C2

Le subjonctif plus-que-parfait en français

Subjonctif Plus-que-parfait

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de français sur Settemila Lingue.

En bref

Le subjonctif plus-que-parfait est un temps littéraire formé avec avoir ou être au subjonctif imparfait, suivi d’un participe passé : qu’il eût compris, qu’elle fût partie. Il situe généralement un fait antérieur à un autre fait passé dans une proposition qui demande le subjonctif. En français actuel, on le rencontre surtout dans les textes littéraires et on le remplace habituellement par le subjonctif passé : qu’il ait compris, qu’elle soit partie.

Vue d’ensemble

Le subjonctif est un mode verbal (une manière de présenter l’action) employé notamment après une idée de doute, de volonté, de nécessité, de jugement ou de concession. Son plus-que-parfait est un temps composé, c’est-à-dire une forme faite d’un auxiliaire et d’un participe passé. Dans je doutais qu’il eût répondu, eût est l’auxiliaire et répondu est le participe passé, la forme qui sert à construire les temps composés.

Ce temps appartient au français littéraire et très soutenu. Il apparaît dans des romans, des mémoires, des récits historiques ou des textes qui imitent une langue ancienne. À l’oral contemporain, même dans un registre soigné, je doutais qu’il eût répondu devient normalement je doutais qu’il ait répondu. L’enjeu, au niveau C2, est donc d’abord de reconnaître la forme, de comprendre sa valeur temporelle et d’identifier l’effet de style. La produire avec naturel n’est utile que dans certains genres d’écriture.

Le subjonctif plus-que-parfait prolonge directement le subjonctif imparfait. Il emploie seulement les subjonctifs imparfaits d’avoir et d’être, mais il conserve les règles habituelles de choix de l’auxiliaire et d’accord du participe passé.

Fonctionnement

La formule de base

La construction est la suivante :

mot ou structure appelant le subjonctif + avoir/être au subjonctif imparfait + participe passé

  • Je regrettais qu’il eût refusé.
  • Elle doutait qu’ils fussent arrivés à temps.
  • Quoiqu’elle se fût préparée, elle hésita.

Le fait au subjonctif est déjà accompli au moment du fait principal. Dans elle doutait qu’ils fussent arrivés, l’arrivée éventuelle précède le doute exprimé dans le passé.

Les deux auxiliaires

Personne avoir au subjonctif imparfait être au subjonctif imparfait
que j’ eusse fusse
que tu eusses fusses
qu’il / elle / on eût fût
que nous eussions fussions
que vous eussiez fussiez
qu’ils / elles eussent fussent

Les accents circonflexes de eût et fût sont indispensables à la troisième personne du singulier. En revanche, on écrit j’eusse, tu eusses et ils eussent sans accent.

Pour choisir l’auxiliaire, on suit les mêmes principes qu’au passé composé :

  • la plupart des verbes prennent avoir : qu’elle eût lu, que nous eussions compris ;
  • les verbes qui se conjuguent avec être aux temps composés le gardent : qu’il fût venu, qu’elles fussent parties ;
  • les verbes pronominaux, construits avec se, prennent être : que je me fusse trompé, qu’elles se fussent rencontrées.

Le participe passé et son accord

Avec être, le participe passé s’accorde généralement avec le sujet :

  • Il semblait qu’elle fût partie.
  • Je craignais qu’ils ne fussent tombés.
  • Bien qu’elles se fussent levées tôt, elles arrivèrent tard.

Avec avoir, le participe ne s’accorde pas avec le sujet. Il s’accorde toutefois avec le complément d’objet direct placé avant le verbe — l’élément qui subit directement l’action :

  • Les lettres qu’elle eût écrites avaient disparu.
  • Je doutais qu’il eût compris la question.

Dans le premier exemple, les lettres est placé avant eût écrites : le féminin pluriel impose écrites. Dans le second, la question vient après le verbe : compris reste inchangé. Pour les verbes pronominaux, les règles d’accord peuvent dépendre de la fonction de se ; ce point n’est pas propre au subjonctif plus-que-parfait.

L’antériorité dans un récit au passé

Dans la langue littéraire classique, le choix des temps suivait souvent une concordance des temps, c’est-à-dire une correspondance entre le temps de la proposition principale et celui de la proposition subordonnée. Avec une principale au passé, le subjonctif imparfait exprimait la simultanéité ou la postériorité, tandis que le subjonctif plus-que-parfait exprimait l’antériorité :

Relation temporelle Forme littéraire Exemple
action en cours ou à venir par rapport au passé subjonctif imparfait Il voulait qu’elle vînt.
action déjà accomplie par rapport au passé subjonctif plus-que-parfait Il regrettait qu’elle fût venue.

Le français moderne ne maintient généralement plus cette opposition dans la conversation. Il emploie le subjonctif présent (qu’elle vienne) ou passé (qu’elle soit venue), même lorsque la principale est au passé.

