B1

Pronoms avancés en hawaïen

Papainoa Hohonu

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de hawaïen sur Settemila Lingue.

En bref

Les pronoms hawaïens précisent combien de personnes sont concernées : une, exactement deux, ou au moins trois. À la première personne, ils indiquent aussi si l’interlocuteur fait partie du « nous » : kāua / kākou l’incluent, tandis que māua / mākou l’excluent. Comme complément, un pronom de personne est généralement introduit par iā — iaʻu, iā ʻoe, iā lākou — et iho permet d’exprimer « soi-même ».

Vue d’ensemble

Un pronom est un mot qui remplace un nom : « elle », « nous » ou « eux », par exemple. Le français distingue surtout la personne et le singulier du pluriel. Le hawaïen ajoute le duel (une forme réservée à exactement deux personnes) et, pour « nous », l’opposition entre inclusif et exclusif. Ces informations ne sont pas de simples nuances : kāua signifie « toi et moi », alors que māua signifie « une autre personne et moi, sans toi ».

Au niveau B1, l’objectif est de manier le système complet, et non plus seulement au « je », ʻoe « tu / vous » et ʻo ia « il / elle ». Il faut pouvoir choisir rapidement entre duel et pluriel, conserver la distinction inclusive ou exclusive lorsque le pronom est complément, et reconnaître une construction réfléchie telle que iā ia iho « lui-même / elle-même ».

Cette organisation peut sembler très détaillée à un francophone, mais elle évite des ambiguïtés. Le français « nous » ne dit pas si la personne qui écoute est invitée, et « vous » peut désigner une seule personne par politesse ou plusieurs personnes. En hawaïen, le choix du pronom repose d’abord sur les participants réels, pas sur le vouvoiement français.

Fonctionnement

Le tableau complet des pronoms sujets

Le sujet est la personne qui accomplit l’action ou dont on décrit l’état. Dans une phrase verbale hawaïenne, il vient couramment après le verbe et ses particules : Ua hoʻi lākou « ils / elles sont revenus ».

Personne Singulier Duel : deux personnes Pluriel : trois ou plus
1re personne inclusive — kāua — toi et moi kākou — toi, moi et au moins une autre personne
1re personne exclusive au / wau — je, moi māua — une autre personne et moi, sans toi mākou — d’autres personnes et moi, sans toi
2e personne ʻoe — tu / vous ʻolua — vous deux ʻoukou — vous, au moins trois
3e personne ʻo ia — il / elle lāua — eux / elles deux lākou — ils / elles, au moins trois

Il n’existe pas de première personne inclusive au singulier : une personne seule ne peut pas inclure un interlocuteur dans « je ». Au est la forme courante après un prédicat, comme dans Hele au « je vais ». Pour une identification avec ʻo, on mémorise ʻo wau : ʻO wau ke kumu « c’est moi, le professeur ».

Les signes orthographiques font partie des mots. Le trait sur une voyelle est le kahakō, qui marque une voyelle longue : comparez notamment kāua, māua, kākou et mākou. L’ʻokina de ʻoe, ʻolua et ʻoukou note une consonne, et non une apostrophe facultative.

Décider entre inclusif et exclusif

Pour traduire « nous », ne cherchez pas immédiatement un équivalent mot à mot. Reconstituez plutôt la scène en deux étapes :

  1. L’interlocuteur fait-il partie du groupe ? Oui : série inclusive en k-. Non : série exclusive en m-.
  2. Le groupe compte-t-il exactement deux personnes ? Oui : kāua ou māua. S’il compte au moins trois personnes : kākou ou mākou.
Participants concernés Pronom Traduction française possible
moi + toi kāua nous deux, toi et moi
moi + une autre personne, pas toi māua nous deux, mais pas toi
moi + toi + une ou plusieurs autres personnes kākou nous tous, toi compris
moi + au moins deux autres personnes, pas toi mākou nous, mais pas toi

Ainsi, E hele kāua propose à une seule personne : « Allons-y tous les deux. » E hele kākou s’adresse à un groupe plus large et inclut celui-ci. E hele mākou annonce en revanche le départ d’un groupe auquel l’interlocuteur n’appartient pas.

