B1

Les expressions impersonnelles en français

Expressions Impersonnelles

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de français sur Settemila Lingue.

En bref

Dans une expression impersonnelle, il ne désigne ni une personne ni une chose : il sert seulement de sujet grammatical. On emploie souvent l'infinitif quand l'action reste générale (Il faut partir) et que + un verbe conjugué quand on nomme son sujet (Il faut que tu partes). Le sens de l'expression détermine alors le mode : nécessité, jugement ou doute appellent souvent le subjonctif, tandis qu'un constat présenté comme certain prend l'indicatif.

Vue d'ensemble

Dans Il faut attendre, le mot il ne remplace personne. Contrairement au il de Il attend devant la gare, il n'a pas de référent : on ne peut pas demander « qui est-ce qui faut ? ». Ce il impersonnel permet de parler d'une nécessité, d'une appréciation, d'une apparence ou du sujet d'une discussion sans attribuer directement l'idée à une personne précise.

Ces tournures sont essentielles dès le niveau B1. Elles servent aussi bien dans une conversation (Il vaut mieux réserver) que dans un message professionnel (Il est important de confirmer votre présence) ou un exposé (Il s'agit d'un changement majeur). Elles permettent notamment de formuler un conseil avec moins de brusquerie que l'impératif.

La principale difficulté n'est pas le mot il, toujours à la troisième personne du singulier. Elle consiste à choisir la suite correcte : de + infinitif, que + indicatif, que + subjonctif ou de + groupe nominal. L'infinitif est la forme non conjuguée du verbe, comme partir. L'indicatif présente généralement une information comme réelle ou constatée. Le subjonctif est un mode verbal employé notamment lorsque l'information est envisagée à travers la nécessité, le jugement, le souhait ou l'incertitude.

Fonctionnement

Reconnaître le « il » impersonnel

Le il impersonnel est obligatoire en français standard, mais il ne renvoie à aucun nom déjà cité.

Type de « il » Exemple Interprétation
Personnel Paul est arrivé. Il attend dehors. Il reprend Paul.
Impersonnel Il faut attendre dehors. Il ne reprend personne.
Impersonnel Il est difficile de répondre. La phrase évalue l'action de répondre.

Même si plusieurs personnes sont concernées, le verbe reste au singulier : Il faut que nous partions, et non ils faut. Le principe est déjà présent dans la tournure il y a : Il y a trois solutions garde elle aussi un verbe au singulier.

« Il faut » : nécessité et obligation

Il faut + infinitif exprime une règle générale ou une action dont l'auteur est évident dans le contexte.

  • Pour entrer, il faut présenter une pièce d'identité.
  • Nous sommes en retard : il faut partir.

Il faut que + sujet + subjonctif précise qui doit accomplir l'action. Une proposition est ici un petit groupe construit autour d'un verbe conjugué : dans que tu partes, tu est le sujet et partes le verbe.

  • Il faut que tu présentes une pièce d'identité.
  • Il faut que nous partions avant huit heures.

La tournure existe à plusieurs temps, toujours au singulier :

Temps ou forme Exemple Valeur courante
Présent Il faut agir. nécessité actuelle ou générale
Imparfait Il fallait agir. nécessité passée, contexte ou reproche possible
Passé composé Il a fallu agir vite. nécessité apparue et réalisée dans le passé
Futur Il faudra agir. nécessité à venir
Conditionnel Il faudrait agir. conseil atténué, suggestion

Il ne faut pas + infinitif signifie généralement « il est nécessaire de ne pas » et sert souvent à interdire : Il ne faut pas toucher. Ce n'est pas la même chose que ne pas être obligé de : Vous ne devez pas venir peut être ambigu, tandis que Vous n'êtes pas obligé de venir indique clairement l'absence d'obligation.

« Il vaut mieux » : conseil et préférence

Il vaut mieux + infinitif recommande une action sans nommer séparément son auteur :

  • Il vaut mieux réserver à l'avance.
  • Il vaut mieux ne rien dire pour l'instant.

Si le conseil concerne un sujet exprimé, on emploie il vaut mieux que + subjonctif :

  • Il vaut mieux que vous réserviez à l'avance.
  • Il vaut mieux qu'elle ne conduise pas ce soir.