Les contextes qui l’introduisent

Le temps ne crée pas à lui seul le subjonctif : il faut d’abord une construction qui justifie ce mode. On le trouve notamment :

  • après le doute ou la contestation : je doutais qu’il eût compris ;
  • après un sentiment ou un jugement : elle regrettait que nous fussions partis ;
  • après certaines conjonctions : bien qu’il eût promis, sans qu’elle eût répondu ;
  • dans certaines relatives de sens recherché, notamment après un superlatif ou une restriction : le plus beau récit qu’il eût jamais écrit ;
  • dans l’hypothèse littéraire en si : si j’eusse su, je ne serais pas venu.

Ce dernier emploi est remarquable : d’ordinaire, si n’est pas suivi du subjonctif en français moderne. Si j’eusse su est une tournure figée ou volontairement archaïsante, équivalente à si j’avais su.

Exemples en contexte

Les équivalents ci-dessous privilégient le français courant. Ils montrent comment comprendre la forme littéraire sans reproduire nécessairement son registre.

Forme littéraire Équivalent en français actuel Valeur
Je doute qu’il eût réussi sans leur aide. Je doute qu’il ait réussi sans leur aide. Doute sur un fait accompli
Elle regrettait que nous eussions vendu la maison. Elle regrettait que nous ayons vendu la maison. Regret portant sur un fait antérieur
Il semblait qu’elle fût partie avant l’aube. Il semblait qu’elle était / soit partie avant l’aube. Apparence ; le mode moderne dépend du point de vue
Quoiqu’il eût travaillé toute la nuit, il resta attentif. Bien qu’il ait travaillé toute la nuit, il resta attentif. Concession
Le directeur nia que les chiffres eussent été falsifiés. Le directeur nia que les chiffres aient été falsifiés. Négation d’un fait antérieur, au passif
Sans qu’elle eût prononcé un mot, tous comprirent. Sans qu’elle ait prononcé un mot, tous comprirent. Circonstance non réalisée ou non constatée
C’était le seul témoin qui eût vu la scène entière. C’était le seul témoin qui avait / ait vu toute la scène. Relative après une restriction
Voici le meilleur discours qu’il eût jamais écrit. Voici le meilleur discours qu’il ait jamais écrit. Relative après un superlatif
Elle craignait que ses amis ne fussent déjà repartis. Elle craignait que ses amis ne soient déjà repartis. Crainte et antériorité
Bien qu’elles se fussent préparées, elles furent surprises. Bien qu’elles se soient préparées, elles furent surprises. Verbe pronominal et accord
Les décisions qu’il eût prises furent contestées. Les décisions qu’il avait prises furent contestées. Accord avec un objet antéposé
Si j’eusse su, je me serais tu. Si j’avais su, je me serais tu. Hypothèse irréelle dans le passé
Eussé-je connu le danger, je n’aurais pas accepté. Si j’avais connu le danger, je n’aurais pas accepté. Hypothèse avec inversion, sans si

Erreurs fréquentes

Employer le mauvais temps de l’auxiliaire

  • Incorrect : Je doutais qu’il avait réussi.
  • Correct, littéraire : Je doutais qu’il eût réussi.
  • Correct, actuel : Je doutais qu’il ait réussi.
  • Pourquoi : dans la lecture littéraire retenue ici, douter que appelle le subjonctif. Avait est un indicatif imparfait, non un auxiliaire de subjonctif plus-que-parfait.

Confondre eut et eût

  • Incorrect : Quoiqu’il eut terminé…
  • Correct : Quoiqu’il eût terminé…
  • Pourquoi : eut, sans accent, est le passé simple de l’indicatif : il eut une idée. Eût, avec accent, est le subjonctif imparfait d’avoir et sert ici d’auxiliaire.

Mettre tous les verbes avec avoir

  • Incorrect : Je craignais qu’elle eût partie.
  • Correct : Je craignais qu’elle fût partie.
  • Pourquoi : partir se construit avec être aux temps composés : elle est partie, donc qu’elle fût partie.

Oublier l’accord avec être

  • Incorrect : Il semblait qu’elles fussent arrivé.
  • Correct : Il semblait qu’elles fussent arrivées.
  • Pourquoi : avec être, le participe arrivées s’accorde ici au féminin pluriel avec elles.

Utiliser la forme littéraire dans un échange ordinaire

  • Mal adapté au contexte : Je suis désolé que vous eussiez attendu dans une conversation actuelle.
  • Naturel : Je suis désolé que vous ayez attendu.
  • Pourquoi : une forme correcte peut néanmoins être inappropriée. Eussiez attendu sonne littéraire, ancien ou volontairement solennel.

Prendre toute forme en eusse pour un subjonctif

  • À distinguer : J’eusse préféré rester chez moi.
  • Pourquoi : sans proposition qui appelle le subjonctif, cette forme peut être un conditionnel passé deuxième forme, équivalent littéraire de j’aurais préféré. La forme est identique, mais sa fonction grammaticale change.