La deuxième et la troisième personne

À la deuxième personne, le nombre décide entre ʻoe, ʻolua et ʻoukou. Le vouvoiement de politesse français ne crée pas une forme singulière spéciale : pour parler avec respect à une seule personne, on emploie toujours ʻoe. ʻOlua désigne exactement deux interlocuteurs et ʻoukou au moins trois.

À la troisième personne, ʻo ia, lāua et lākou ne marquent pas le genre. Ua hiki mai lāua peut donc signifier « ils sont arrivés tous les deux », « elles sont arrivées toutes les deux » ou « ces deux personnes sont arrivées ». Le contexte précise le genre, tandis que le pronom précise le nombre.

Dans le rôle de sujet, la troisième personne du singulier apparaît sous la forme ʻo ia : Ua ʻike ʻo ia… « il / elle a vu… ». Ne transférez pas ce ʻo devant tous les sujets ordinaires : on dit Ua ʻike au, Ua ʻike māua et Ua ʻike lākou.

Les pronoms compléments avec iā

Un complément désigne ici une personne visée, vue, appelée, aidée ou destinataire de quelque chose. Devant un pronom personnel, on emploie normalement iā. Selon le verbe et la traduction française, ce groupe peut correspondre à un complément direct (« voir quelqu’un ») ou indirect (« donner à quelqu’un »). Iā ne se traduit donc pas toujours par la préposition française « à ».

Pronom de base Forme avec iā Sens selon le contexte
au / wau iaʻu me, moi, à moi
ʻoe iā ʻoe te, toi, vous, à toi / à vous
ʻo ia iā ia le, la, lui, à lui / à elle
kāua iā kāua nous deux, toi compris
māua iā māua nous deux, sans toi
ʻolua iā ʻolua vous deux
lāua iā lāua les deux, à eux / à elles deux
kākou iā kākou nous tous, toi compris
mākou iā mākou nous, sans toi
ʻoukou iā ʻoukou vous, au moins trois
lākou iā lākou les, leur, à eux / à elles

La première personne iaʻu a une orthographe particulière : apprenez-la comme un bloc. Pour les autres formes, iā reste séparé du pronom : iā ʻoe, iā ia, iā māua. La différence entre sujet et complément est particulièrement visible à la troisième personne :

  • Ua ʻike ʻo ia iaʻu. — Il / Elle m’a vu(e) : ʻo ia est le sujet, iaʻu le complément.
  • Ua ʻike au iā ia. — Je l’ai vu(e) : au est le sujet, iā ia le complément.

Avec un nom commun non humain, on rencontre normalement i plutôt que iā : Ua ʻike au i ka hale « j’ai vu la maison ». Devant un nom propre de personne ou un pronom personnel, retenez le modèle avec iā : Ua ʻike au iā Keola, Ua ʻike au iā ia.

Les formes réfléchies avec iho

Une construction est réfléchie lorsque la personne qui agit et celle qui reçoit l’action sont la même : « elle se regarde » signifie qu’elle regarde sa propre personne. Le hawaïen peut placer iho après le pronom complément :

  • Ua nānā ʻo ia iā ia iho. — Il / Elle s’est regardé(e).
  • E mālama ʻoe iā ʻoe iho. — Prends soin de toi.
  • Ua hoʻomākaukau lākou iā lākou iho. — Ils / Elles se sont préparés eux-mêmes.

Le pronom doit reprendre le sujet approprié : au … iaʻu iho, ʻoe … iā ʻoe iho, ʻo ia … iā ia iho, etc. Iho reste inchangé ; ce sont le pronom et la situation qui indiquent la personne et le nombre. Il peut aussi renforcer l’idée de « en personne » ou « soi-même » selon la construction et le contexte.