Le verbe est bien vaut, troisième personne de valoir. La forme il faut mieux existe seulement lorsque mieux complète un autre verbe à l'infinitif : Il faut mieux organiser le travail signifie qu'il faut l'organiser d'une meilleure manière. Pour donner le conseil « ce serait préférable », la tournure est il vaut mieux.

« Il est + adjectif » : évaluer une action ou une situation

Avec un adjectif (un mot qui exprime ici une qualité ou une appréciation, comme important ou possible), deux constructions dominent.

Il est + adjectif + de + infinitif

Cette structure évalue une action de façon générale :

  • Il est important de comprendre la consigne.
  • Il est difficile de prévoir le résultat.
  • Il est possible de payer en ligne.

Pour indiquer la personne concernée, on peut ajouter pour + nom ou pronom : Il est important pour Léa de se reposer ; Il est difficile pour moi de choisir. Le groupe introduit par pour indique qui accomplit ou éprouve l'action.

Il est + adjectif + que + verbe conjugué

Cette structure permet de donner un sujet propre au second verbe. Le choix du mode dépend du sens de l'adjectif.

Sens exprimé Construction habituelle Exemple
nécessité, importance, jugement que + subjonctif Il est essentiel que chacun participe.
possibilité, doute que + subjonctif Il est possible qu'elle soit en retard.
certitude ou évidence affirmée que + indicatif Il est certain qu'elle viendra.
probabilité présentée comme un constat que + indicatif Il est probable que le train aura du retard.

Le subjonctif ne signifie donc pas simplement « action future » ou « information fausse ». Il montre que le fait est envisagé à travers une nécessité, une appréciation ou une possibilité. Ainsi, Il est regrettable qu'il parte porte un jugement sur son départ, même si ce départ est certain.

« Il semble que » et « il paraît que »

Ces deux expressions signalent que le locuteur ne présente pas l'information comme un constat direct, mais leur fonctionnement n'est pas tout à fait identique.

Il semble que est très souvent suivi du subjonctif, surtout lorsque l'apparence reste incertaine :

  • Il semble qu'il ait raison.
  • Il semble que la situation se soit améliorée.

L'indicatif se rencontre aussi lorsque le locuteur présente une conclusion comme assez probable : Il semble que le magasin est fermé. Dans un français soigné, le subjonctif demeure un choix sûr après la tournure strictement impersonnelle il semble que.

Il paraît que introduit normalement une information rapportée ou une apparence tenue pour vraisemblable, avec l'indicatif :

  • Il paraît que le musée ferme plus tôt aujourd'hui.
  • Il paraît qu'ils ont vendu leur maison.

Il faut distinguer il semble que de il me semble que. Avec il me semble que, le locuteur présente son propre avis, souvent à l'indicatif : Il me semble que nous avons déjà parlé de ce problème. Le subjonctif reste possible lorsque le doute est fortement marqué, notamment dans une question ou une négation.

« Il s'agit de » : annoncer le sujet réel

Il s'agit de + nom signifie que l'on identifie ou précise ce dont on parle :

  • Il s'agit d'un problème grave.
  • De quoi s'agit-il ? — Il s'agit d'une erreur de calcul.

Il s'agit de + infinitif présente l'action ou l'objectif essentiel :

  • Il s'agit de trouver une solution durable.
  • Il ne s'agit pas de tout recommencer.

Le verbe s'agir ne s'emploie pratiquement que sous cette forme impersonnelle. On ne dit pas ce problème s'agit de... ni ils s'agissent de.... Dans la question soutenue, l'inversion donne De quoi s'agit-il ? ; dans la conversation, Il s'agit de quoi ? est fréquent.