Notes d’usage

Le subjonctif plus-que-parfait est aujourd’hui très rare dans la langue spontanée. Dans un récit littéraire, il peut donner de la cohérence à un système de temps soutenu : il souhaitait qu’elle fût arrivée avant la nuit. Isolé dans un courriel, une conversation ou un texte informatif ordinaire, il risque plutôt de paraître affecté ou humoristique.

Le remplacement moderne le plus fréquent est le subjonctif passé :

  • Je regrettais qu’il eût refusé → Je regrettais qu’il ait refusé ;
  • Elle craignait que nous fussions partis → Elle craignait que nous soyons partis.

Il ne faut pourtant pas remplacer automatiquement toute forme par un subjonctif passé. Le choix entre indicatif et subjonctif dépend aussi du sens de la construction. Ainsi, il semblait qu’elle fût partie peut devenir il semblait qu’elle était partie si l’on présente le départ comme un constat probable, ou il semblait qu’elle soit partie si l’on maintient une nuance d’incertitude. Traduire le temps exige donc de comprendre la phrase entière.

Le ne explétif, un ne sans valeur négative, peut accompagner certains contextes soutenus : elle craignait qu’il ne fût parti. La phrase ne signifie pas qu’il n’était pas parti ; elle signifie qu’elle redoutait son départ. La véritable négation serait marquée plus clairement par le contexte et, selon la construction, par pas : elle craignait qu’il ne fût pas parti.

Pour aller plus loin

Si j’eusse su et l’hypothèse irréelle

Dans une hypothèse irréelle du passé, le français courant emploie le plus-que-parfait de l’indicatif après si et le conditionnel passé dans la conséquence :

  • Si j’avais su, je ne serais pas venu.

La langue littéraire peut substituer le subjonctif plus-que-parfait à si j’avais su :

  • Si j’eusse su, je ne serais pas venu.

Elle peut aussi supprimer si et inverser le sujet :

  • Eussé-je su, je ne serais pas venu.
  • Fût-il arrivé plus tôt, rien n’aurait changé.

Dans eussé-je, l’accent aigu est lié à l’inversion et aide à conserver la prononciation. Ces tours sont fortement marqués : ils servent surtout à évoquer une narration classique, un discours solennel ou une ironie assumée.

Même forme, deux analyses

Le subjonctif plus-que-parfait et le conditionnel passé deuxième forme ont exactement la même apparence : j’eusse parlé, elle fût venue. C’est la syntaxe — l’organisation de la phrase — qui permet de les distinguer.

Analyse Exemple Indice décisif Équivalent actuel
Subjonctif plus-que-parfait Je doutais qu’il eût compris. Proposition introduite par que après douter qu’il ait compris
Conditionnel passé, deuxième forme Il eût mieux valu attendre. Proposition principale exprimant une conséquence ou une éventualité Il aurait mieux valu attendre.
Hypothèse littéraire Si j’eusse compris… Proposition conditionnelle en si Si j’avais compris…

Il est donc insuffisant de repérer eût + participe passé. Il faut demander : la forme se trouve-t-elle dans une proposition au subjonctif, ou joue-t-elle le rôle d’un conditionnel ?

Un outil de lecture avant d’être un outil de production

Pour lire efficacement, procédez en trois étapes : repérez eusse/eût/eussions ou fusse/fût/fussions, trouvez le participe passé, puis situez l’action par rapport au verbe principal. Cette méthode permet de décoder la phrase sans réciter immédiatement tout le paradigme.

En production, mieux vaut réserver ce temps à un texte dont le registre littéraire est constant. Mélanger qu’il eût compris avec une syntaxe très familière n’est pas grammaticalement impossible, mais crée souvent un contraste comique. La maîtrise C2 consiste aussi à savoir ne pas employer une forme rare lorsqu’elle ne convient pas à la situation.

Conseils de pratique

  1. Transformez dans les deux sens. Prenez cinq phrases au subjonctif passé — qu’il ait fini, qu’elles soient venues — et passez-les au registre littéraire : qu’il eût fini, qu’elles fussent venues. Vérifiez à chaque fois l’auxiliaire et l’accord.
  2. Constituez un carnet de lecture. Dans un roman du XIXe siècle ou un récit au style classique, notez la principale, le déclencheur du subjonctif et l’action antérieure. Ne relevez pas seulement la forme isolée.
  3. Comparez les fonctions. Classez des exemples en trois colonnes : subjonctif plus-que-parfait, conditionnel passé deuxième forme et hypothèse en si. Cette activité évite de confondre des formes identiques.

Notions liées

  • Prérequis : Subjonctif imparfait — fournit les formes eusse, eût, fusse et fût utilisées comme auxiliaires.

Prérequis

Le subjonctif imparfait en françaisC1

Plus de concepts de niveau C2

Ce concept dans d'autres langues

Comparer dans toutes les langues