Exemples en contexte

Hawaïen Français Remarque
Hele māua. Nous partons tous les deux. « Nous » exclusif : l’interlocuteur ne part pas.
E hele kāua i ke kahakai. Allons tous les deux à la plage. Invitation adressée à une personne.
E ʻai kākou. Mangeons tous ensemble. Le groupe présent est inclus.
Ke hana nei mākou. Nous travaillons en ce moment. Groupe d’au moins trois, sans l’interlocuteur.
Ua hiki mai ʻolua. Vous êtes arrivés tous les deux. Deux interlocuteurs exactement.
Ua hoʻi mai lākou. Ils / Elles sont revenus. Au moins trois personnes.
Ua ʻike ʻo ia iaʻu. Il / Elle m’a vu(e). Iaʻu est le complément de première personne.
Ua aloha au iā ʻoe. Je t’aime / Je vous aime. Une seule personne est visée.
Ua kāhea ʻo Keola iā lāua. Keola les a appelés tous les deux. Complément duel de troisième personne.
Ua nānā ʻo ia iā lākou. Il / Elle les a regardés. Complément pluriel de troisième personne.
E hāʻawi i ka lei iā ia. Donne le lei à cette personne. Iā ia indique ici le destinataire.
Ua ʻike lākou iā mākou. Ils / Elles nous ont vus. Le « nous » exclut l’interlocuteur.
E mālama ʻoe iā ʻoe iho. Prends soin de toi. Sujet et complément renvoient à la même personne.
Ua nānā ʻo ia iā ia iho. Il / Elle s’est regardé(e). Forme réfléchie au singulier.
E hoʻi ʻo ia iā ia iho. Il / Elle reviendra à lui-même / elle-même. Emploi de iā ia iho conforme au référent du sujet.

Erreurs courantes

Choisir mākou uniquement parce que le groupe est nombreux

  • Incorrect : E ʻai mākou. — si l’on invite les personnes présentes à manger avec soi.
  • Correct : E ʻai kākou.
  • Pourquoi : le nombre ne suffit pas. Kākou inclut l’interlocuteur ; mākou l’exclut.

Employer le pluriel pour exactement deux personnes

  • Incorrect : Ua hiki mai ʻoukou. — adressé à deux personnes seulement.
  • Correct : Ua hiki mai ʻolua.
  • Pourquoi : ʻolua est duel ; ʻoukou désigne au moins trois interlocuteurs.

Copier le vouvoiement français

  • Incorrect : employer ʻoukou pour vouvoyer poliment une seule personne.
  • Correct : employer ʻoe pour cette personne.
  • Pourquoi : ʻoukou marque un groupe, pas la politesse. Le respect s’exprime par le contexte, les titres et la formulation.

Oublier iā devant un pronom complément

  • Incorrect : Ua ʻike au ia.
  • Correct : Ua ʻike au iā ia.
  • Pourquoi : devant le pronom personnel complément, la forme attendue comprend iā. Au sujet, on aurait ʻo ia.

Écrire la première personne sur le modèle des autres

  • Incorrect : Ua ʻike ʻo ia iā au.
  • Correct : Ua ʻike ʻo ia iaʻu.
  • Pourquoi : « me / moi » se mémorise sous la forme particulière iaʻu.

Construire un réfléchi avec le mauvais pronom

  • Incorrect : Ua nānā ʻo ia iā ʻoe iho. — pour dire « il / elle s’est regardé(e) ».
  • Correct : Ua nānā ʻo ia iā ia iho.
  • Pourquoi : dans un emploi réfléchi, le pronom après iā doit renvoyer au sujet. Iā ʻoe iho signifie « toi-même / vous-même ».