Exemples en contexte

Exemple en français Sens ou reformulation Point à observer
Pour renouveler le passeport, il faut remplir ce formulaire. Remplir le formulaire est obligatoire. Règle générale : infinitif.
Il faut que vous signiez en bas de la page. Votre signature est nécessaire. Sujet exprimé : subjonctif.
Il a fallu annuler la réunion au dernier moment. L'annulation est devenue nécessaire. Nécessité passée.
Il faudrait vérifier les chiffres avant de répondre. Une vérification serait souhaitable. Conseil atténué au conditionnel.
Il vaut mieux partir avant les embouteillages. Partir plus tôt est préférable. Conseil général : infinitif.
Il vaut mieux que tu prennes un manteau. Je te conseille de prendre un manteau. Sujet exprimé : subjonctif.
Il est important de comprendre les conditions avant de signer. Comprendre les conditions est important. Évaluation d'une action.
Il est essentiel que chacun puisse donner son avis. La participation de tous est nécessaire. Jugement de nécessité : subjonctif.
Il est certain que le colis arrivera demain. L'arrivée est présentée comme certaine. Certitude affirmée : indicatif.
Il est possible que le colis arrive demain. L'arrivée reste une possibilité. Possibilité : subjonctif.
Il semble qu'elle ait oublié notre rendez-vous. Les indices font penser à un oubli. Apparence incertaine : subjonctif passé.
Il paraît que ce restaurant va fermer. Cette information circule ou a été rapportée. Information vraisemblable : indicatif.
Il me semble que cette solution coûte trop cher. À mon avis, cette solution est trop coûteuse. Opinion personnelle : indicatif courant.
Il s'agit d'un malentendu, pas d'un refus. Le problème est un malentendu. de + groupe nominal.
Dans cet exercice, il s'agit de choisir la réponse la plus précise. L'objectif est de choisir la meilleure réponse. de + infinitif.

Erreurs fréquentes

Omettre le « il » impersonnel

  • Incorrect : Faut réserver avant vendredi.
  • Correct : Il faut réserver avant vendredi.
  • Pourquoi : en français standard, le sujet il est obligatoire. Faut réserver s'entend dans une langue orale très relâchée, mais ne constitue pas le modèle à employer à l'écrit.

Employer l'indicatif après une nécessité

  • Incorrect : Il faut que tu viens demain.
  • Correct : Il faut que tu viennes demain.
  • Pourquoi : il faut que impose le subjonctif. Ici, viennes est le subjonctif présent de venir.

Ajouter « que » devant un infinitif

  • Incorrect : Il est important que comprendre la règle.
  • Correct : Il est important de comprendre la règle.
  • Pourquoi : que introduit un verbe conjugué avec son sujet : Il est important que vous compreniez la règle. Devant l'infinitif, on emploie de.

Confondre « il vaut mieux » et « il faut mieux »

  • Incorrect : Il faut mieux partir maintenant pour dire qu'il est préférable de partir.
  • Correct : Il vaut mieux partir maintenant.
  • Pourquoi : il vaut mieux exprime la préférence. Il faut mieux travailler veut dire qu'il faut travailler d'une meilleure façon.

Mettre le subjonctif après toute expression impersonnelle

  • Incorrect : Il est certain qu'il vienne.
  • Correct : Il est certain qu'il viendra.
  • Pourquoi : la certitude affirmée appelle normalement l'indicatif. Le subjonctif apparaît avec la possibilité ou le doute : Il est possible qu'il vienne.

Faire varier « s'agir » avec ce qui suit

  • Incorrect : Ils s'agissent de deux dossiers urgents.
  • Correct : Il s'agit de deux dossiers urgents.
  • Pourquoi : s'agir de reste impersonnel et singulier, même si son complément est pluriel.

Notes d'usage

Les expressions impersonnelles sont particulièrement utiles pour ajuster le ton. Fermez la porte est un ordre direct ; Il faut fermer la porte présente l'action comme nécessaire ; Il faudrait fermer la porte ressemble davantage à une suggestion. Toutefois, la forme impersonnelle ne garantit pas toujours la politesse : selon le ton, Il faut que vous soyez là à huit heures peut exprimer une obligation très ferme.

Dans la conversation familière, on omet souvent ne : Il faut pas s'inquiéter, Il s'agit pas de ça. À l'écrit soigné, on conserve la négation complète : Il ne faut pas s'inquiéter, Il ne s'agit pas de cela. La disparition de il dans Faut voir ou Paraît qu'il va pleuvoir est encore plus familière ; mieux vaut la reconnaître sans l'imiter dans un contexte formel.

Le choix entre infinitif et proposition avec que ne dépend pas uniquement du nombre de personnes. L'infinitif convient si l'auteur de l'action reste général ou se comprend sans ambiguïté : Nous devons répondre aujourd'hui ; il vaut mieux attendre encore une heure. La proposition avec que devient utile pour opposer deux sujets ou lever un doute : Il vaut mieux que Paul réponde lui-même.

