l’action dans le présent. Avec une indication comme yarın (« demain ») ou akşam (« ce soir »), il peut exprimer une décision, une promesse ou une attente : Yarın getiririm (« Je l’apporterai demain »). Le futur en -ecek/-acak présente plus directement un événement futur ou un projet arrêté : Yarın getireceğim. La différence est souvent une nuance de perspective, et non une opposition absolue.
Politesse et distance
Les questions à l’aoriste servent à adoucir une demande ou une offre. Kapıyı açar mısın? est une demande familière : « Tu ouvrirais la porte ? » Avec une personne que l’on vouvoie ou plusieurs interlocuteurs, on emploie -siniz : Kapıyı açar mısınız? L’expression donnée dans le concept, Yardım eder misiniz?, est donc à la fois grammaticale et naturellement polie.
Généraliser avec prudence
La troisième personne est fréquente dans les proverbes et les énoncés généraux : Zaman çabuk geçer (« Le temps passe vite »). Des phrases sur un peuple, un métier ou un groupe, comme Türkler çay sever, sont grammaticalement normales, mais elles peuvent exprimer une simplification. Dans une conversation réelle, des formulations comme Türkiye’de çay çok sevilir (« En Turquie, le thé est très apprécié ») permettent parfois de présenter une tendance sans l’attribuer à chaque individu.
Pour aller plus loin
Les points suivants ne sont pas indispensables pour commencer à employer le geniş zaman, mais ils expliquent des formes très courantes que vous rencontrerez ensuite.
L’aoriste dans une condition
Avec le suffixe conditionnel -sa/-se, l’aoriste décrit souvent une condition réaliste ou une conséquence prévisible : Gelirsen sevinirim (« Si tu viens, je serai content »), Erken çıkarsak yetişiriz (« Si nous partons tôt, nous arriverons à temps »). La première proposition pose la condition ; la seconde utilise souvent elle aussi l’aoriste pour présenter le résultat attendu.
L’aoriste au passé
La combinaison avec -di produit des formes comme gelirdim. Elles peuvent décrire une ancienne habitude : Çocukken burada oynardım (« Quand j’étais enfant, je jouais ici »). Dans une construction conditionnelle, la même forme peut prendre une valeur proche du conditionnel français : Vaktim olsa gelirdim (« Si j’avais le temps, je viendrais »). C’est le contexte qui distingue l’habitude passée de l’hypothèse.
Les valeurs pragmatiques de olur et olmaz
Certaines formes dépassent leur traduction littérale. Olur peut signifier « d’accord », « c’est possible » ou « ça marche ». Olmaz peut signifier « impossible », « ça ne va pas » ou un refus : Böyle olmaz (« Ça ne peut pas continuer comme ça / comme ça, ça ne va pas »). Ces emplois sont extrêmement fréquents dans la conversation.
Règles, panneaux et formulations impersonnelles
L’aoriste se combine aussi avec la voix passive (une forme qui met l’action au premier plan sans nommer son auteur) pour énoncer une règle générale : Burada sigara içilmez (« Il est interdit de fumer ici »), littéralement « ici, on ne fume pas ». Des formes telles que satılır (« à vendre / se vend ») ou kullanılır (« s’utilise ») apparaissent dans les annonces, modes d’emploi et explications générales.
Conseils de pratique
- Classez les verbes par modèle. Prenez chaque jour cinq verbes : un en voyelle (okumak → okur), deux radicaux courts (bakmak → bakar, gelmek → gelir) et deux radicaux longs (çalışmak → çalışır, düşünmek → düşünür). Dites ensuite les six personnes à voix haute.
- Transformez vos propres routines. Écrivez cinq phrases avec her gün, genellikle, sık sık, bazen ou asla. Puis mettez-les à la négative : Kahve içerim → Kahve içmem. Une phrase personnelle se retient mieux qu’un paradigme isolé.
- Comparez deux images mentales. Pour chaque verbe, opposez une action en cours à une habitude : Şimdi yemek yiyorum (« Je mange maintenant ») et Genellikle evde yemek yerim (« En général, je mange à la maison »). Cette paire aide à ne pas confondre -iyor et l’aoriste.
Notions liées
- Prérequis : Le présent progressif — pour distinguer une action en cours d’une habitude ou d’un fait général.
- Étape suivante : Le mode conditionnel — pour construire des phrases comme Gelirsen sevinirim.
- Étape suivante : La nécessité et l’obligation — pour exprimer ce qu’il faut ou ce que l’on doit faire.
- Étape suivante : La capacité et la possibilité — pour former des expressions en -ebil/-abil et les combiner avec les temps turcs.
Prérequis
Le présent continu en turc (şimdiki zaman)A1Concepts qui s'appuient sur celui-ci
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