Notes d’usage

La traduction française masque souvent une partie de l’information. Ua kōkua ʻo ia iā māua et Ua kōkua ʻo ia iā mākou se traduisent toutes deux par « il / elle nous a aidés », mais la première concerne exactement deux personnes et la seconde au moins trois ; dans les deux cas, l’interlocuteur est exclu. Une traduction ou une prise de notes précise peut ajouter « tous les deux » ou « sans toi » lorsque cette information compte.

Inversement, il ne faut pas ajouter constamment de lourdes précisions en français. Dans une conversation où le groupe est évident, E hele kāua se traduit naturellement par « allons-y », même si le pronom signifie explicitement « toi et moi ». L’analyse grammaticale doit conserver l’information ; la traduction finale peut rester idiomatique.

Le choix entre i et iā dépend aussi de la construction et du type de complément. La règle pratique « iā devant une personne » est utile, surtout devant les noms propres et les pronoms, mais elle ne remplace pas l’apprentissage du cadre de chaque verbe. Mémorisez des groupes complets comme ʻike iā… « voir quelqu’un », aloha iā… « aimer » et hāʻawi … iā… « donner … à… ».

Enfin, iho n’est pas exclusivement réfléchi. Il existe aussi comme particule directionnelle avec une idée de mouvement vers le bas ou d’éloignement dans certaines expressions. Dans iā ia iho, sa place après un pronom coréférent — c’est-à-dire renvoyant à la même personne que le sujet — permet de reconnaître le sens « lui-même / elle-même ».

Pour aller plus loin : emplois avancés

Les pronoms peuvent être mis en relief dans des phrases d’identification. ʻO wau nō signifie « c’est bien moi », tandis que ʻO lākou nā kumu identifie plusieurs personnes comme étant les professeurs. Ce modèle en ʻo ne doit pas être confondu avec la place ordinaire du sujet après un verbe : Ua hele lākou, et non une insertion automatique de ʻo devant lākou.

Les formes avec iā apparaissent aussi dans des constructions que le français ne présente pas comme de simples compléments d’objet. Avec hiki, par exemple, la personne capable est introduite par iā : Hiki iā mākou ke kōkua « nous pouvons aider ». Il est donc plus sûr d’associer chaque verbe à son modèle que de décider à partir de la seule traduction française.

Les pronoms possessifs constituent un système distinct. La ressemblance entre mākou « nous, sans toi » et certaines formes possessives ne signifie pas que l’on puisse fabriquer « notre » en ajoutant simplement une particule. La possession hawaïenne distingue notamment des séries en a et en o ; elle doit être étudiée séparément. Toutefois, les oppositions de nombre et d’inclusion restent importantes : un possesseur duel, pluriel, inclusif ou exclusif n’est pas interchangeable avec un autre.

Dans des textes plus élaborés, le choix d’un pronom sert aussi la cohésion du discours. Passer de kākou à mākou change le groupe auquel le locuteur s’associe. Un orateur peut employer kākou pour inclure son auditoire dans une responsabilité commune ; mākou présente au contraire l’action comme celle de son propre groupe. Il s’agit toujours de la même opposition grammaticale, mais son effet social peut devenir très visible.

Conseils de pratique

  1. Dessinez les participants. Faites un point pour « moi », un pour « toi » et plusieurs pour les autres. Entourez le groupe concerné, puis choisissez kāua, māua, kākou ou mākou. Cette méthode est plus fiable qu’une traduction directe de « nous ».
  2. Transformez sujet et complément ensemble. Partez de Ua ʻike ʻo ia iaʻu, puis remplacez iaʻu par iā ʻoe, iā māua, iā mākou et iā lākou. Dites à voix haute combien de personnes chaque forme représente.
  3. Travaillez le réfléchi par paires. Répétez au — iaʻu iho, ʻoe — iā ʻoe iho, ʻo ia — iā ia iho, lākou — iā lākou iho, puis créez une phrase courte avec mālama « prendre soin de » ou nānā « regarder ».

Notions connexes

Prérequis

Les pronoms personnels en hawaïenA1

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