Enfin, il est n'est pas toujours impersonnel. Dans Marc est malade : il est fatigué, il reprend Marc. Dans Il est fatigant de répéter toujours la même chose, la phrase évalue une action et il est impersonnel. Ce contraste aide à choisir entre il est et c'est : on dit couramment C'est important pour commenter une idée déjà connue, mais Il est important de vérifier devant un infinitif.

Pour aller plus loin

Négation, question et choix du mode

Une expression de certitude peut changer de nuance quand elle est niée ou interrogée. L'affirmation Il est certain qu'elle viendra prend l'indicatif. Avec Il n'est pas certain qu'elle vienne, la certitude disparaît et le subjonctif devient naturel. Dans Est-il certain qu'elle viendra ?, l'indicatif reste possible si la question porte sur la confirmation d'un fait ; le subjonctif (qu'elle vienne) insiste davantage sur l'incertitude.

Ce choix n'est donc pas une simple liste mécanique. Il traduit la manière dont le locuteur présente l'information : comme acquise, probable, possible ou soumise à un jugement. Au niveau B1, on peut retenir les associations les plus stables : il faut que, il vaut mieux que, il est important que et il est possible que avec le subjonctif ; il est certain que, il est évident que et il paraît que avec l'indicatif.

Le sujet réel après le verbe

Dans un style plus soutenu, certaines phrases impersonnelles placent après le verbe ce qui serait ailleurs le sujet :

  • Il reste trois places.
  • Il manque une signature au dossier.
  • Il suffit de quelques minutes.

Le groupe placé après le verbe donne le contenu essentiel, mais l'accord se fait avec le il impersonnel : il reste, il manque, il suffit. Ces constructions appartiennent à la même grande famille, même si elles dépassent le noyau formé par il faut, il vaut mieux et il s'agit de.

Registre administratif et soutenu

Les textes officiels emploient de nombreuses tournures impersonnelles pour effacer l'auteur du jugement : Il convient de joindre un justificatif, Il importe que la demande soit complète, Il est à noter que les délais peuvent varier. Elles donnent un ton neutre ou institutionnel, mais une accumulation peut rendre le texte lourd.

À un niveau plus avancé, on rencontre aussi il incombe à quelqu'un de... (« cette personne en a la responsabilité »), il ressort de l'enquête que... (« l'enquête montre que... ») ou le très soutenu il appert que.... Ces formes sont surtout utiles à reconnaître dans les textes juridiques, administratifs et universitaires ; elles ne remplacent pas les expressions courantes dans la conversation.

Temps composé du subjonctif

Lorsque l'action de la proposition avec que est déjà accomplie, le subjonctif passé associe avoir ou être au subjonctif et un participe passé (la forme utilisée dans fait, venu, parti) :

  • Il est dommage que vous ayez manqué le début.
  • Il semble qu'elle soit partie sans prévenir.
  • Il faut qu'ils aient terminé avant midi.

La tournure impersonnelle continue de commander le mode ; le temps composé situe simplement l'action avant un autre repère.

Conseils pour s'entraîner

  1. Classez les expressions par sens. Faites quatre colonnes : nécessité, jugement, certitude et apparence. Ajoutez-y il faut que, il est regrettable que, il est certain que et il semble que, puis notez le mode attendu.
  2. Transformez chaque phrase. Partez d'un infinitif, puis nommez un sujet : Il faut partirIl faut que nous partions ; Il vaut mieux attendreIl vaut mieux que Léa attende. Cette transformation entraîne à la fois la structure et le subjonctif.
  3. Repérez le registre à l'écoute et à l'écrit. Notez les variantes il ne faut pas, il faut pas et faut pas, puis associez-les à une situation formelle, courante ou très familière. Vous apprendrez ainsi non seulement la règle, mais aussi le contexte où chaque forme paraît naturelle.

Notions liées

  • Prérequis : Il y a — une première construction où il ne désigne personne et où le verbe reste au singulier.
  • Pour approfondir : Tournures impersonnelles avancées — les formes soutenues et administratives comme il incombe à, il ressort que et il est à noter que.

Prérequis

Il y a en françaisA1

Concepts qui s'appuient sur celui-ci

Plus de concepts de niveau B1

Entraînez-vous à Expressions Impersonnelles en français avec un compte Settemila Lingue gratuit. Nous configurerons français · B1 et générerons des cartes consacrées précisément à ce concept grammatical.

Pratiquer ce concept